Monique Savoie: bâtisseuse du XXIe siècle

Déjà, en 1994, Monique Savoie avait compris le... (Photo: Marco Campanozzi, La Presse)

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Déjà, en 1994, Monique Savoie avait compris le formidable potentiel créatif du numérique. À l'époque, personne ne savait de quoi elle parlait.

Photo: Marco Campanozzi, La Presse

Nathalie Petrowski
La Presse

Il y a eu Jeanne Mance. Il y a maintenant Monique Savoie, la première Montréalaise contemporaine à être admise au panthéon des bâtisseuses de la cité. L'intronisation de celle qui s'est rebaptisée à la blague Nini de Saint-Sat a eu lieu mardi, sous le dôme de la Société des arts technologiques, la SAT, cette formidable bulle techno qui attire des délégations du monde entier et place Montréal à la fine pointe des arts numériques.

C'est Helen Fotopulos, de la Ville de Montréal, qui, en prévision de la Journée de la femme, a tenu à rendre hommage à Monique Savoie, comme elle l'a fait l'an passé pour Jeanne Mance. Le tout s'inscrit dans une série d'hommages à des bâtisseuses qui auront lieu à Montréal tous les 8 mars, jusqu'en 2017.

Si les amis d'une femme sont un indicateur de sa personnalité, alors Monique Savoie est à coup sûr une visionnaire, une rassembleuse, une créatrice et une méchante flyée. Tour à tour, Phyllis Lambert, Notre Dame du patrimoine, Marie Chouinard, Notre Dame de la danse, et Diane Dufresne, Notre Dame tout court, ont salué l'énergie, l'intelligence et le courage de cette pionnière des arts numériques.

Pour bien des gens, l'expression «arts numériques» et la réalité qu'elle sous-tend sont une pure abstraction. Pour Monique Savoie, c'est une réalité concrète et quotidienne qu'elle a mise en oeuvre avec des amis, il y a 15 ans, dans l'ancien local de la Banque TD, au coin des rues de Bleury et Sainte-Catherine.

Déjà, en 1994, cette vidéaste autodidacte et grande aventurière qui a travaillé sur des cargos, tenu un magasin général à la baie James et exploré l'Arctique en traîneau avait compris le formidable potentiel créatif du numérique. À l'époque, personne ne savait de quoi Monique Savoie parlait, et cela, en dépit du fait que des hordes de jeunes technos s'étaient mises à fréquenter la première SAT.

«Quand j'allais frapper aux portes des ministères pour du financement, je me faisais dire: «Monique, on t'aime beaucoup, mais ton projet, on ne sait pas à quoi ça sert ni ce que ça veut dire.» C'est très difficile d'expliquer une culture qui est basée sur l'expérience. Tant que tu ne l'as pas vécu, tu ne comprends pas», raconte Monique Savoie au lendemain de son hommage, perchée sur un des tabourets du Food Lab, au troisième étage de la SAT.

À deux pas de nous se déploie la SATosphère, cet immense dôme qui a coûté 2,6 millions à construire et à équiper, et dont l'ancêtre est le célèbre pavillon Bell d'Expo 67. «Quand on a commencé à élaborer le projet du dôme, poursuit-elle, on se faisait traiter de Nef des fous, de radeau de la Méduse ou même de Titanic!»

Les hangars de Canadair

Monique Savoie raconte ses déboires avec un grand sourire dépourvu d'ironie. Sans doute parce qu'elle est une femme d'action, entièrement engagée dans le présent et peu encline à ressasser le passé. Née à Montréal en 1956, élevée à Ahuntsic, Nini a découvert le champ infini des possibles dans les hangars de Canadair, où son père montait des avions. «J'étais toute petite, et les carlingues des avions étaient immenses et me donnaient accès à un monde vaste et grand où tout semblait possible», se souvient-elle.

On ne devient pas une bâtisseuse du jour au lendemain. Monique Savoie a pris plusieurs détours avant d'y arriver, mais sans jamais perdre sa faculté d'émerveillement ni son goût pour l'aventure. Et aujourd'hui, même si elle travaille en équipe et tout particulièrement avec son conjoint, l'artiste et vedette mondiale du numérique Luc Courchesne, la SAT demeure son bateau, son cargo, son bébé.

«La SAT, explique-t-elle, c'est une sorte de creuset ou de matrice pour tous les jeunes artistes numériques. Souvent, nous sommes leur premier employeur. C'est ici, en faisant de la recherche et de la création numérique, qu'ils décident s'ils vont être des artistes, des entrepreneurs ou des professionnels du numérique chez Moment Factory, Ubisoft, Sid Lee ou au Cirque du Soleil. La SAT est autant un incubateur qu'un lieu de réseautage.»

En novembre dernier, quand la nouvelle et rutilante SAT et son dôme de 18 mètres de diamètre et de 15 mètres de hauteur ont été inaugurés, c'était à la fois le couronnement d'un grand élan et sa finalité. Forte du travail accompli, Monique Savoie aurait pu prendre une pause. Elle s'est plutôt lancée dans une foule de nouveaux projets.

Aujourd'hui, parmi ses priorités, il y a sa volonté de voir les arts numériques reconnus au gouvernement par la création, sinon d'un ministère, à tout le moins d'un secteur numérique qui va éventuellement voir le jour. Elle travaille aussi très fort à l'implantation du logiciel Scenic, développé à la SAT, qui permettrait de brancher et de relier toutes les salles de spectacle au Québec. Troisième projet et non le moindre: l'aménagement au troisième étage de la SAT d'une terrasse nordique qui, grâce à des bancs chauffants d'inspiration finlandaise, permettront des 5 à 7 et des barbecues été comme hiver.

Je ne sais pas à quoi ressemblait Jeanne Mance ni si elle fréquentait des terrasses ou faisait des barbecues. Je sais seulement qu'avec son énergie, sa chaleur, sa pétulance, son coeur à l'ouvrage et son intelligence vive, Monique Savoie n'a rien à lui envier.

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