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Faire face à la musique

Des élèves du Conservatoire de musique de Montréal... (Edouard Plante-Frechette)

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Des élèves du Conservatoire de musique de Montréal ont donné hier une prestation devant la Place des Arts pour protester contre le possible démantèlement du réseau des conservatoires.

Edouard Plante-Frechette

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Lettres ouvertes, pétitions, protestations, manifestations, concerts impromptus en pleine ville: il n'y a pas à dire, la fermeture appréhendée du réseau des conservatoires soulève les passions, mais fait surtout naître une importante mobilisation.

De l'Union des artistes jusqu'à l'Association des musiciens de l'OSM en passant par les maestros Yannick Nézet-Séguin, Jacques Lacombe et Jean-François Rivest, le musicien Alexandre Da Costa, les chanteurs Marie-Nicole Lemieux et Marc Hervieux, et combien d'autres encore, tous s'insurgent catégoriquement contre le possible démantèlement du réseau des conservatoires.

Le résultat, c'est que la musique de la mobilisation n'a jamais résonné avec autant de force et de conviction qu'au cours des deux dernières semaines. Si la ministre David ne comprend pas le message, c'est qu'elle doit être sourde.

Après un premier concert devant l'Assemblée nationale à Québec, la semaine dernière, c'était au tour hier des élèves du Conservatoire de Montréal de se faire entendre. Leur concert a débuté rue Notre-Dame devant les anciens locaux du Conservatoire. Puis une marche de solidarité a conduit les musiciens devant la Place des Arts pour une autre prestation.

Mais les membres de l'Association des élèves du Conservatoire de musique de Montréal (AECMM) ne font pas que jouer de la musique. Ils ont aussi écrit une lettre à la ministre qui rappelle l'influence des conservatoires sur le foisonnement des orchestres en région et sur le nombre de chaises occupées par des diplômés des conservatoires dans tous les orchestres locaux. À l'Orchestre symphonique de Montréal, par exemple, le tiers des chaises est tenu par des anciens du Conservatoire. À l'Orchestre Métropolitain, le chiffre grimpe à 60%, et à l'Orchestre symphonique de Québec, à 83%. Bref, fermer les conservatoires, c'est hypothéquer sérieusement l'avenir de la musique classique au Québec.

Que propose l'Association des élèves pour régler ce problème-là et tous les autres? Ils demandent rien de moins que la démission du directeur Nicolas Desjardins. «En poste depuis 1998, écrivent-ils, Nicolas Desjardins aura démontré son incapacité à faire fleurir une institution aux prises aujourd'hui avec une dette menaçant sa survie.»

Je ne connais pas M. Desjardins, mais force est de constater que le directeur nommé sous le gouvernement péquiste est en poste depuis 16 ans. Or, sous sa gouverne, au lieu de prospérer, le réseau des conservatoires s'est enlisé, accumulant déficit sur déficit.

Le plus troublant, c'est qu'au moment de sa nomination, le Conservatoire était une école d'État qui relevait directement du ministère des Affaires culturelles. Ce n'est qu'en 2007 que le Conservatoire est devenu une corporation autonome. Or, ce changement de statut aurait dû provoquer un changement de régime, voire un vent de renouveau. Il n'en fut rien. Nicolas Desjardins est demeuré directeur général des conservatoires comme si de rien n'était. C'est lui qui, un an plus tôt, a piloté les travaux de réfection et d'agrandissement du Conservatoire de Montréal, contractant un prêt de 45 millions, qui est largement responsable du déficit accumulé.

C'est du moins ce que laisse entendre un rapport sur les finances du Conservatoire produit par Johanne Turbide, de HEC Montréal, pour le compte du gouvernement en 2011. Chiffres à l'appui, la prof de sciences comptables démontre comment les intérêts et les taxes payés pour rembourser le prêt ont fait grimper la note des loyers de manière exponentielle. En 2007-2008, par exemple, l'écart défavorable entre les crédits alloués aux loyers et les coûts réels était de 595 084$. Deux ans et une réfection plus tard, cet écart défavorable se soldait à 2,5 millions. Toute une augmentation!

Ce que l'on constate en parcourant le rapport de Johanne Turbide, c'est que les écarts défavorables s'accumulent dans tous les secteurs, creusant année après année un déficit structurel qui grossit au lieu de se résorber. L'an dernier, par exemple, le Conservatoire a reçu une subvention de 28 millions. Or, même en ajoutant 2 millions en droits de scolarité et en revenus, la somme n'a pu couvrir les charges de 33,5 millions.

Et malheureusement, cela ne date pas d'hier. Ce qui m'amène à une question: que faisait donc le directeur général, pendant toutes ces années, alors qu'il voyait bien les colonnes de chiffres déficitaires s'allonger? Pourquoi n'a-t-il pas envoyé des signaux d'alarme au gouvernement? Pourquoi n'a-t-il pas fait des pieds et des mains pour obtenir l'augmentation de sa subvention annuelle afin de couvrir toutes les charges encourues par le Conservatoire? Pourquoi a-t-il permis tous ces travaux de réfection, et forcément cette augmentation des loyers, à Val-d'Or, Gatineau et Trois-Rivières, alors que son réseau n'en avait pas les moyens?

Je ne connais pas Nicolas Desjardins, mais il me semble qu'il est grand temps que le directeur général fasse face à la musique. Ou bien il réussit à convaincre Philippe Couillard d'augmenter les crédits alloués aux conservatoires. Ou bien il cède sa place à un gestionnaire avisé et compétent qui saura faire fleurir le réseau des conservatoires au lieu de bêtement le fermer.

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