Ça se passe en français, aussi

«Arrivez sur terre, m'a dit un ami du milieu de la finance. Dans la vraie vie, pas à La Presse, pas au Devoir, pas à Radio-Canada, dans la vraie vie, ça se passe en anglais. L'anglais est la langue commune, la langue incontournable, à Montréal comme à Paris, Pékin, Tokyo et Moscou. Dès que tu veux aller sur le marché international, tu n'as pas le choix, tu dois le faire en anglais.»

Mon ami a ajouté: «Si le Québec était une société mature, guérie de son complexe de colonisé, elle ne sauterait pas au plafond chaque fois qu'un cadre d'une banque ou d'une institution financière parle l'anglais.»

Aussi brutale soit-elle, l'affirmation m'a fait réfléchir. D'autant plus que depuis une semaine, la colonisée en moi n'en finissait plus de grimper aux rideaux en maudissant les cadres unilingues anglophones de la Caisse de dépôt et leurs amis unilingues de la Banque Nationale, dont au moins un dûment identifié comme tel, et sans doute une bonne cinquantaine se cachant dans le placard de la banque en attendant d'être démasqués.

La douche froide de mon ami de la finance m'a fait réfléchir et m'a presque convaincue de l'inévitabilité de l'anglais. En effet, comment s'ouvrir au monde en restant enfermé dans une logique linguistique minoritaire? La contorsion que cela supposait était, à long terme, aussi nuisible qu'impraticable.

J'allais me rendre à la fatalité de l'argument quand, dans un dernier sursaut de combativité, j'ai voulu aller voir comment ça se passe dans «la vraie vie», au Cirque du Soleil et à la Caserne de Robert Lepage, deux entreprises culturelles au rayonnement international aussi florissant que celui de la Caisse de dépôt.

Comment ça se passe? Croyez-le ou non, la plupart du temps ça se passe en français. À la Caserne de Robert Lepage à Québec, d'où l'on gère les tournées simultanées d'une dizaine de créations, sans oublier les projets en gestation et en développement à New York ou à Tombouctou, tout le travail se fait en français. L'équipe de direction compte un peu plus de 20 personnes. Toutes sont des francophones, sauf le concepteur technique, Tobie Horswill, qui parle couramment français.

De façon générale, les communications avec l'étranger se font en anglais. Il y a des exceptions, me signale la porte-parole Sylvie Isabelle. Ainsi, le contrat que la Caserne a signé dernièrement avec le centre culturel Onassis, à Athènes, pour la présentation de La face cachée de la lune, était en français. Au MET de New York, le directeur des communications est un Américain qui parle couramment le français. Par conséquent, les communications écrites avec lui se font en français.

Quant aux agents étrangers qui gèrent les tournées des spectacles multilingues de Lepage en Asie, en Europe et en Australie, deux sur trois parlent couramment français et les échanges avec eux se déroulent en français.

Vous pensez que c'est différent au Cirque du Soleil? Détrompez-vous. En 2004, le Cirque, qui doit pourtant sa fortune aux dollars unilingues américains, s'est doté d'une politique linguistique reconnaissant le droit aux 2000 employés du siège social de travailler en français et d'échanger des courriels dans la même langue. Sur la vingtaine de vice-présidents en poste à Montréal, seulement deux n'ont pas le français comme langue maternelle, mais ils le parlent et le comprennent.

Évidemment, les centaines d'acrobates qui viennent s'entraîner à Montréal (où se font tous les entraînements) ne parlent pas tous le français. Certains ne parlent même pas l'anglais. Les entraînements se font néanmoins en français et en anglais avec des interprètes qui traduisent en français et en anglais. Des cours d'anglais et de français sont d'ailleurs offerts aux artistes étrangers qui le veulent.

Je pourrais continuer ainsi pendant plusieurs paragraphes pour illustrer qu'au Cirque du Soleil comme à la Caserne de Robert Lepage, on n'a pas baissé les bras devant l'inévitabilité de l'anglais. Pourtant, les gens du Cirque comme ceux de la Caserne de Lepage ne sont pas des militants et encore moins des ayatollahs linguistiques. Tous s'expriment aussi bien en français qu'en anglais. Reste que chaque jour, chacun à leur manière, ils font la preuve qu'on peut rayonner dans le monde et jouer dans les ligues majeures sans nécessairement renoncer à sa langue et sans automatiquement recourir à l'anglais.

Le milieu de la finance au Québec a des leçons à prendre du milieu culturel: des leçons de français, mais surtout des leçons de volonté et de fierté.

Le mime s'est éteint

Patrice Arbour n'était pas grand, mais il était électrique, bruyant, tapageur, une furie sur deux pattes qui a servi de modèle au lapin Energizer. Avec Bernard Carez, il a fondé les Mimes électriques, un duo désopilant et sonore, capable de reproduire, grâce à la puissance et la justesse de ses cordes vocales, le bruit d'un avion, le vol de corneilles ou le gazouillis d'un bébé.

Dans les années 70, les Mimes électriques ont fait crouler de rire les spectateurs d'Avignon comme ceux des Olympiques de Montréal, avant de triompher à Hollywood en 1980 en remportant, avec le cinéaste d'animation Eugène Fedorenko, l'Oscar du meilleur court métrage d'animation pour le film Chaque enfant, dont ils ont produit la bande-son. Puis, le duo s'est dissous et Patrice Arbour est devenu un petit comique incroyablement expressif que l'on voyait à la télé ou dans les sketches hilarants de Ding et Dong. Il y a huit ans, la maladie l'a réduit au silence et cloué à un fauteuil roulant. Il s'est éteint lundi, mais sa lumière continue de briller dans le coeur de ceux qui l'ont connu et aimé.

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer