Et Vogue la vulgarité...

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Les couvertures du magazine Vogue sèment rarement la controverse. Comment pourrait-il en être autrement, puisque n'accède à cette sacro-sainte couverture qu'une royauté scrupuleusement triée sur le volet? Ne s'y retrouvent que les actrices de l'heure, préférablement américaines et aussi cool que Lena Dunham (couverture de février 2014), ou alors australiennes et flyées comme Cate Blanchett (couverture de janvier 2014).

Et quand ce n'est pas l'actrice, c'est la chanteuse de l'heure, généralement jeune et sexy comme Rihanna (couverture de mars 2014), mais jamais aussi provocante que Miley Cyrus, retirée in extremis de la couverture de septembre 2013 après son numéro de similidanseuse nue aux Video Music Awards.

Bref, jusqu'à maintenant, Vogue, forteresse de la prêtresse Anna Wintour, n'avait jamais traversé la frontière qui sépare la grande classe du mauvais goût.

C'est maintenant chose faite avec le numéro d'avril, qui affiche en couverture le couple le plus quétaine, bling-bling, ridiculisé et honni de l'heure: le rappeur Kanye West et sa future épouse, la vedette d'une téléréalité et surtout d'un sex tape qui a fait sa renommée: la voluptueuse Kim Kardashian, de la célèbre famille du même nom, dont le plus grand exploit se résume à être célèbre pour n'avoir rien fait. Rien de rien. Ce qui est peut-être un exploit en soi.

Le Vogue d'avril n'est pas encore arrivé chez nous, mais, aux États-Unis, sa mise en ligne vendredi dernier a choqué et dégoûté des centaines de fidèles pour qui le magazine est la bible du chic, de la branchitude et du bon goût.

Le premier coup de Jarnac a été donné par Sarah Michelle Gellar, pas l'actrice du siècle, mais une figure populaire, qui a écrit le tweet de la mort: «Bon, ben, je me désabonne de Vogue. Qui me suit?» Selon le Daily Beast, ils ont été nombreux à la suivre, d'où la question «Kim et Kanye vont-ils tuer Vogue?» posée par la commentatrice Keli Goff.

Tuer est sans doute un bien grand mot. Un magazine ne meurt pas à cause d'un seul numéro. Un magazine ne sombre pas parce que la future mariée sur sa couverture débite des inepties du genre: «J'adore Elizabeth Taylor. J'ai visité sa maison et j'ai failli l'acheter, mais ce n'était pas réaliste: son garage n'avait de la place que pour une auto.»

Un magazine peut survivre à bien des niaiseries comme celle-là. Reste qu'il est difficile de ne pas voir dans le numéro de Kim et Kanye et dans le premier «hashtag» publié par Vogue une manoeuvre désespérée pour pogner à tout prix, quitte à profaner sa propre identité en l'associant à des images et des valeurs qui lui sont antinomiques.

Le plus paradoxal dans cette affaire, c'est qu'en tant que musicien, rappeur et compositeur, Kanye West jouit d'une grande crédibilité. Ses CD sont unanimement salués par la critique. Le problème, ce n'est pas sa musique ni son talent. C'est sa prétention, son égocentrisme et le vide sidéral, abyssal et narcissique de sa future épouse qui rêvait d'une couverture de Vogue et qui, n'eût été son futur mari, ne l'aurait jamais obtenue.

Cela dit, il y a une certaine hypocrisie à vouloir faire de Kim et Kanye l'ultime incarnation d'une vulgarité qui souille la pureté artistique du Vogue. Kim et Kanye sont ce qu'ils sont: des parvenus avec beaucoup trop d'argent. Quant à Vogue, il y a longtemps que le magazine a la pureté plutôt putassière et fait preuve d'une vulgarité qui n'est pas aussi clinquante que celle de Kim et Kanye, mais qui est insidieuse, ce qui est pire.

Bref, j'ai vu des choses plus vulgaires que Kim et Kanye dans le Vogue. La dernière en date était à la fin du numéro de janvier dernier. La directrice des accessoires mode du magazine y faisait la promotion d'une sorte de sac à dos des années 70, usé, délavé, passé date, le genre de sac qui sent le moisi pour avoir trop longtemps dormi dans une poubelle au fond d'un vieux garage. Sauf que l'accessoire n'était pas un reliquat archéologique. C'était un sac Chanel dernier cri, usé artificiellement et vendu au prix modique de 3400$. Si une telle imposture n'est pas vulgaire, rien ne l'est.

ON N'EN PARLERA JAMAIS ASSEZ

Du cinéaste Norman McLaren qui aurait eu 100 ans le 11 avril prochain. Ce jour-là, le Quartier des spectacles dévoilera sur sept façades des vidéoprojections inspirées de son cinéma, présentées jusqu'en juin. En attendant, il faut absolument aller voir la reprise de Norman, une magnifique ode en 3D à sa vie et à son oeuvre signée Michel Lemieux et Victor Pilon à la Cinquième Salle de la PdA.

ON EN PARLE TROP (ET MAL)

Du Stade olympique. Difficile de croire que des voix s'élèvent encore pour réclamer sa démolition. Pour vous dissuader de le faire, allez sur le site du réseau de voyage Matador et cliquez sur l'onglet «les 30 édifices les plus tripatifs au monde». Le Stade olympique y figure en bonne compagnie entre le Guggenheim de Bilbao, les maisons-bulles du sud de la France, la tour pivotante de 80 étages de Dubaï, le magnifique hôtel Marquès de Riscal de Frank Gehry et le Temple du Lotus à New Delhi. Qui dit mieux?




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