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La maladie mentale et les fusils

Des élèves assistent aux funérailles de Jack Pinto,... (Photo: Reuters)

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Des élèves assistent aux funérailles de Jack Pinto, 6 ans, l'un des 20 enfants de l'école Sandy Hook morts dans la fusillade.

Photo: Reuters

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Quand David Letterman ouvre son émission en remplaçant sa revue ironique de l'actualité par un discours ému sur la violence insensée des derniers jours, quand Saturday Night Live entre en ondes avec la flamme d'une bougie qui vacille puis cède son numéro d'ouverture à une chorale d'enfants chantant Sainte Nuit, c'est le signe qu'il se passe quelque chose aux États désunis des Fusils. Le signe que la culture des guns vit ses dernières heures de gloire et que les Américains vont peut-être changer leur fusil d'épaule afin que les vingt enfants de l'école Sandy Hook ne soient pas morts pour rien.

Bien des gens le souhaitent, tout en sachant que la situation est complexe et que le contrôle des armes à feu, c'est bien beau, mais ça ne règle pas tout.

Le plus bel exemple de cette affirmation a pour nom Liza Long.

Auteure, musicienne, mère de quatre enfants et blogueuse de l'Idaho, Liza Long a écrit, au lendemain du massacre, un blogue qui a ébranlé des milliers d'internautes. Le titre du blogue? Je suis la mère d'Adam Lanza. Et sous ce titre-choc, un conseil: «Il est temps de parler de maladie mentale.»

Liza Long n'est pas la mère d'Adam Lanza, mais elle est la mère de Michael (prénom fictif), un ado de 13 ans qui souffre notamment d'un trouble explosif intermittent. Il y a quelques semaines, Michael a menacé sa mère avec un couteau après qu'elle lui eut demandé de rapporter ses livres en retard à la bibliothèque. La police a dû intervenir. Michael a été transporté de force en ambulance à l'hôpital avant d'être libéré avec une ordonnance de sédatifs. Trois jours avant le massacre, Michael a piqué une autre crise pour une peccadille. Il a traité sa mère de salope et a menacé de la tuer, puis de se suicider. Cette fois, la mère n'a pas pris de risque. Elle a foncé à l'hôpital psychiatrique et l'a fait interner. «J'ai un fils qui souffre de maladie mentale, écrit Long. J'aime mon fils, mais il me terrifie.»

Liza Long dit avoir écrit ce texte pour dénoncer le manque criant de ressources en maladie mentale aux États-Unis, manque qui plonge les parents aux prises avec des ados fragiles dans l'impuissance et la peur. Selon Liza Long, le système ne répond tout simplement pas à l'augmentation affolante des cas de maladie mentale et de troubles de la personnalité chez les jeunes Américains. Des statistiques diffusées par CNN tendent à lui donner raison: un jeune Américain sur cinq souffrirait aujourd'hui de maladie mentale.

Si le cri du coeur de Liza Long a soulevé des questions fondamentales sur les racines de la violence, il lui a aussi valu une bonne dose d'opprobre, notamment de la journaliste Sarah Kendzior.

Cette dernière a fouillé le blogue de Liza Long et trouvé des textes datés de plusieurs années. Empruntant cette fois un ton très sarcastique, Liza Long avouait à l'époque avoir plusieurs fantasmes, dont celui de battre ses enfants, de les enfermer ou de les donner en adoption. Dans ces textes, Liza Long n'évoque jamais la maladie mentale de son fils Michael. Elle le présente plutôt comme un ado indiscipliné, collectionneur de produits Apple et grand admirateur de Steve Jobs et de Barack Obama.

Relevant ces contradictions, la journaliste a conseillé à Liza Long de commencer par régler ses propres problèmes mentaux avant d'exposer ceux de son fils. Leur prise de bec, qualifiée de Mommy War, n'a heureusement pas duré longtemps. Dimanche, la journaliste et la blogueuse ont fait la paix et publié un message appelant à un débat national et respectueux sur la santé mentale. Tant mieux. Ce débat est assurément une urgence nationale, au même titre que celui sur le contrôle des armes à feu.

Depuis quelques jours déjà, les amis de Nancy Lanza, la vraie mère du tueur, se portent à sa défense sur les réseaux américains. Ses amis affirment qu'il ne faut pas juger Nancy, qu'elle n'est pour rien dans la folie meurtrière de son fils. Pourtant, c'est elle qui collectionnait les fusils, elle qui a initié son fils dans les champs de tir du coin, elle encore qui voyait sans doute d'un bon oeil l'intérêt grandissant de son fils pour les armes à feu. Peut-être était-elle même convaincue que la maîtrise des fusils aiderait son fils à guérir ses problèmes de santé mentale. Comme trop d'Américains, Nancy n'avait pas compris que les fusils et la maladie mentale forment un duo explosif. Elle en a payé le prix. Nancy Lanza est tombée sous les balles de son propre fusil. Mais en réalité, c'est la maladie mentale de son fils qui l'a tuée.




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