Boat people no 52

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Je ne sais pas pourquoi j'ai gardé sa lettre, mais je l'ai encore, 10 ans plus tard; une lettre à mi-chemin entre le récit, la confession et la fantasmagorie.

Elle est signée Katherine, Boat people no 52. Katherine, c'est Katherine Riva, une jeune femme de 34 ans, diplômée de HEC, qui a été tour à tour productrice, gestionnaire de tournée et chroniqueuse à la télé de Radio-Canada et à TVA.

Je l'ai rencontrée il y a une bonne dizaine d'années alors que je faisais une recherche sur les enfants adoptés. Katherine est née à Macao. Ses parents, d'origine vietnamienne, étaient des boat people qui ont fui leur pays en 1980.

Peu de temps après sa naissance, sa mère pauvre et sans ressources l'a donnée en adoption à un couple de Québécois par l'entremise d'une soeur missionnaire.

Au moment de notre rencontre, Katherine avait appris que sa mère biologique la recherchait. Or, elle n'avait aucune envie et surtout pas le courage d'aller à sa rencontre. Comme elle l'a si bien écrit dans cette lettre qu'elle lui adressait, il y a 10 ans: «Sachez que je serai toujours votre fille, mais que paradoxalement, vous ne serez jamais ma mère.»

Sur le coup, je m'étais demandé comment cette belle jeune femme en pleine possession de ses moyens pouvait résister à un tel appel. N'avait-elle même pas un soupçon de curiosité à l'égard de l'auteure de ses jours? Pourquoi refuser cette main maternelle tendue vers elle?

Mais, à l'époque, Katherine craignait trop d'être déçue ou de décevoir pour tenter l'aventure. À cette angoisse s'ajoutait la peur coupable de blesser ceux qui l'ont adoptée et aimée comme leur propre fille.

Il y a 10 ans, donc, Katherine, Boat people no 52, ne voulait rien savoir de ses origines. Depuis, pourtant, les événements se sont précipités. Non seulement Katherine a retrouvé sa mère biologique, mais leurs retrouvailles font l'objet du documentaire D'une mère à l'autre, qui sera diffusé lundi à Canal Vie.

Ce n'est pas le premier documentaire sur le sujet. La cinéaste Nicole Giguère a déjà réalisé en 2011, pour le compte de l'ONF, On me prend pour une Chinoise, un documentaire sur l'adolescence difficile de cinq jeunes Chinoises adoptées, dont sa fille Alice.

Le film était marquant parce qu'il levait le voile sur la crise d'identité de ces petites Chinoises qui avaient fait les manchettes lors de leur arrivée massive au Québec, il y a plus de 20 ans.

Tout à coup, on découvrait l'envers du conte de fées qui, à l'époque, mettait toujours en vedette des parents comblés disparaissant dans le soleil couchant avec leur bébé chinois. Or, 15 ans plus tard, le bébé chinois était devenu une adolescente aux prises avec des problèmes d'identité, d'estime de soi, de drogue et de dépendance affective. Pas tout à fait la même histoire...

Avec D'une mère à l'autre, le téléspectateur est plongé dans un nouveau chapitre de l'adoption: celui de la confrontation avec son identité génétique et du conflit d'allégeance qui peut survenir lorsqu'un enfant adopté retrouve ses parents biologiques et se sent déchiré entre ceux qui l'ont élevé et ceux qui l'ont mis au monde.

C'est un peu l'histoire de Katherine: une histoire singulière puisque, contrairement à la vaste majorité des cas, ses parents biologiques ne sont pas morts ou disparus sans laisser de traces, mais ont fait des pieds et des mains pour la retrouver.

Autre singularité: Tse Kam Lin, la mère biologique de Katherine, est une des femmes les plus riches de la province du Guangxi, en Chine. Après avoir tout perdu, Tse Kam Lin est repartie à zéro et a fait fortune en affaires.

Sa fortune est telle qu'elle n'a pas hésité à détruire une montagne pour se faire construire un parc d'attractions dans la cour de son vaste domaine. C'est d'ailleurs avec une immense fierté qu'elle fait faire le tour du propriétaire à sa fille qui rit de toute cette démesure, se gardant bien de dire à quel point elle la trouve de mauvais goût. En fin de compte, c'est à ses parents adoptifs que Katherine confiera ses états d'âme à ce sujet.

Dans une des premières scènes du film, on la voit se promener à Macao avec ses parents adoptifs, deux sympathiques Québécois d'origine espagnole et italienne.

L'intimité chaleureuse, l'aisance et la complicité de leurs rapports sont frappantes, tout comme leur ressemblance physique. Katherine a beau avoir un vague soupçon d'Orient dans ses traits, elle ressemble comme deux gouttes d'eau, dans ses expressions, sa façon de bouger et de parler, à ses parents adoptifs. Et inversement, les liens du sang qui l'unissent à sa mère, à son père, à sa soeur et à son frère biologiques ne l'empêchent pas de demeurer une étrangère à leurs côtés.

C'est la grande leçon de ce film touchant que toutes les petites Chinoises adoptées par des Québécois devraient regarder. En fin de compte, ce sont ceux qui nous élèvent qui forment et façonnent notre identité. À Macao comme à Montréal, c'est la culture et non la nature qui finit par l'emporter.

D'une mère à l'autre, à Canal Vie, le lundi 18 mai à 19h. En rediffusion du 20 au 24 mai.

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