Une satire politique qui tombe pile

Sandra Bullock... (Photo Evan Agostini, AP)

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Sandra Bullock

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(TORONTO) Stephen Harper a besoin de Sandra Bullock. Ou du moins, il a besoin de Jane Bodine, alias Calamity Jane, le personnage que joue Bullock avec brio dans la nouvelle production de George Clooney, Our Brand is Crisis, une satire politique intelligente et réjouissante qui tombe pile en ces temps électoraux.

Sandra Bullock y interprète une stratège politique de l'enfer parachutée en Bolivie à la demande d'un riche politicien bolivien que les sondages donnent bon dernier. Grâce à la guérilla manipulatrice et malhonnête que mène Calamity Jane, le candidat va monter dans les sondages et défier le favori, un candidat du peuple et clone d'Evo Morales.

Le projet est né il y a environ dix ans. George Clooney avait un bureau à Washington voisin de celui du grand stratège politique de Bill Clinton, James Carville.

«James et ses associés nous annonçaient à tout bout de champ qu'ils partaient faire les élections en Bolivie, en Israël, un peu partout, quoi. Je n'en revenais pas et je me disais que la plupart des gens ne devaient pas le savoir et que ça pourrait faire un bon film politique», a raconté hier en conférence de presse un Clooney souriant, en jeans et chemise fripée.

Des années se sont écoulées sans que le film voie le jour. Pour finir, un documentaire sur la défaite d'Evo Morales en 2002 au profit de Gonzalo de Lozada, conseillé par James Carville, a servi d'inspiration aux scénaristes du film. En principe, c'est George Clooney qui devait jouer le rôle de Carville. Mais sa bonne amie Sandra Bullock avait lu le scénario et lui a plutôt proposé de féminiser le rôle et de le lui donner. Clooney a accepté, pressant les scénaristes de retourner à leur table de travail et de construire un autre genre de monstre. Mission réussie. Les scénaristes ont accouché d'un personnage unique : une femme sans enfants, pleine de failles et de défauts, mais qui carbure à la drogue de la victoire et qui est prête à tout perdre, sauf ses élections.

Ravissante dans une combinaison saumon, Sandra Bullock a raconté hier à la presse que le film était à ses yeux un film sur le Big Business.

«Tous tant que nous sommes, nous sommes facilement manipulables par des campagnes de pub, politiques ou autres. Ce film lève un peu le voile sur la manipulation qui se trame en coulisse. C'est important de le montrer pour aider les gens à y voir clair.»

Sandra Bullock

Dans le champ de la manipulation, autant dire que la Calamity Jane de Bullock est la reine. Elle ne recule devant aucun coup bas, n'hésite pas à salir l'adversaire ou même son propre candidat quand les circonstances le commandent. Pour ajouter du piquant, les scénaristes lui ont balancé dans les jambes son ennemi juré : un conseiller politique qui travaille pour le camp opposé. Or, juste pour brouiller davantage les cartes, l'ennemi en question, interprété par Billy Bob Thornton, ressemble comme deux gouttes d'eau à... James Carville.

Dans une scène particulièrement spectaculaire, les deux ennemis se retrouvent dans deux cars différents mais sur la même route. Rien que pour marquer des points, Calamity Jane force son chauffeur à dépasser l'autre car malgré le précipice qui les menace avant de baisser son froc et de coller son derrière sur la vitre du véhicule pour narguer son adversaire. Hilarant.

Plus drôle qu'Ides of March, mais tout aussi intelligent et efficace, Our Brand is Crisis devrait normalement valoir à Sandra Bullock une nomination comme meilleure interprète féminine aux Oscars. Elle réussit en effet à humaniser cette bête de la politique, à la rendre attachante malgré son absence de morale. Chose certaine, si Stephen Harper avait une Calamity Jane dans ses rangs, il remonterait dans les sondages, et sans doute gagnerait-il ses élections. L'ennui, c'est que nous serions pris avec lui. C'est ce qui est arrivé en Bolivie en 2002. James Carville a si bien fait que son candidat - Lozada - a gagné. Et si je me fie à la fin d'Our Brand is Crisis, James Carville s'en est mordu les doigts.

La Ville Reine fait un bel accueil à Ville-Marie

Même si le deuxième film de Guy Édoin se déroule entièrement à Montréal, c'est dans la Ville Reine qu'a eu lieu hier la première mondiale de Ville-Marie. Une salle bondée, un accueil chaleureux, des compliments à la pelle de la part du public, Guy Édoin flottait hier après-midi.

«C'est au-delà de ce que j'espérais», a-t-il raconté fébrilement lors d'une réception après la projection. Pascale Bussières, Patrick Hivon et Aliocha Schneider l'accompagnaient, de même que la productrice Félize Frappier. Ne manquait que la célébrissime Monica Bellucci, qui y tient un des quatre premiers rôles, pour le bonheur de ses fans, mais pas nécessairement pour le mien. Interprétant une actrice européenne venue tourner un film à Montréal, Monica Bellucci ne brille pas par son naturel. Figée et mélodramatique, elle joue comme une actrice des années 50. Heureusement, Pascale Bussières, attachante et authentique dans le rôle d'une infirmière à l'urgence, et Patrick Hivon, dans le rôle d'un ambulancier tourmenté, viennent sauver la mise de ce film choral qui a été invité à Toronto après avoir été écarté des festivals de Cannes et de Venise.

Fin de la Semaine du cinéma du Québec à Paris

Monique Simard, la directrice générale de la SODEC, l'a confirmé : la Semaine du cinéma du Québec à Paris n'aura plus lieu. «L'événement coûtait 370 000 $, mais l'investissement n'en valait plus la peine. Nous n'avions plus de couverture de presse et notre public ne se renouvelait plus», a-t-elle affirmé hier. Les Rencontres de la coproduction de la Francophonie, qui avaient lieu au même moment, seront maintenues. Et l'argent épargné servira à appuyer les producteurs et réalisateurs dont les films sortent en France. Quant à Carole Laure, marraine de la Semaine depuis plusieurs années, Monique Simard affirme qu'elle a été prévenue en février que l'événement serait annulé, même si elle a prétendu le contraire.

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