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Drogue dure américaine

Bryan Cranston et Aaron Paul dans une scène... (Photo: archives La Presse)

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Bryan Cranston et Aaron Paul dans une scène de Breaking Bad.

Photo: archives La Presse

Un modeste prof de chimie qui boucle ses fins de mois dans un lave-auto devient fabricant de «crystal meth» pour payer ses traitements et assurer l'avenir de sa famille.

C'est la prémisse de la télésérie américaine Breaking Bad. C'est aussi le résumé de ce qui a été ma drogue dure cet été. De ce qui m'a tenue loin du cinéma. De ce qui m'a empêchée de louer des films au club vidéo du coin. De ce qui a monopolisé plus d'une conversation dans les soirées et les barbecues.

Je ne vous raconte pas ça pour me vanter ni pour faire de la pub à Breaking Bad, une série d'AMC qui a été couverte de prix et d'honneurs et qui a pris fin dans l'apothéose l'an passé après cinq saisons. Une série, soit dit en passant, qui est disponible sur Illico en français sous le titre Le chimiste même si le titre plus approprié serait, à mon avis, Virer sur le top.

Je vous raconte cette histoire parce qu'elle donne la mesure des changements culturels radicaux survenus depuis quelques années et qui ne cessent de prendre de l'expansion et de se muer en habitudes.

Il y a quelques années seulement, consommer des séries américaines en rafale était l'apanage de quelques maniaques, scénaristes ou critiques de télé en goguette, assoiffés de nouveaux contenus.

Pour certains d'entre eux, tout a commencé en 1997-1998 avec Les Soprano, légendaire série de David Chase sur HBO. Pour d'autres comme moi, la révélation est arrivée quatre ans plus tard, toujours sur HBO, avec Six Feet Under (2001-2005), mythique série d'Alan Ball, aussi scénariste d'American Beauty, un de mes films préférés à vie.

Sauf qu'à cette époque lointaine, il fallait attendre une année complète avant de pouvoir mettre la main sur le coffret DVD afin de regarder une saison en rafale. L'arrivée de Netflix, avec ses séries disponibles sur demande et au complet, avec ses frais d'abonnement dérisoires (7,99$ par mois) et avec sa souplesse polymorphe permettant un visionnement sur écran, tablette ou ordinateur, n'importe quand et pratiquement n'importe où, a bouleversé l'ordre des choses à jamais.

Mine de rien, sans que personne en ait vraiment conscience ou alors s'en étonne, nous sommes devenus accros. Par nous, je parle d'une population croissante de consommateurs québécois de tous les âges et de toutes les couches de la société pour qui la consommation de séries en rafale a remplacé le cinéma et, bien souvent, la production télé locale.

Je n'ai pas envie de porter de jugement sur le phénomène, mais je me pose une question: où est-ce que tout cela va nous mener? Culturellement, s'entend.

Allons-nous pouvoir continuer à carburer à la fois aux émissions «made chez nous» et aux séries américaines? Allons-nous un jour manquer de temps et abandonner les émissions et les films d'ici à la faveur des séries américaines? Réussirons-nous à maintenir un fragile équilibre entre ce qui se fait ici et ce qui vient d'ailleurs? Des questions délicates dont personne ne peut vraiment prévoir l'issue, mais qu'on devrait garder en tête pour l'exercice mental et critique qu'il implique.

Pour ma part, il me reste dix épisodes à voir avant la conclusion de Breaking Bad. J'avoue que j'ai hâte d'en finir. J'adore cette série diaboliquement bien écrite qui relate la lente déchéance morale d'un homme bon qui devient un monstre, mais je déplore qu'elle monopolise à ce point mon temps. Pendant que je me farcis des saisons complètes de 13 épisodes, je ne lis pas de livre, je ne vais pas au cinéma, je ne vais pas voir le jour tomber au bout du quai et je n'encourage pas le rayonnement de la culture québécoise.

À quelques reprises, d'ailleurs, j'ai failli décrocher cet été. Et puis, juste au moment où j'allais enfin m'affranchir de ma drogue américaine, un rebondissement de la mort me rattrapait et me harponnait le cerveau. Comme Walter White, ce chimiste de l'enfer, j'ai viré sur le top à quelques reprises. Mais je me soigne. Je me suis promis que Breaking Bad serait ma dernière série américaine. Oui, ma dernière. Du moins jusqu'à la fin de l'été...

ON EN PARLE TROP

Du garage de l'éditeur des Intouchables, Michel Brûlé. Je veux bien croire que le monsieur sait comment parler aux médias, mais est-ce une raison suffisante pour lui offrir toutes les tribunes, y compris celle de LCN, parce qu'il veut construire un garage au rez-de-chaussée de sa maison sur le Plateau pour pouvoir la vendre trois fois plus chère? La prochaine fois qu'il convoque une conférence de presse pour nous annoncer qu'il rénove son sous-sol ou qu'il peint son balcon, j'espère que les médias le laisseront braire tout seul dans son coin.

ON N'EN PARLE PAS ASSEZ

Du retour discret des deux toiles de Pellan aux Affaires étrangères à Ottawa, après avoir été cruellement déportées pour faire place à un portrait de la reine d'Angleterre à l'occasion de son jubilé. Les deux toiles sont revenues au bercail, mais pas aux premières loges comme avant: elles logent désormais sur un mur adjacent dans le hall d'entrée qui est une sorte de salle d'attente pour les visiteurs. Quant à la reine, elle trône toujours au-dessus du comptoir de la réception, symbole éloquent de l'amour inconditionnel que lui porte le gouvernement Harper.




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