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J'ai décongelé ma mère

Joël Legendre et son conjoint ont conclu une... (Photo: Olivier Jean, archives La Presse)

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Joël Legendre et son conjoint ont conclu une entente avec une mère porteuse pour avoir un enfant.

Photo: Olivier Jean, archives La Presse

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Après J'ai tué ma mère, pourquoi pas J'ai décongelé ma mère? C'est en tout cas le film que j'ai eu envie d'écrire en voyant la prestation de Joël Legendre à Tout le monde en parle. Une prestation parfaite, j'en conviens, où l'animateur a dit tout ce qu'il fallait dire pour rassurer le bon peuple et lui prouver qu'il est un papa responsable qui ne s'est pas fait faire des jumelles à la légère. Non, messieurs-dames!

Les questions étaient faciles, mais pour y répondre, il fallait faire preuve d'une grande habileté qui n'a pas manqué à l'animateur professionnel, rompu à l'art de dire aux gens ce qu'ils veulent entendre.

Le problème, en fin de compte, ce n'est pas ce que Joël a dit. C'est tout ce qu'il n'a pas dit. Impossible d'adopter pour les gais à l'étranger? C'est vrai. Trop long délai pour adopter localement à partir du programme de banque mixte? Vrai aussi.

Mais qu'est-ce qui pressait tant? Pourquoi Joël et Junior Bombardier, son conjoint, qui n'ont quand même pas 80 ans, ne pouvaient-ils pas accueillir chez eux une petite fille ou un petit gars retiré à ses parents biologiques par la DPJ? C'est ce que font encore des dizaines de couples québécois sans savoir si, au bout de deux ans, ils pourront adopter ou non, mais conscients en revanche de faire une grande, une immense différence dans la vie de ces enfants carencés.

Trop long, s'est contenté d'expliquer l'animateur sans que personne remette en cause son impatience.

Qu'avons-nous appris d'autre? Qu'une nouvelle marque de bébés vient d'apparaître: les bébés Tout le monde en parle, des bébés dont les origines sont avant tout médiatiques. Pour le reste, on s'en fout, n'est-ce pas?

On a aussi appris que chez les Legendre-Bombardier, les mères n'ont ni importance, ni matérialité, ni existence. «Mon fils Lambert ne veut plus rien savoir de sa mère», a raconté Joël Legendre en évoquant la culpabilité qui le rongeait de n'avoir pas donné de mère à son fils adoptif, culpabilité que celui-ci aurait torpillée en disant: «Sacre-moi patience avec ma mère. Je suis très heureux d'avoir deux papas à la place.»

Que ces paroles soient sorties de la bouche d'un enfant de 10 ans soucieux de ne pas déplaire à son père adoptif, et cherchant sans doute à le flatter dans le sens du poil paternel, ne semble avoir traversé l'esprit de personne.

Les mères chez les Legendre-Bombardier sont congelées, décongelées, leurs ovules expédiés par avion avant d'être implantés dans un ventre étranger. Les Legendre-Bombardier n'y sont évidemment pour rien. Ils n'ont rien inventé et ne font que recourir à une industrie florissante où le lien privilégié et intime entre une mère et son enfant est rompu et où la mère est compartimentée et découpée en tranches et en fonctions: celle qui fournit l'ovule, celle qui produit l'embryon, celle qui porte et qui expulse.

En Inde, rapporte Le Nouvel Obs, les usines à bébés marchent à plein régime. Dans la plus célèbre, la Maison des mères porteuses, fondée par l'obstétricienne Nayna Patel, les jeunes femmes indigentes fournissent «un vivier illimité». Payées 4000$, l'équivalent de 20 ans de salaire, elles passent 9 mois dans les dortoirs de la Dre Patel qui ne sont pas loin de ressembler à un bordel, sauf qu'ici le sperme ne se dissout pas dans l'atmosphère, il produit un être humain.

Chez la Dre Patel, les mères porteuses ont le droit de voir leur famille un jour par semaine seulement. Souvent enceintes de jumeaux à cause des deux ou trois embryons qu'on leur a implantés pour maximiser les chances, elles accouchent généralement par césarienne afin que les parents-clients puissent être présents à la naissance de leur enfant.

Comme aux États-Unis, il faut verser environ 100 000$ pour les services d'une mère porteuse. De plus en plus de Nord-Américains (y compris des Canadiens et des Québécois) se tournent vers l'Inde et maintenant vers la Thaïlande, qui promet des coûts inférieurs de 20%. À quel prix? Ça, c'est une autre histoire.

Quant à la fameuse amie mère porteuse qui a permis à Joël et à Junior de réaliser leur «ardent désir», on sait qu'elle sera considérée comme une matante spéciale, mais surtout pas comme une mère. Non, surtout pas comme une mère. D'ailleurs, la dame a signé une lettre d'entente stipulant que si jamais il arrivait quoi que ce soit à Joël ou à Junior, elle ne voulait rien savoir des jumelles. Rien du tout!

En d'autres mots, applaudissons chaleureusement cette totale et absolue déresponsabilisation d'une femme qui, même en cas de catastrophe ou de mort, refusera de s'occuper des jumelles qu'elle a portées pendant neuf mois. Avec des exemples d'altruisme comme celui-là, pas de doute: l'humanité a beaucoup d'avenir...

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