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Pauline Marois, la culture de la curiosité

Dire que la culture n'intéresse Pauline Marois que... (Photothèque La Presse)

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Dire que la culture n'intéresse Pauline Marois que pour sa rentabilité politique serait mentir. La première ministre est une consommatrice de culture avide et enthousiaste. Elle s'intéresse à tout: l'opéra, la musique symphonique, le cinéma, les arts visuels et le théâtre où son mari, Claude Blanchet, rechigne à l'accompagner.

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Vous considérez-vous comme une femme cultivée? C'est une des premières questions que j'ai posées à Pauline Marois, jeudi, dans son bureau montréalais, au 4e étage d'un tour de l'avenue McGill College.

Autour de nous, dans la pièce aux murs couleur crème, des sculptures et des tableaux prêtés par Loto-Québec, dont Femme en jaune de Louise Gadbois, tableau choisi par la première ministre elle-même.

Et sur sa table de travail, une pile de DVD: ceux de la série Borgen, une fiction sur une première ministre danoise que Pauline Marois adore et qui lui a déjà arraché quelques larmes.

Cultivée? «Non», a commencé par répondre la première ministre, comme si l'élitisme du mot la dérangeait ou lui suggérait une image d'elle-même qu'elle ne reconnaissait pas.

«Je me considère comme une femme curieuse de tout ce qui est culturel. Je suis cultivée comme la moyenne des gens. Je connais les écrivains. Je tripe sur tous nos grands chansonniers. J'admire les grands peintres québécois, mais je serais incapable, en voyant une toile, de dire qui l'a faite. Je dévore les livres, par contre, depuis toujours. Peut-être que je suis cultivée, dans le fond», lance-t-elle après coup en riant un peu d'elle-même.

Le prétexte de cette entrevue, c'était les Journées de la culture et l'annonce que la première ministre fera dimanche au Musée d'art contemporain (MAC) d'une aide de 400 000 $. Grâce à cette somme, les jeunes âgés de 13 à 18 ans n'auront à débourser que 1 $ pour entrer au MAC, au Musée de la civilisation et au Musée national des beaux-arts du Québec. Une belle initiative qui sera récurrente. Du moins, tant que Pauline Marois sera au pouvoir.

La culture n'était pas qu'un prétexte. C'était la condition sine qua non pour que cette entrevue ait lieu. Je le précise parce que la première ministre a refusé toutes les entrevues aux journalistes de l'équipe politique de La Presse. Pour la culture, par contre, elle était prête à faire un accommodement raisonnable.

Dire que la culture n'intéresse Pauline Marois que pour sa rentabilité politique serait mentir. La première ministre est une consommatrice de culture avide et enthousiaste. Elle s'intéresse à tout: l'opéra, la musique symphonique, le cinéma, les arts visuels et le théâtre où son mari, Claude Blanchet, rechigne à l'accompagner.

Elle a toujours un livre sur sa table de chevet qu'elle lit avant de s'endormir. En ce moment, c'est La chute des géants de Ken Follet. L'été dernier, elle a lu La fiancée américaine d'Éric Dupont, brique de 600 pages aux caractères microscopiques. Elle adore les polars, toutes nationalités confondues, et est abonnée à la revue Lire depuis 15 ans.

Quand elle ne lit pas, elle regarde des séries DVD. Elle n'a pas encore vu Unité 9, mais elle a adoré Tout sur moi, Les hauts et les bas de Sophie Paquin et Fortier, sa série préférée.

Pendant une heure, autour d'un verre de vin, nous avons discuté de culture, de création, de Montréal, des régions, des artistes québécois et, inévitablement, de la Charte des valeurs qui divise le milieu culturel, ce qui ne semble pas trop la déranger.

Est-ce que ça la trouble que des artistes comme Richard Desjardins, Dan Bigras et Michel Rivard dénoncent son projet de Charte sur la place publique?

«Non. D'abord, on n'a pas demandé aux artistes d'avoir un point de vue homogène. Et puis, ces artistes ne s'opposent pas aux valeurs que nous défendons. Ils s'opposent aux moyens que nous proposons et ça, ça m'atteint moins parce que c'est d'ordre politique. Alors, je les écoute, je respecte leurs opinions, mais je ne les partage pas.»

Je lui fais remarquer que les artistes qui s'opposent à la Charte la perçoivent comme un instrument de persécution.

«Ils se gourent. Nous allons prendre le temps d'expliquer les choses pour modifier cette perception. Quand les gens vont comprendre que nous ne voulons brimer personne, leur perception va changer et l'accalmie va revenir», dit-elle avec un optimisme saupoudré de pensée magique.

Des valeurs religieuses aux valeurs culturelles, il n'y a qu'un pas que nous franchissons allègrement. Je lui demande à brûle-pourpoint ce que la culture lui apporte et ce qu'elle en retire personnellement. Son regard s'allume du feu de l'enthousiasme, mais son propos se perd en généralités.

«La culture, dit-elle, c'est ce qui rend la vie belle et intéressante. C'est l'art qui s'exprime à travers toutes ses formes. La culture, ça vient chercher l'âme et le coeur des gens. C'est le plaisir des yeux. C'est la beauté.»

Je lui fais remarquer que toutes les oeuvres ne respirent pas la beauté. Certaines sont laides, tristes, dérangeantes. Elle acquiesce.

«Quand nous avons annoncé notre aide aux ateliers d'artistes, je suis allée dans les ateliers voir les artistes qui se débrouillent avec trois fois rien. J'ai vu des choses folles et éclatées que je n'aurais jamais achetées. L'art qui brasse, ce n'est pas ma tasse de thé, mais je suis contente que ça existe. Prenez Arcade Fire, je trouve ça admirable, ce qu'ils font, mais ce n'est vraiment pas mon genre. Ce qui est formidable avec l'art, c'est qu'il y en a pour tous les goûts.»

Le discours de Pauline Marois sur l'art est un bouquet de clichés vaporeux. C'est du grand flou artistique et poétique, sans grande profondeur. Elle maîtrise mieux les questions pratico-pratiques de politique culturelle. Elle trouve l'aide aux artistes essentielle et promet d'augmenter le budget du Conseil des arts et des lettres de 13 millions un jour.

Rapatrier d'Ottawa les pouvoirs en matière de culture est une priorité, bien que Pauline Marois soit consciente que ça ne sera pas facile et que ça prendra du temps. Le succès des artistes québécois à l'étranger la ravit. Leur exode, éventuel ou déjà engagé, ne la trouble pas.

«Je ne suis pas inquiète, répond-elle, parce que la relève est là. Quant à la génération qui les précède, on ne les perd pas parce qu'ils travaillent ailleurs. Ils restent québécois, peu importe où ils sont, et c'est le Québec qui rayonne à travers eux.»

Et Montréal dans tout cela? Je lui demande ce qui, d'après elle, rend Montréal aussi fort culturellement. Elle m'énumère: la concentration de la population, l'appui des gouvernements, les institutions culturelles. «Montréal est une ville vivante.»

J'attends qu'elle prononce le mot cosmopolite. En vain. Je finis par le lui souffler. Elle le répète du bout des lèvres, ajoutant: «Une ville cosmopolite, mais dont les racines sont françaises, ne l'oublions pas.»

Je lui demande si elle se sent une obligation envers la ville de Montréal, cette grande mal-aimée des régions. Elle répond oui. «Ma présence à la TOHU, en novembre dernier, pour le 2e sommet Montréal, métropole culturelle, en témoignait. En avez-vous vu beaucoup, des premiers ministres dans ce genre d'évènement?»

Nous parlons une dernière fois de la Charte. Je lui dis que le débat est très émotif et les positions divisées et inconciliables. Elle répond: «Débattre, ce n'est pas diviser.»

Elle est fière que le sociologue Guy Rocher, qu'elle considère comme un monument, se soit engagé en faveur de la laïcité. Elle termine en lançant que son gouvernement va trancher et déposer le projet de charte d'ici la fin de l'année. Elle semble déterminée à aller de l'avant.

«Il n'est jamais trop tard pour bien faire», conclut-elle avec un sourire, où cette fois ne perce pas le moindre flou artistique.




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