140 millions, ça change pas le monde, mais...

Happy 140 de Gracia Querejeta est le portrait... (PHOTO FOURNIE PAR FORESTA FILMS)

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Happy 140 de Gracia Querejeta est le portrait d'une société dont les valeurs semblent avoir été perverties par la crise économique et par l'appât du gain.

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Gagner 140 millions d'euros à la loterie, ça ne change pas le monde, mais ça change les gagnants et parfois même, ça les tue. C'est en tous les cas ce que nous donne à voir la cinéaste Gracia Querejeta avec le premier film espagnol de la 39e compétition du FFM: Happy 140.

C'est l'histoire d'Elia, qui ressemble à une jeune Jane Birkin, une célibataire belle et de bonne humeur, et cela en dépit du fait qu'elle est sur le point de fêter ses 40 ans. Pour l'occasion, elle a loué une luxueuse villa au bord de la mer où elle a invité sa soeur et ses plus précieux amis, dont son ancienne flamme qui lui fait l'odieux de venir accompagné de sa nouvelle et jeune conquête.

Le premier soir autour de la table, encouragés par Elia, les amis racontent chacun la meilleure chose qui leur est arrivée dans l'année. Lorsque c'est au tour d'Elia de prendre la parole, elle les assomme joyeusement d'une nouvelle stupéfiante. Elle vient de gagner à l'euroloterie: 140 millions d'euros!

Ses amis sont d'abord abasourdis, puis un brin jaloux et dans un troisième temps, ils cherchent tous un moyen subtil de lui soutirer de l'argent. Un accident dramatique viendra empoisonner le jeu et l'argent aidant ou plutôt n'aidant pas, fera ressortir le pire en chacun.

Fable sur la corruption morale qu'engendre la richesse, Happy 140 est une sorte de Déclin de l'empire hispanique. C'est aussi, d'un point de vue sociologique, le portrait d'une société dont les valeurs semblent avoir été perverties par la crise économique et par l'appât du gain. J'aurais aimé demander à la réalisatrice, qui est la fille d'un grand producteur espagnol, si les problèmes d'argent de l'Espagne sont à la source de ce désir frénétique de richesse des personnages et, par ricochet, des Espagnols. Manque de temps ou d'argent, la réalisatrice n'est pas venue à Montréal présenter son film et personne dans l'organisation du FFM ne semble savoir pourquoi.

La guerre, encore la guerre

Même phénomène avec Sergei Popov, le cinéaste russe qui a signé le deuxième film russe de la compétition hier, Sur la route vers Berlin. Lui non plus ne s'est pas pointé à Montréal pour défendre les couleurs d'un film - encore un autre - sur la Deuxième Guerre mondiale.

Avant de poursuivre, une question: en 2015, peut-on honnêtement faire un film sur la Deuxième Guerre sans rien, rien apporter de neuf ou de différent? En ce qui me concerne, la réponse est non et non. Personnellement, je trouve que ça devrait être interdit de dépenser des millions pour déchaîner des mitraillettes, dégoupiller des grenades, exploser des tanks et faire couler des litres de faux sang. Du moins, si on n'a rien à dire d'original ou d'inédit.

C'est le cas pour Sergei Popov qui, à 40 ans, aurait dû normalement jeter un regard neuf, ou du moins distancié, sur ce pan usé de l'histoire germano-russe qu'il n'a pas vécu. Mais non. Dans un déluge d'effets spéciaux et d'explosions de bombes, il nous ressert le classique buddy movie où un jeune gardien kazakh doit reconduire au tribunal militaire un jeune soldat russe accusé de lâcheté. En route, les deux antagonistes vont évidemment se rapprocher, s'entraider et finir bons amis jusqu'à ce que la mort les sépare. Le film n'est pas mal foutu. L'époque est bien reconstituée et Popov semble doué pour filmer les grands ensembles et les mouvements de foule. Il est encore plus efficace lorsqu'il s'agit de tout faire sauter. Malheureusement, toute cette technique et ce savoir-faire se perdent dans les méandres d'une histoire pas vraiment intéressante, parce que vue un million de fois.

Une fille et son foulard

En fin de compte, la vraie surprise hier fut le court métrage iranien Le jour du Jugement de Karim Mohammad Amini, le petit-fils d'un acteur iranien. Le film s'ouvre sur une jeune femme paniquée qui court dans la rue comme une poule sans tête ou plutôt comme une musulmane sans foulard, et qui se fait regarder de travers et invectiver. Quelques séquences plus loin, on remonte dans le temps et découvre la même jeune femme. Avec son foulard sur la tête, elle porte secours à un petit garçon égaré et le raccompagne au taxi où l'attend sa mère. Mais en refermant la portière, le foulard reste pris. Le taxi démarre, la laissant honteuse et tête nue au milieu de la rue. Elle se met alors à courir pour se cacher sous le regard hostile des passants. Dans son affolement, elle se fait heurter par une voiture et meurt au bout de son sang, injustement jugée par ses pairs qui finiront par recouvrir son corps du drapeau iranien. Le film prêche la tolérance, mais vu d'ici, son sous-texte dit autre chose. Le film est notamment un rappel puissant et douloureux de la mort de Neda Agha Soltan, cette jeune manifestante iranienne tuée par la milice pendant les manifs à Téhéran en 2009 et dont la vidéo de sa mort en direct sur le bitume avait fait le tour du monde. Bref, si ce court métrage n'est pas une critique en douce du régime iranien et du sort fait aux femmes, je ne sais pas ce que c'est.

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