Le vernis du 357c

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Woody Allen a volé une bonne blague à Groucho Marx au sujet des clubs privés. «Je ne voudrais jamais appartenir à un club qui m'accepterait comme membre», ironisait Woody. Autant dire que Woody n'est pas membre du désormais célèbre club 357c de la rue la Commune dans le Vieux-Montréal. La publicité tapageuse dont le club privé fait les frais ces jours-ci ne l'incitera certainement pas à changer d'idée, même si Woody ignore probablement tout de l'existence du 357c.

N'empêche. En 2002, lors de l'ouverture de cet édifice patrimonial, dont la restauration a coûté 50 millions au mécène et prince du multimédia Daniel Langlois, ce dernier espérait justement que son club attire, sinon Woody Allen, à tout le moins d'autres vedettes du jet-set international. Les quatre luxueuses suites au deuxième étage avaient été conçues pour les séjours à Montréal de célébrités comme Madonna, Georges Clooney ou Michael Schumacher. L'idée était qu'en devenant membre du club moyennant des frais annuels de 3500$ (à l'époque du moins), ces stars jouiraient à Montréal d'un point de chute secret et discret où elles ne risqueraient pas d'être assiégées par une meute de paparazzis ou de fans en délire.

Daniel Langlois espérait aussi attirer le gratin culturel montréalais dans ses salons et son resto. Et selon ce que j'en sais, il a plutôt réussi. Exception faite de Gilbert Rozon, un des rares gros bonnets du milieu culturel à ne pas être membre, la plupart de ses congénères des arts et de la culture le sont. Je ne vous donnerai pas leur nom, mais sachez que vous les connaissez. Producteurs de télé ou de cinéma, auteurs, animateurs, scénaristes et réalisateurs en vue, certains ont été invités à titre gracieux par Langlois, d'autres ont payé leur carte de membre, mais tous ont adhéré à l'idée d'un lieu où, comme le promettait Daniel Langlois en 2002, la culture et les affaires cohabitent dans le plus grand confort et en toute discrétion.

Je ne reviendrai pas sur le côté élitiste, exclusif, feutré et friqué de ce type de club, sinon pour dire que je préfère la déco moderne et épurée du 357c aux boiseries étouffantes du Mount Stephen Club ou aux tapis élimés et au mobilier défraîchi du Club Saint-Denis, qui a fermé boutique. Là n'est pas le problème.

Le vrai problème, c'est que ce club, qui voulait donner un vernis international à une ville qui en avait bien besoin, a fini par laisser entrer le loup dans la bergerie et par ouvrir ses portes à une clientèle parfois douteuse qui n'en avait rien à cirer de la cohabitation des arts et des affaires, sauf si ça servait ses intérêts financiers.

En même temps, comment pouvait-il en être autrement? Nous sommes à Montréal, une ville pauvre qui doit composer avec une population réduite, pour ne pas dire famélique, d'artistes et de gens de culture en moyens. Pour sa survie financière, le 357c était obligé d'accepter comme membres les plus fortunés, sans nécessairement leur demander des comptes sur la façon dont ils ont fait fortune.

Que Pauline Marois, Lucien Bouchard ou l'ensemble de la classe politique québécoise, tous partis confondus, fréquentent le 357c, n'est pas un crime. Comme l'a dit Gilbert Rozon, il faut bien que les élus et les gens d'affaires aient un lieu plus intime pour échanger et réseauter. Je vois mal tous ces gens tenir des réunions à l'Express ou au McDo. De la même manière, tout le monde ne va quand même pas être accusé d'avoir été soudoyé parce qu'il a fréquenté le 357c, comme l'a affirmé Pauline Marois. Elle a raison. Sauf qu'il ne viendrait jamais à l'idée de Mme Marois d'aller à la rencontre d'une quinzaine de jeunes entrepreneurs au Café Consenza. L'identité de ce haut lieu de Saint-Léonard est claire. On sait exactement le type d'activités qui s'y pratiquent. L'identité du 357c, où certains de ses clients s'achètent un vernis qu'il ne leur revient pas, est plus floue. C'est ça qui est le plus troublant.

On en parle trop

Les 500 bouteilles de vin et de bière abandonnées par l'ex-ministre Daniel Breton dans son logement. Le problème, ici, ce n'est pas que Daniel Breton buvait trop. C'est qu'il ne connaissait pas les vertus du recyclage. Pour un ex-ministre de l'Environnement, c'est impardonnable.

On n'en parle pas assez

Les gens sans influence. Pour faire la barbe à la liste des 100 plus influents de 2012 du Time, GQ a publié la liste des moins influents de 2012. Les gagnants? Mitt Romney, Madonna, Lance Armstrong et Michelle Obama parce que, malgré toutes ses campagnes de sensibilisation, les Américains sont restés inactifs et obèses.

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