Grand-messe montréalaise

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Réunir 900 acteurs de premier plan du milieu culturel entre un dépotoir et une autoroute n'est pas une mince affaire. Les clouer une journée complète autour d'une immense table ovale pour s'écouter les uns les autres non plus. Pourtant, c'est le petit miracle qui s'est produit lundi à la Tohu lors du deuxième Rendez-vous, Montréal métropole culturelle.

Je n'emploie pas le mot miracle innocemment. Il y avait un je-ne-sais-quoi de religieux dans cette grand-messe célébrée au milieu de la Cité des arts du cirque, ambassadrice de notre excellence «circacienne» à travers le monde. Une grand-messe où tout le monde se félicite d'être croyant et de croire, dans ce cas-ci, à la marque Montréal, métropole culturelle.

Une grand-messe, aussi, où personne ne fait de vagues, ne pose de questions embarrassantes, écoute sagement les discours des ministres et même de la première ministre, et où on suit les consignes strictes d'un animateur obsédé par son chrono, sans émettre l'ombre d'un point de vue critique, sauf à deux reprises: lorsqu'Annie Roy de l'ATSA (l'Action terroriste socialement acceptable) s'est avancée au micro pour dénoncer une certaine instrumentalisation de la culture par le commerce et lorsqu'un jeune de Montréal-Nord a pris la parole pour rapper une sorte de complainte qui disait en substance: «Pendant que les élites de la culture ont du fun, nous, on en arrache. Pourriez-vous s.v.p. vous occuper de nous».

Exception faite de ces deux petites notes à peine discordantes et de l'impolitesse de l'organisateur de Pop Montréal, Dan Seligman, qui s'est adressé à la salle uniquement en anglais sans même faire l'effort de prononcer deux mots en français, une belle unanimité a régné tout au long de la journée. Et bien franchement, par moments, c'était carrément lourd et fastidieux. Car au lieu d'engager un réel débat entre les différents acteurs de la scène culturelle, les trois plénières n'ont servi qu'à dérouler la longue nomenclature jovialiste des succès chiffrés de chacun. Or à moins de vivre sur une autre planète et de n'avoir pas lu un seul journal de l'année, les 80 intervenants, qui ont fait des présentations de trois minutes, ne nous ont rien appris que nous ne sachions déjà. Je parle autant pour moi que pour les 900 participants, tous issus du milieu culturel et sachant, pour la vaste majorité, qui a fait quoi et qui a scoré sur la scène internationale, nationale ou même dans son quartier.

Cette fois, on a voulu donner la parole, non pas aux gros bonnets des festivals et de l'événementiel, mais à des gens oeuvrant plus dans la marge et proposant des modèles alternatifs. C'était une bonne idée, sauf qu'au lieu d'expliquer ce qu'ils cherchent à dire d'eux-mêmes et de Montréal à travers leurs modèles, tous ont succombé au discours des chiffres et de la performance, laissant de côté ce qui fait la force, la profondeur, la singularité et l'âme d'une métropole culturelle.

Protéger l'âme

Contre toute attente, il a fallu attendre la troisième plénière, celle des nouveaux modèles de financement, celle des gens d'affaires en somme, pour entendre le mot âme. La première fois, le mot est sorti de la bouche d'un... comptable. Jacques Dostie, associé senior chez Ernst&Young qui s'est beaucoup démené pour convaincre des gens d'affaires de siéger sur des conseils d'administration d'organismes culturels, a lancé que la culture, c'était une façon de se protéger l'âme. Christian Paire, directeur général du CHUM, a pour sa part évoqué la nécessité pour les entreprises de trouver un supplément d'âme à travers la culture pour renforcer leur identité. Puis, il a eu ce cri du coeur réjouissant: «La culture ne doit pas seulement s'exprimer dans des lieux dédiés, elle doit être partout, dans les hôpitaux comme dans les prisons. C'est comme ça que Montréal deviendra une vraie métropole culturelle.»

Mentions honorables

Deux autres mentions honorables vont à Alexandre Taillefer, le président du c.a du Musée d'art contemporain qui a eu l'honnêteté d'avouer qu'en 2007, le comité de pilotage de Montréal, métropole culturelle s'était engagé à intégrer une oeuvre d'art emblématique par an dans l'espace public, mais que rien n'avait été fait à ce sujet. «Nous avons pris du retard», a-t-il déclaré, ajoutant qu'il fallait que cette promesse se réalise impérativement. Quant au promoteur immobilier Michael Emory, pdg d'Allied Properties qui vient de signer une entente avec les artistes de l'avenue de Gaspé, même s'il arrivait de Toronto et ne parlait pas français, c'était rafraîchissant de l'entendre souligner la nécessité de maintenir des ateliers d'artistes à loyers contrôlés dans les édifices à condos, afin de préserver l'âme et la qualité de vie des quartiers. Yes!

En 2017, date butoir pour la réalisation de la métropole culturelle, j'espère que les gens d'affaires et les artistes auront fini d'intérioriser le discours de l'autre pour tous parler la même langue: celle de la culture et de l'âme qu'elle donne à Montréal.

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