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Six pieds de curiosité et d'humilité

Le réalisateur canadien James Cameron.... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE)

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Le réalisateur canadien James Cameron.

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La perception générale de James Cameron, père de Titanic et d'Avatar, c'est que c'est un mégalo, spécialisé dans les projets grandioses, les dépassements de budget et les retards de production. La perception, c'est aussi que le grand de six pieds à la crinière argentée se prend parfois pour le nombril du monde ou, mieux encore, son roi. Qu'on se rappelle son cri du coeur, emprunté à ses propres dialogues - «I am the king of the world» -, après avoir gagné l'Oscar du meilleur réalisateur pour Titanic en 1997.

Mais à C2MTL, où le cinéaste avait été invité jeudi à donner une conférence sur la créativité, c'est une autre facette de sa personnalité que James Cameron nous a révélée. Avec générosité, humilité et ouverture, le réalisateur canadien a passé plus d'une heure à évoquer les grands moments comme les abîmes de sa carrière. Né à Chippawa en 1954, un petit bled de 1200 âmes en Ontario, fan fini des films de science-fiction, versé en physique, il a néanmoins entrepris sa vie adulte comme chauffeur de camion, tout en lisant tout ce qu'il y avait à lire sur les effets spéciaux au cinéma.

«Je viens d'un milieu modeste qui ne me permettait pas d'envisager qu'un jour je jouerais dans les ligues majeures. Même en réalisant mes premiers films, Terminator et Aliens, j'avais toujours le sentiment qu'on viendrait me taper sur l'épaule pour me dire que je n'étais pas le bon M. Cameron», a-t-il confié au public de C2MTL.

C'est le réalisateur de films d'action Roger Corman qui lui a donné sa première chance et l'a engagé dans son studio après avoir vu son premier film amateur, Xenogenesis, réalisé à 22 ans.

Pour Cameron comme pour beaucoup de cinéastes, la période d'écriture est la plus difficile, parce que, dit-il, «c'est dans ces moments-là qu'il arrive qu'on écrive trop et que le projet se calcifie». «Mais, heureusement, dès que je me retrouve sur un plateau avec mes acteurs, tout redevient vivant comme si nous étions frappés par la foudre.»

Toujours un nouvel exploit

Il y a beaucoup de chiffres, d'exploits et de records dans la carrière de James Cameron. Son premier exploit fut le coût exorbitant (200 millions) de Titanic qui rapporta néanmoins des recettes de plus de 1 milliard, un chiffre jamais atteint auparavant. Huit ans plus tard, Cameron battait son propre record avec Avatar qui a coûté près de 300 millions et rapporté 2 milliards.

Après cela, quel exploit vous reste-t-il à accomplir? a demandé quelqu'un dans la salle. «Chaque fois qu'on fait un nouveau film, c'est un nouvel exploit en soi. On ne veut surtout pas refaire ce qu'on a déjà fait. Tous les créateurs embarquent dans un projet avec un idéal qui ne sera jamais atteint à cause des compromis qu'ils doivent faire et qui les empêchent d'atteindre la perfection. En même temps, la perfection n'a pas de sens. Après Titanic, je croyais que je ne travaillerais plus jamais de ma vie. Avec Avatar, on s'est battus avec la matière jusqu'à la dernière minute en étant convaincus qu'on allait se planter.»

Défenseur de l'environnement

Cameron et son équipe ont commencé à plancher sur Avatar 2, qui sortira quelque part en 2016, pendant la tournée mondiale d'arénas du spectacle Avatar produit par le Cirque du Soleil. Il affirme que le défi pour cette suite est aussi important que pour le premier film. «Il faut pouvoir raconter une autre bonne histoire. Recréer un environnement familier tout en surprenant le public de manière positive.»

La défense de l'environnement évoquée dans le premier Avatar est maintenant le combat quotidien de James Cameron. Il est devenu végétalien parce que, selon lui, la meilleure façon de réduire les effets de serre, c'est de cesser de manger de la viande. Il possède des fermes bios en Australie et au Canada, en Colombie-Britannique. La recherche en développement durable y occupe une place importante. Au début des années 2000, il a passé beaucoup de temps à la NASA où il s'est lié d'amitié avec Julie Payette, qui lui a d'ailleurs présenté les gens du Cirque du Soleil.

«Il voulait vraiment devenir astronaute, sauf que ça n'arrive pas comme ça du jour au lendemain, juste parce que tu le veux», m'a affirmé Julie Payette qui était venue l'entendre à C2MTL. Cameron a fini par abandonner l'idée: «Un jour, je me suis rendu compte qu'au lieu d'aller conquérir l'espace, il valait mieux s'occuper de la planète bleue», a-t-il plaidé.

Fasciné par les océans, Cameron a tourné et produit plusieurs documentaires sur le sujet. Il s'est même fait construire un sous-marin avec lequel il a fait huit expéditions et est descendu à plus de 30 000 pieds sous la mer. «Rendu à 27 000 pieds, je me suis dit que s'il fallait que le sous-marin implose, je ne sentirais rien, mais je ne pourrais rien raconter non plus. Je serais juste un moteur de recherche qui n'a rien enregistré. C'est là que j'ai compris l'importance d'ouvrir sa bouche et de raconter l'histoire.»

Cameron a depuis fait don du sous-marin à un institut océanographique dans le Massachusetts. Et il a quitté le monde du documentaire pour revenir à la fiction, au 3D et à la recherche technologique. Il affirme que la qualité qu'il valorise le plus chez ses collaborateurs, c'est la loyauté. Venant d'un homme qui a eu cinq femmes, c'est un brin paradoxal.

De la même manière, Cameron a affirmé qu'il avait toujours été guidé par une boussole morale le prémunissant contre les dérives éthiques et les mauvais comportements souvent associés au monde du cinéma. On voudrait bien le croire si ce n'était de la pluie de déclarations dans les médias d'anciens collaborateurs le qualifiant de despote égoïste, cruel et colérique. Même l'actrice Kate Winslet a affirmé qu'elle ne retravaillerait jamais plus avec lui à moins d'être payée des tonnes d'argent. «C'est un homme gentil, mais ses excès de colère sont difficilement supportables», a-t-elle déclaré au Guardian.

Aux jeunes qui veulent faire carrière dans le cinéma, il a conseillé d'être créatif, opportuniste, flexible et de toujours envisager la possibilité d'un échec, de le visualiser même, puis de tout mettre en oeuvre pour l'éviter. «L'échec n'est pas une option, mais c'est une possibilité», a conclu cet homme absolument charmant en public, qui nous a presque fait oublier que parfois, dans le feu de l'action, il se prenait pour le roi du monde.

Pour joindre notre chroniqueuse: npetrowski@lapresse.ca




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