Opéra du faux débat

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D'abord, permettez-moi un aveu: contrairement au ténor Marc Hervieux, je ne trouve pas la campagne d'affichage de l'Opéra de Montréal, faite de photos de jeunes mannequins minces et éthérés plutôt que de chanteurs en chair et en os, insultante, ni révoltante.

Pour être tout à fait honnête, je trouve cette campagne de pub, conçue par l'agence Orangetango, magnifique et visuellement inspirante. Tellement inspirante que moi qui ne tripe pas opéra, mais alors pas du tout, j'ai failli aller m'acheter des billets uniquement à cause de l'irrésistible romantisme sombre et tranchant des affiches.

Je ne suis pas la seule. Les jeunes de 18 à 30 ans, public anti-opératique par excellence, ont été les premiers à réagir à cette campagne. Leurs abonnements ont doublé cette année et ils comptent désormais pour 30% des abonnés, ce qui n'est pas rien.

En novembre, un sommet visuel me semble avoir été atteint avec l'affiche du Vaisseau fantôme. Le jeune type sur l'affiche était tellement craquant et sexy avec sa mâchoire carrée, sa barbe pas faite et son regard bleu perçant mis en valeur par son pull à mailles bleues, que j'ai d'abord voulu l'épouser, puis aller le voir sur scène, ce qui évidemment était impossible.

Tout cela pour dire que Marc Hervieux, qui a fait la grève des cordes vocales cette semaine pour protester contre cette campagne de pub qui nie l'existence des vrais chanteurs, a en partie raison. Les affiches de la saison 2012-2013 entretiennent effectivement une certaine confusion. Au premier coup d'oeil et quand on ne s'y connaît pas trop, on peut penser que ces jeunes éphèbes sculptés au couteau font partie de la distribution de l'opéra annoncé.

Marc Hervieux a raison de crier à l'usurpation d'identité, mais en même temps, il a tort. On vit dans un monde d'images et cette campagne, avec ses images mystérieuses et évocatrices, est tout à fait dans l'air du temps.

Le vrai problème dans cette affaire, ce n'est pas que le gars sur l'affiche n'est pas celui qui chante sur scène ni que les chanteurs québécois sont traités comme des moins que rien par leur propre opéra.

Le vrai problème, c'est que les opéras annoncés et présentés par l'Opéra de Montréal ne sont pas souvent à la hauteur de la beauté fulgurante et de l'audace de leurs affiches.

S'il faut protester contre quelque chose dans cette affaire, ce n'est pas contre le marketing de l'Opéra de Montréal. C'est contre sa direction artistique.

Pourquoi, année après année, l'Opéra de Montréal présente-t-il des opéras prévisibles, aux mises en scène poussiéreuses, aux décors sans imagination, loués à Calgary ou à Austin au Texas? Pourquoi l'Opéra de Montréal réserve-t-il trop souvent un conservatisme pompeux à une expression artistique qui à Bruxelles, Berlin, Lyon ou Londres explose d'innovation et de modernité? Pourquoi François Girard, qui signera la mise en scène de Parsifal pour le Met de New York en février, n'a-t-il jamais été invité à faire une mise en scène à l'Opéra de Montréal? Et que dire de Robert Lepage, engagé et acclamé par les opéras les plus prestigieux du monde, mais jamais, jamais appelé à faire une mise en scène à Montréal?

Bref, si Marc Hervieux pouvait lâcher son ego trop en santé une seconde, il comprendrait que c'est un faux débat sur le vedettariat qu'il a lancé et qu'il a ultimement gagné.

Depuis sa grève, l'OdM a en effet revu sa stratégie promotionnelle. Désormais, c'est le visage et le torse de Marc Hervieux qui clignotent sur l'affiche de La chauve-souris. Sans être mauvaise, la photo est d'une banalité accablante. Je doute que ça soit avec ce type de campagne qu'on renouvelle le public.

Quoi qu'en pense Marc Hervieux, la magnifique campagne de marketing de l'Opéra de Montréal a modifié positivement l'image ternie d'un opéra trop longtemps déficitaire. Grâce à cette campagne, l'image de l'Opéra de Montréal en est une aujourd'hui de jeunesse et d'audace. Si on pouvait faire un vrai débat sur l'art plutôt que sur le marketing, peut-être que cette image finirait par devenir une réalité.

***

On en parle trop

Les résultats décevants au box-office du cinéma québécois cette année. Pourquoi toujours revenir sur cette part de marché de 5% qui a encore fait les manchettes cette semaine quand le cinéma québécois vient d'obtenir trois nominations trois ans de suite aux Oscars? En connaissez-vous, un pays de 8 millions d'habitants qui, sur le plan du cinéma réussit aussi bien? Moi pas.

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