L'esprit de sacrifice

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Dans le tumulte de l'affaire Boisclair cette semaine, je n'ai retenu qu'un mot: sacrifice. Le mot est d'abord sorti de la bouche du ministre Lisée. «La sécurité que nous lui avons offerte était une compensation pour le sacrifice que Monsieur Boisclair fait en acceptant le poste de délégué général du Québec à New York», a dit le ministre Lisée.

Le mot sacrifice a été repris par la première ministre et finalement le mot a terminé sa tournée des médias, jeudi. Ce jour-là devant le tollé soulevé par sa double nomination, André Boisclair a fait un ultime sacrifice: celui de renoncer à son statut de permanent à vie dans la fonction publique québécoise tout en gardant son statut de délégué général du Québec à New York pour, j'imagine, au moins trois ans.

C'est dire que pour les trois prochaines années, André Boisclair ne fera qu'un seul sacrifice, mais quel sacrifice! Il devra vivre dans une ville agitée, polluée, surpeuplée et si chère que seuls les millionnaires ou alors les diplomates payés à même les impôts des contribuables de leur pays, peuvent se permettre d'y résider.

Il fera aussi le sacrifice de s'installer à demeure sur la 53e rue dans la tour du MOMA, en face du musée du même nom, à un jet de pierre de la 5e Avenue. L'édifice de 52 étages offre un centre de conditionnement physique rutilant, des oeuvres d'art dans le lobby et un service de conciergerie prêt à faire des miracles pour ses locataires.

Grâce à un judicieux investissement du gouvernement de René Lévesque en 1984, le nouveau délégué vivra dans un appartement de fonctions d'une valeur d'environ 6 millions US avec une vue à couper le souffle sur une forêt de gratte-ciels et sur l'éblouissant skyline new-yorkais. Il devra payer un loyer symbolique représentant environ un dixième de sa vraie valeur locative.

L'appartement, que j'ai visité dans une vie antérieure, fait entre 1500 et 2000 pi2 avec un quartier pour les domestiques et si je me souviens bien, au moins une chambre d'amis.

Comme un délégué général est un vendeur de commerce glorifié qui tend des perches et des ponts à tous ceux que le Québec intéresse, Monsieur Boisclair devra tenir des réceptions et des dîners dans la vaste salle à manger de l'appartement. L'exercice est épuisant, j'en conviens, mais au moins Monsieur Boisclair ne sera pas obligé de se taper la cuisine ni le récurage de chaudrons. Il pourra profiter des talents d'une cuisinière et d'une poignée de serveurs qui distribueront les plats, serviront le vin, avant de passer le balai et de faire la vaisselle.

Recevoir souvent coûte cher surtout à Manhattan, mais le délégué général comme tous les autres avant lui, n'aura pas à payer un sou de sa poche. Une somme consacrée aux frais de représentation lui sera alloué.

Cinq jours par semaine, le délégué général devra être au bureau du 1 Rockefeller Center, le siège social de la déléguation du Québec. Il devra quitter son appartement de bon matin et marcher quatre coins de rue avant d'arriver à destination. Quatre coins de rue, ça ne paraît pas très long surtout vu de la 5e Avenue, mais les rues de New York, c'est bien connu, sont dangereuses. C'est peut-être au péril de sa vie que le délégué devra aller travailler.

Au bureau, le délégué sera à la tête d'une équipe d'une trentaine de personnes pour gérer un territoire qui couvre l'île de Manhattan et descend jusqu'en Virginie occidentale en passant par le Delaware. Il devra aussi s'arranger pour que les échanges commerciaux entre le Québec et New York, qui sont de l'ordre de 7 milliards, se maintiennent et si possible se multiplient. Mais bon, n'en demandons pas trop. Le délégué devra aussi s'occuper des maires et des ministres du Québec qui s'inventent des raisons pour venir faire un tour dans la Grosse Pomme. Il devra enfin courir l'enfer des premières des artistes québécois qui se produisent au MET, à Carnegie Hall ou sur Broadway. Bref, un mandat exigeant, éreintant où André Boisclair devra sans aucun doute faire le sacrifice de bien des choses. Mais bien franchement, à part l'hiver québécois, la slush montréalaise et le gros cash de l'industrie du gaz de schiste qu'il conseillait autrefois, j'en vois pas.

On en parle trop

La fin du monde prévue pour le 21 décembre. De deux choses l'une: ou bien c'est la fin pour nous tous et il n'y a rien à dire. Ou bien, le monde continue après le 22 décembre et on n'en parle plus. À quoi bon gaspiller tant de salive pour ça?

On en parle pas assez

Le salaire des cadres des organismes de charité comme Oxfam-Québec, le Club des petits déjeuners ou Vision Mondiale. Un animateur de CHOI-FM a diffusé des chiffres de salaires annuels allant de 80000$ à 350000$. S'il dit vrai, la charité coûte cher et mériterait une enquête ou une commission.

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