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Le pouvoir infini de... l'art

The Red Sleigh, du peintre Frederick S. Coburn....

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The Red Sleigh, du peintre Frederick S. Coburn.

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D'abord, toutes mes félicitations à Vidéotron. Jeudi matin, l'entreprise a pris la sage décision de retirer la pub de Noël qui faisait la promotion du tout nouveau terminal Illico X8.

Mes félicitations parce que, dès le premier coup d'oeil et sans même pressentir la controverse qui couvait, cette pub m'a donné de l'urticaire. La prémisse de la pub était pourtant banale: un échange de cadeaux entre les membres de la famille Patenaude. Mais je n'ai pas aimé la grimace, mélange de déception et de dégoût, d'un des fils qui venait de recevoir une oeuvre d'art. J'ai encore moins aimé l'air satisfait et légèrement con de son frère. Et je ne parle pas ici d'un enfant de 12 ans. Je parle d'un trentenaire, ravi que ses parents aient préféré lui offrir le rutilant enregistreur numérique d'une valeur de 399 $ plutôt que la vieille croûte d'un nobody que vient de déballer son frère.

Remarquez que le mot «croûte» n'a jamais été prononcé, mais il a été très subtilement suggéré. Quant au noboby qui l'a peint, on nous apprenait qu'il s'agissait d'un Chabot, un peintre qui n'a jamais existé.

L'ennui, c'est que les gens de Sid Lee ont eu la mauvaise idée de s'inspirer lourdement de Red Sleigh, une vraie oeuvre peinte par Frederick S. Coburn, un peintre mort en 1960 qui fait la fierté de l'Estrie et dont plusieurs tableaux se retrouvent dans les musées et sur les cartes de Noël.

De la part d'une agence réputée comme Sid Lee, copier un tableau juste assez pour qu'on le reconnaisse sans le reconnaître est impardonnable. Le geste méritait d'être dénoncé et il l'a été. La petite-nièce du peintre a en effet qualifié le concept d'insulte à la mémoire de son grand-oncle mais aussi d'insulte au patrimoine visuel québécois.

Dès que la controverse a explosé sur les réseaux sociaux, les porte-parole de Vidéotron ont été obligés de se justifier. Il ne s'agissait pas de dénigrer l'art, ont-ils dit, mais de démontrer qu'il vaut mieux connaître les goûts des gens avant de leur offrir un cadeau. Tiens donc. Pourquoi, à ce moment-là, faire appel à une oeuvre d'art quand on pouvait tout aussi bien prouver la même chose avec une cravate hideuse, un chandail en phentex ou n'importe quel autre objet cheap, laid et fait en Chine ?

L'idée de départ était peut-être bien intentionnée, mais le résultat, qu'on le veuille ou non, fut le mépris de l'art et tout particulièrement de l'art rural, tourné en dérision à la faveur du pouvoir infini du câble et de ses splendeurs technologiques.

Je ne peux pas croire qu'en 2014, bientôt 2015, des publicitaires pour qui la créativité est une valeur cardinale et dont plusieurs sont eux-mêmes des collectionneurs d'art, prennent les gens à ce point pour des incultes et des imbéciles.

Car ce que disait cette pub ciblée à l'extrême, c'est que, si vous êtes un client de Vidéotron (et j'en suis une), vous aimerez toujours mieux un terminal Illico hyper performant qui peut enregistrer huit émissions à la fois qu'une oeuvre d'art qui ne sert à rien, qui n'enregistre aucune émission et qui, en plus, ne fait même pas le ménage ou la vaisselle. Le terminal non plus, mais c'est une autre histoire...

Le plus navrant, c'est que ce n'est pas la première fois qu'une publicité s'en prend à l'art. L'été dernier, dans une pub de Hyundai Canada, on voyait Guillaume Lemay-Thivierge dans un galerie d'art aussi conviviale qu'un salon funéraire. La moue moqueuse et méprisante, il affirmait que pas une des pseudo-oeuvres de cette galerie n'arrivait à la cheville du merveilleux bolide coréen stationné dehors. Le sous-texte ici était clair: les galeries sont des lieux prétentieux et chers. À éviter à tout prix.

Pardonnez ma perplexité, mais quel est le problème avec l'art, au juste? À part son statut précaire, s'entend?

Si l'art occupait une place plus grande que l'humour dans notre société, si les artistes en arts visuels roulaient sur l'or, accaparaient toutes les tribunes et que leurs actions valaient plus que celles de Vidéotron ou Hyundai, on pourrait comprendre que leurs créations fassent l'objet de sarcasmes dans les publicités. Mais ce n'est pas vraiment le cas, alors...

Sous le couvert d'un humour bon enfant, ces pubs colportent les préjugés les plus éculés sur l'art. Je ne nie pas à la pub le droit de nous divertir ou de nous faire rire. Je lui nie seulement le droit de le faire sur le dos de l'art. Tout le monde connaît le pouvoir infini du câble. N'est-il pas temps de commencer à célébrer le pouvoir infini de l'art?

On en a beaucoup parlé

Du 25e anniversaire de la tragédie du 6 décembre 1989. On pensait avoir épuisé le sujet; pourtant, cette année, les nombreux témoignages de ceux qui ont perdu une fille, une soeur, une cousine, une amie, étaient particulièrement émouvants. Leur récit heure par heure de l'attente infernale, de l'angoisse et enfin de la concrétisation de leur pire cauchemar nous a permis de nous identifier intimement à cette tragédie et d'éprouver une fois de plus, et avec encore plus d'acuité, une immense empathie pour ses victimes.

On n'en parle pas assez

De David Fennario, dramaturge anglo-montréalais à qui on doit le célèbre Balconville et, plus récemment, Motherhouse, une pièce sur la Première Guerre mondiale et les usines de munitions qui pullulaient dans son Verdun natal. Aujourd'hui confiné à un fauteuil roulant mais fidèle au quartier de son enfance, Fennario est l'objet du documentaire, The Good Fight, de Martin Duckworth et Robbie Hart. On y voit un Fennario diminué physiquement mais toujours aussi rebelle et engagé. Dommage que le documentaire ne soit déjà plus à l'affiche.

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