Les bonnes histoires de Louis-José

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Il n'y a pas que les histoires de Louis-José Houde qui sont captivantes, nous informe la pub du gouvernement qui tourne à la télé depuis un certain temps. On y voit l'humoriste, grand lecteur devant l'Éternel et collaborateur de La Presse, la tête plongée dans un livre, assis sur un canapé dans mille et une positions.

La pub s'inscrit dans le cadre du Plan d'action du livre lancé par la ministre de la Culture et des Communications, Hélène David. Elle fait partie d'une campagne nationale pour encourager les Québécois à lire et à fréquenter leurs librairies.

La pub est plutôt amusante et, selon un membre de l'équipe de production, n'a pris que 8 heures à tourner même si on y voit Louis-José lire dans au moins 12 tenues différentes, en ti-mou comme en cravaté, à mesure que la lumière ambiante vire du jour à la nuit.

C'est une pub amusante et sympathique. Pourtant, elle me dérange pour au moins deux raisons.

D'abord, elle nous envoie chez le libraire comme elle nous enverrait chez le boucher acheter du grand n'importe quoi. Des livres, certes, mais lesquels? Des livres de recettes? Le guide de l'auto? Ou, mieux encore, la nouvelle bible ésotérique de Ginette Reno?

Vous savez, ce livre d'Alexandra Solnado, une amie personnelle de Jésus, à qui Jésus envoie régulièrement des textos et qui a écrit Le livre de la lumière: demandez et le ciel vous répondra. Ginette l'a tellement aimé qu'elle l'a traduit.

Vous me direz que l'important, c'est de lire, peu importe le livre, mais permettez-moi d'être en désaccord. Je trouve qu'il y a des livres qui ne méritent pas d'être lus, car ils risquent de nous décourager à jamais de la lecture. C'est une opinion qui, je le concède, est bien personnelle. N'empêche.

Partant du principe que la pub de Louis-José s'adresse à des gens qui ne lisent pas, j'en déduis que grâce à lui, un certain nombre d'entre eux vont se précipiter chez leur libraire. Parfait. Mais une fois qu'ils seront rendus chez le libraire, que va-t-il se passer au juste? Ces nouveaux convertis qui ont découvert que lire c'était cool parce que Louis-José le fait vont se retrouver devant des milliers de bouquins, sans avoir le début du commencement d'une idée de quoi lire.

Pour lire, il faut avoir lu et, si possible, dès la petite enfance. Il faut avoir vu ses parents, ses frères, ses cousins, ses gardiennes, ses amis ou ses profs avec un livre à la main. J'ajouterais qu'il faut les avoir vus longtemps et souvent. Pas 30 secondes à la télé.

Pour lire, il faut s'être assis à son pupitre au primaire ou au secondaire, et avoir écouté un écrivain, un vrai, en chair et en os, raconter son dernier roman ou tout simplement expliquer pourquoi il écrit.

Lire, c'est une affaire qui se transmet de manière intime, par l'émotion, l'affection, l'échange et le contact humain.

Ce qui m'amène à l'autre problème de cette pub ou plutôt du Plan d'action qui l'a commandée.

Dans la colonne de chiffres de ce fameux plan censé redonner le goût de la lecture aux Québécois, on remarque que 1,2 million ont été consacrés à la campagne nationale de promotion.

Vérification faite, environ 275 000$ de cette somme ont été investis dans la production de la pub de Louis-José et dans l'achat de plages de diffusion à la télé et sur le web. Ce n'est pas une somme excessive, mais c'est quand même de l'argent pour un clin d'oeil de 30 secondes.

Or, toujours dans cette même colonne de chiffres, mais une case en dessous, on note la somme allouée aux rencontres entre les écrivains et leurs lecteurs. Le montant? Vingt-cinq mille dollars par an. Cinquante mille sur deux ans.

En comparaison avec l'argent investi dans la pub, c'est une somme minime: une goutte dans l'océan.

D'ailleurs, ce programme de rencontres existe déjà. Les écrivains qui sont invités à y participer sont payés 250$ par rencontre, pas exactement le genre de cachet que gagne Louis-José Houde pour sa peine.

Je ne suis pas en train de reprocher à Louis-José quoi que ce soit. J'aime beaucoup sa démarche. C'est un homme drôle et brillant et un bel exemple pour les futures générations, sauf quand il insulte gratuitement - comme il l'a fait dimanche au Gala de l'ADISQ - tous les jeunes gais et leurs contemporains qui se sont fait traiter de grosse tapette dans la cour d'école ou ailleurs, mais ça, c'est une autre histoire.

En tant que porte-parole et meneur de claque du monde livresque, Louis-José fait un excellent boulot. Ce qui est dommage, c'est qu'il soit l'unique visage de la lecture et des livres et qu'il n'y ait pas un ou plusieurs écrivains à qui on demande de faire le même boulot.

Ce qui est dommage, c'est qu'à une émission comme Tout le monde en parle, on déroule le tapis rouge à Ginette Reno et son spiritisme bon marché alors qu'on le retire sous les pieds de Marie Laberge. Même si elle fêtait cette année ses 40 ans de carrière en publiant deux livres en même temps, Marie Laberge n'a pas été invitée sur le plateau d'une émission où l'on préfère les chanteuses populaires aux romancières et Denis Lévesque à Pierre Flynn.

C'est vrai qu'il n'y a pas que les histoires de Louis-José Houde qui sont captivantes. Pourquoi alors ai-je trop souvent l'impression qu'elles sont les seules à occuper toute la glace et à accaparer toute la lumière?

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