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Le coeur sur la main

Le talent du cinéaste autochtone Raymond Caplin a... (Photo fournie par le Wapikoni mobile)

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Le talent du cinéaste autochtone Raymond Caplin a été découvert grâce au Wapikoni mobile.

Photo fournie par le Wapikoni mobile

Deux mille cent soixante-six: c'est le nombre de dessins que Raymond Caplin a réalisés de ses mains dans le sous-sol de ses parents à Listuguj (Restigouche), en Gaspésie: 2166!

Pendant des mois et des mois, sans jamais abandonner ni se décourager, le jeune décrocheur micmac de 21 ans a empilé les dessins jusqu'à ce qu'ils constituent la trame fluide d'un court métrage de trois minutes. Le film s'intitule Dans ton coeur - In your heart et dès le 9 juillet, il sera présenté au cinéma Beaubien avant chaque séance de la comédie Le vrai du faux d'Émile Gaudreault.

Ray n'est pas le premier cinéaste autochtone à avoir un film projeté dans une vraie salle de cinéma. À la sortie du film L'âge des ténèbres en 2007, la productrice Denise Robert avait jumelé le film avec un court métrage d'Érik Papatie. Elle a répété l'expérience à la sortie d'Omertà, puis du Règne de la beauté. Chaque fois, un lien thématique faisait le pont entre les deux films. Dans le cas du film de Ray, c'est le thème de l'authenticité qui a primé.

Le film de Ray parle de la nécessité d'être vrai et de faire les choses le coeur sur la main, en somme. On voit d'ailleurs son personnage de musicien s'arracher le coeur de la poitrine pour le glisser à travers la rosace dans le tronc de sa guitare. Son message est simple: quand le coeur n'y est pas, la vie ne vaut pas cher.

Ray Caplin en sait quelque chose. Avant l'arrivée dans sa communauté du Wapikoni mobile, un studio ambulant créé par Manon Barbeau pour initier les jeunes des Premières Nations à la création vidéo et musicale, Ray était perdu. Replié sur lui-même, il avait abandonné l'école et passait ses journées à dessiner et à broyer du noir dans sa chambre.

À l'été 2012, le Wapikoni est entré dans la réserve de Ray avec sa carrosserie en inox qui scintillait au soleil. Les enfants se sont approchés, de même qu'un électricien - le père de Ray - chargé de brancher l'engin sur le courant. À la blague, le père a dit à l'équipe de terrain qu'il allait leur envoyer son fils, qui ne faisait rien de ses journées. Les gens du Wapikoni lui ont répondu sans rire que son fils était plus que le bienvenu.

Le lendemain, Ray s'est pointé avec ses cheveux au charbon, ses lèvres percées de trois anneaux et une pile de dessins. Ce fut le début d'une miraculeuse histoire: l'histoire d'un talent qui a explosé et d'un jeune Micmac qui a trouvé sa raison d'être et son coeur.

Dès les premiers jours, Ray fut pris en charge par un formateur, un Péruvien du nom de Marco Luna qui lui proposa d'être son mentor et qui l'est resté jusqu'à ce jour.

Ray Caplin n'est pas le seul fleuron glorieux de la bande du Wapikoni. Avant lui, il y a eu Samian, devenu une vedette du rap, Louis-Philippe Moar (Deejay Elmo) de Manawan, qui vient de signer un contrat de disque avec Universal, Érik Papatie, qui a gagné le prix du public Astral en 2010 pour son film Glitch, Emilio Wawatie, qui s'est rendu récemment à l'ONU, à New York, pour accepter une mention d'honneur pour le Wapikoni. Il y a des filles fortes, dynamiques et douées comme Marie Pier Ottawa ou Elisa Moar.

La particularité de Ray, c'est l'incroyable vitesse de son évolution. À l'été 2012, Ray était un jeune Micmac sans avenir. L'été suivant, la force de ses dessins lui a valu une invitation à la prestigieuse École de l'image les Gobelins à Paris, où il a fait un stage en compagnie des maîtres de l'animation de Pixar et de Disney. En avril dernier, et cela, même s'il n'a pas terminé son secondaire, Ray a été accepté en cinéma à Concordia.

C'est dire que son talent lui a permis de surmonter deux obstacles majeurs: d'abord un programme très contingenté où la compétition est vive, mais aussi la crainte de la direction que Ray soit comme trop de jeunes autochtones qui, une fois acceptés à l'université, abandonnent en cours de route, incapables de répondre à la lourdeur et à la difficulté du programme.

Or, avec l'aide de Marco Luna, Ray a convaincu la direction de Concordia qu'il était sérieux, concentré, et qu'il méritait sa place à l'université. Il l'a obtenue.

J'ai rencontré Ray à la première du Vrai du faux à la Place des Arts. Devant 1400 personnes, je l'ai vu prendre la parole pour remercier le Wapikoni et dire comment cette main tendue dans le désert a changé sa vie. L'avenir dira jusqu'où cette aventure mènera Ray Caplin.

Chose certaine, en voilà un qui semble bien parti avec, en plus, le coeur à la bonne place.

Pour joindre notre chroniqueuse: npetrowski@lapresse.ca




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