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Woody, Mia et les enfants, prise 2

Le réalisateur Woody Allen à la sortie française... (Photo: AFP)

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Le réalisateur Woody Allen à la sortie française de son film Blue Jasmine, en août dernier.

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Quel est votre film préféré de Woody Allen? C'est par cette question innocente que Dylan Farrow, la fille adoptive de Mia Farrow et de Woody Allen, entame sa lettre ouverte. Mais l'innocence est vite torpillée par l'explosion de la phrase suivante: «Avant de répondre, sachez que lorsque j'avais 7 ans, Woody Allen m'a prise par la main, m'a conduite dans un grenier sombre, m'a demandé de me coucher sur le ventre et de jouer avec le train électrique de mon frère pendant qu'il m'agressait sexuellement.»

Et vlan! voilà que ça recommence. Et que ça recommence cette fois avec la principale intéressée qui, maintenant âgée de 28 ans et mariée, semble vouloir faire ce que les policiers et les procureurs ont été incapables de faire en 1994: prouver que Woody Allen, son père adoptif, est un agresseur sexuel et un pédophile.

Sauf que c'est un vieux film ici qu'on veut nous rejouer. Il y a 20 ans et des poussières, après une enquête de six mois, des témoignages et des contre-témoignages d'experts, un examen médical exhaustif sur la petite Dylan qui ne portait aucune trace physique d'agression sexuelle, et l'analyse d'une vidéo où, encouragée par sa mère, elle témoignait à l'effet contraire, le procureur du Connecticut avait rejeté la cause, faute de preuves suffisantes. Ça, c'était en 1994.

Quatre ans plus tard, Mia Farrow avait entrepris une série de conférences publiques où elle racontait sa vie et ses déboires avec Woody Allen. Sur la scène du Théâtre Maisonneuve, celle qui allait, des années plus tard, témoigner en faveur de Roman Polanski devant un tribunal à Londres (cherchez l'erreur), avait déclaré que, même si Woody Allen était un réalisateur de talent, les acteurs devraient désormais le boycotter puisque travailler sous ses ordres équivalait à cautionner l'agression sexuelle.

Je me souviens avoir noté ses propos, étonnée qu'en l'absence d'accusations, elle continue sa croisade contre son ex aussi longtemps après la fin de l'histoire.

Vingt ans plus tard, non seulement la croisade de Mia n'est pas terminée, mais sa fille vient de reprendre le flambeau, pointant un doigt accusateur vers les acteurs qui acceptent encore de travailler pour Allen. Et si c'était ton enfant, Cate Blanchett, écrit Dylan. Et si ç'avait été toi, Emma Stone? Ou toi, Scarlett Johansson? Woody Allen est le symbole éloquent de la faillite de notre société à l'égard des victimes d'agressions sexuelles.

Autant dire que la lettre de Dylan a fait couler beaucoup d'encre et enflammé les médias sociaux. Mais l'ennui avec cette lettre, c'est qu'en plus de remettre au goût du jour un vieux film et un procès qui n'a jamais eu lieu, elle nous entraîne au coeur d'une guerre familiale sanglante qui ne nous regarde absolument pas et dont nous ne saurons jamais le fond.

En même temps, parce que cette guerre est jouée en public, qu'elle concerne un cinéaste célèbre et prolifique, une actrice de renom muée en vedette humanitaire et une victime devenue adulte, c'est difficile, voire impossible, de ne pas donner raison à l'un et de faire le procès de l'autre.

Après avoir lu le texte de 22 pages de Robert Weide, le réalisateur du documentaire sur Woody Allen et monteur de l'hommage rendu au cinéaste aux derniers Golden Globes, j'étais prête à prendre la défense de Woody Allen. Le texte de Weide, paru sur le site du Daily Beast, démolit en effet point par point les accusations qui ont pesé sur Woody Allen, mais aussi les faussetés et préjugés qui circulent depuis à ce sujet.

La thèse que Weide accrédite, c'est celle du lavage de cerveau de la petite Dylan par sa mère, qui venait de découvrir, six mois plus tôt, que le cinéaste la trompait avec une de ses filles adoptives. C'est aussi la thèse de l'équipe psychiatrique qui avait examiné Dylan au moment des événements avant de conclure au déséquilibre mental d'une petite fille, manipulée par sa mère au point de croire à ses propres fabulations d'agression.

En même temps que je souscris à la thèse qui innocente Woody Allen, un doute subsiste dans mon esprit. Et si Dylan disait vrai? Et si elle n'avait pas tout inventé pour faire plaisir à sa mère humiliée? Et si cette unique fois, dans le grenier de la grande maison, Woody Allen avait commis l'irréparable?

Qu'après toutes ces années, Dylan veuille rouvrir une vieille plaie au péril de sa santé, de sa tranquillité d'esprit et de la vie normale qu'elle semble avoir retrouvée laisse croire qu'elle dit la vérité. Mais on peut aussi se demander si elle est vraiment saine d'esprit ou encore si les succès récents de son père et les hommages dont il est l'objet n'ont pas réveillé chez elle les démons de la vengeance et le désir de réparer l'outrage fait à Mia, en écrasant Woody Allen pour de bon.

Quel est mon film préféré de Woody Allen? Je n'ose plus répondre à la question. Mais chose certaine, le film qui ramène dans la lumière Woody, Mia et la petite Dylan devenue grande est le plus triste et le plus désolant de tous.




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