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Entre les murs de la 5e secondaire

Guillaume Sylvestre... (Photo: André Pichette, La Presse)

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Guillaume Sylvestre

Photo: André Pichette, La Presse

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Guillaume Sylvestre, 36 ans, n'a jamais été un élève modèle. Qu'il soit le fils de Denise Bombardier n'y a rien changé. Renvoyé du collège Marie de France, puis du Collège de Montréal, il a réussi de peine et de misère à faire un an d'université avant d'envoyer promener ses études et de terminer avec un bac en rien.

Pourtant, c'est ce même cancre qui détestait l'école qui vient de passer une année complète avec sa caméra entre les murs de l'école secondaire Paul Gérin-Lajoie (PGL), à Outremont, une école qui, depuis sa fusion avec l'Outremont High School, accueille une forte population immigrante de Côte-des-Neiges et de Côte-Saint-Luc.

Le résultat a pour titre Secondaire V, un documentaire-choc qui, avant même sa sortie officielle demain, divise les esprits. Guillaume Sylvestre ne s'en plaint pas. Bien au contraire.

«J'aime que mes films polarisent les gens, dit-il. Peu importe si la réaction est positive ou négative, j'estime que j'ai réussi quelque chose quand les gens réagissent vivement à ce qu'ils voient à l'écran. Je ne cherche pas à choquer pour choquer, seulement à faire en sorte que mes films brassent des affaires dont on parle rarement.»

La petite histoire veut que lorsque Denise Bombardier a vu le film, présenté en avant-première au Festival du nouveau cinéma, elle a été proprement horrifiée. Elle aurait changé d'avis depuis.

Pour ma part, «horrifiée» serait un mot trop fort. Disons que j'ai été un brin édifiée. Car ce que Guillaume Sylvestre nous montre pendant 90 minutes n'est pas nécessairement agréable.

Les jeunes sous sa loupe, issus pour la majorité des communautés culturelles, sont bruyants, brouillons, indisciplinés, insolents, opiniâtres et semblent se foutre éperdument de l'école. Pour les intéresser à la moindre matière, les pauvres profs multiplient les pirouettes et les accommodements pédagogiques.

Champions des opinions, souvent toutes faites, ces jeunes excellent dans les débats et les argumentations. Mais ils ne savent pas écrire et sont dramatiquement nuls en orthographe. Bref, ces jeunes sont un peu désespérants, sauf à la fin du film où, au moment de quitter PGL, ils se montrent enfin vulnérables et touchants. Avant ce moment d'émotion, il faut faire de grands efforts pour les aimer.

«Ça t'énerve peut-être, ce que tu vois dans le film, mais c'est la réalité, me lance Guillaume Sylvestre. C'est exactement ce qui se passe dans les écoles publiques aujourd'hui à Montréal. Je n'ai pas essayé d'embellir la situation.»

Ce n'est pas tout à fait ce que pense Gaétane Marquis, directrice de PGL. Elle reproche à Sylvestre d'avoir ciblé un petit groupe d'élèves avec des troubles de comportement et d'avoir ignoré la majorité d'élèves polis, studieux et respectueux qui fréquentent une école réputée pour son programme d'art dramatique, dont il n'est nullement question dans le film.

Deux élèves donnent raison à la directrice dans un texte publié sur l'internet. Dans une longue réplique impeccablement écrite, Alexandre Petitclerc et Mattis Savard affirment que ce documentaire est à l'école publique ce que le film porno est à la sexualité.

«Dans ton film, Guillaume, ajoutent-ils, tu as fait de nous des objets servant à faire passer ton idéologie... Tu fais ce que les médias ont fait tout au long de la grève: nous descendre et nous salir.»

Procès

Le cinéaste se défend d'avoir fait le procès de qui que ce soit. Il affirme qu'il n'a pas choisi les personnages de son film, mais que ce sont eux qui se sont imposés à lui en cours de tournage. Loin de lui l'idée de les juger.

«Bien franchement, ces jeunes ne sont pas si terribles que ça, dit-il. Ils sont beaucoup plus ouverts sur le monde que je ne l'étais à leur âge, et ils sont plus au courant de ce qui se passe à l'étranger que bien des Québécois de 50 ans. Ils s'intègrent mieux à la société québécoise qu'on le pense et puis, souvent, ils parlent un meilleur français que bien des Québécois de souche.»

Franc-tireur

Curieux mélange de sensibilité, de brusquerie et de désinvolture, Guillaume Sylvestre est un franc-tireur du monde du cinéma.

Contrairement aux cinéastes de son âge, il ne sort pas d'une école de cinéma comme l'INIS ou Concordia et n'a pas fait ses classes sur les routes parallèles de la télé ou de la pub. Il est arrivé au cinéma presque par hasard alors qu'il était cuisinier dans des restos aux États-Unis.

Témoin des excès qui se déploient dans les cuisines, il a voulu écrire une télésérie de fiction sur le sujet. Ne trouvant pas preneur, il a opté pour le documentaire et a réalisé Durs à cuire, mettant en vedette les chefs Martin Picard et Normand Laprise. Le film a connu un beau succès. Sa carrière de documentariste était lancée.

Pourtant, au départ et encore aujourd'hui, alors qu'il termine son quatrième documentaire, sur l'ouverture à Queens, en périphérie de Manhattan, du resto du chef québécois Hugue Dufour, c'est la fiction qui l'attire.

Première fiction

Sylvestre a lancé l'été dernier Premier amour, un premier long métrage qui n'a pas été concluant sur le plan commercial (recettes de 52 000$ pour 6500 entrées) et qui a reçu des critiques mitigées.

Sylvestre n'a pas le talent de Xavier Dolan, mais il a son impatience et son impétuosité. Il tenait tellement à faire cette première fiction qu'il a accepté de la tourner dans des conditions difficiles avec un budget dérisoire de 500 000$.

S'il avait eu plus de temps et plus d'argent, il aurait sans doute pu mieux faire valoir son talent. Mais Sylvestre n'est pas du genre à s'épancher longtemps sur le passé.

«Ce qui compte pour moi, c'est que les gens que je respecte ont aimé le film. Si ce film avait été mieux diffusé, il aurait sans doute mieux marché, mais bon, je n'y pense plus, je suis déjà rendu ailleurs.»

Exploration de l'adolescence

Avec Secondaire V, Sylvestre a voulu faire un polaroïd de la prochaine génération. Il dit y être allé d'instinct et de manière quasi anthropologique, sans faire de recherche ni d'entrevues. Il aimerait poursuivre son exploration de l'adolescence en entrant avec une caméra à la DPJ, ce qui risque d'être difficile, voire impossible.

Mais Guillaume Sylvestre aime les défis. Et comme les obstacles et la controverse ne lui font pas peur, il peut rêver à l'impossible.




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