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Un Québec «made in» Paris

Le français est le fondement de notre identité. C'est ce qui nous distingue et nous définit, affirme Pauline Marois. J'aurais une petite question pour la première ministre: de quel français parle-t-elle au juste? Du français du Québec ou du français de France?

Je pose la question parce que je suis tombée récemment sur deux tests de français que les immigrants qui n'ont pas fait leurs études en français doivent passer s'ils veulent obtenir le statut de résident du Québec.

Les tests, qui relèvent de la direction de la francisation du ministère de l'Immigration du Québec, ont des acronymes un peu insignifiants: TCF-Québec (Test de connaissance du français-Québec) et TEFAQ (Test d'évaluation du français adapté au Québec). Mais leur histoire, elle, n'a rien d'insignifiant. Pour tout dire, elle est absolument aberrante et digne non pas d'une société distincte, mais d'une république bananière.

Où est le scandale? D'abord dans la fabrication, la production et la gestion de ces tests oraux. Les deux sont fabriqués et gérés en France. Le premier, par le Centre international d'études pédagogiques de France. Le deuxième, par la Chambre de l'industrie et du commerce de Paris-Île-de-France.

Les voix enregistrées, qui résonnent dans les oreilles de l'immigrant dont on veut tester les compétences en français, sont, dans le TCF-Québec, françaises, belges, africaines et, à l'occasion, québécoises; dans le TEFAQ, elles sont entièrement françaises, accent parisien inclus.

Pourtant, cet immigrant passe un test parce qu'il veut vivre au Québec, pas à Lyon ou à Digne-les-Bains. Il passe un test pour être en mesure de communiquer et d'échanger avec ses nouveaux congénères québécois. Pas avec madame Machin du 10e arrondissement. Mais tant pis pour lui. Même s'il a appris le français au Québec, il lui faudra passer un test conçu par des Français de France et dont les référents renvoient à des réalités situées à un océan d'ici.

Des sujets français

Marcello Vitali Rosati, professeur au département de littérature française de l'Université de Montréal, en sait quelque chose. Comme l'homme a surtout étudié en Italie et n'avait qu'un doctorat de la Sorbonne en littérature française, mais aucun relevé de notes pour le prouver, il a été obligé de passer le fameux TEFAQ cet automne.

«Ce qui m'a achevé, écrit-il dans son blogue, c'est le test lui-même. Une série de 60 questions à choix multiples par ordinateur. Le français est bien sûr parlé avec l'accent parisien, mais, surtout, les sujets sont absolument français! On y parle du vélo en libre-service à Lyon, du nom des rubriques dans les journaux français, d'habitudes et de moeurs de la société française.»

Le prof conclut en demandant pourquoi c'est la Chambre de commerce de Paris qui fournit et corrige l'épreuve. Le Québec n'est-il pas capable d'évaluer lui-même le niveau du français?

Une autre route

J'ai posé la question au porte-parole de la ministre de l'Immigration, Diane De Courcy. Il avait peu d'arguments pour justifier une telle aberration: ces tests sont reconnus partout dans le monde et sont conçus par des experts en évaluation des compétences linguistiques. Mais surtout, ils sont accessibles partout.

Va pour l'expertise et l'accessibilité, mais comment expliquer qu'Immigration Canada a décidé de prendre une tout autre route et de faire confiance à ses propres évaluateurs?

Non seulement les voix de son test - le CELPIP (Programme canadien de compétences en langue anglaise) - sont-elles des voix canadiennes parlant un anglais canadien et usant de références culturelles canadiennes, mais le test est piloté par la Colombie-Britannique.

Ce sont en effet les entreprises Paragon, une filiale de l'Université de la Colombie-Britannique (UBC), qui fournissent et corrigent les tests des immigrants.

Créées en 2009, les entreprises Paragon cherchent depuis à s'imposer sur le marché de l'évaluation des compétences linguistiques contre leurs concurrents britanniques, australiens et américains.

Comme une colonie

Le Québec a beau clamer que c'est sa langue qui le définit, ce qui le définit pour l'instant, c'est son incapacité à imposer cette foutue langue, même dans un domaine aussi anodin que l'évaluation des compétences linguistiques.

Pour une fois, au lieu de se comporter comme une colonie française, le Québec pourrait s'inspirer du Canada. Le message aux immigrants n'en serait que plus clair et ceux-ci sauraient enfin dans quelle langue nous parler.




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