Turcot en oeuvre d'art

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Reconstruction de l'échangeur Turcot
Reconstruction de l'échangeur Turcot

Suivez l'évolution du projet de reconstruction de l'échangeur Turcot. »

Un des premiers échangeurs autoroutiers urbains a vu le jour aux États-Unis au début des années 30. Depuis, des milliers de structures semblables se sont multipliées dans des milliers de villes. Et si les formes et les techniques ont évolué au fil des 80 dernières années, une chose est restée la même partout: la couleur ou plutôt l'absence de couleurs.

Le ministère des Transports du Québec  investira... (Photo: fournie par Daniel Marchand) - image 1.0

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Le ministère des Transports du Québec investira 1 % de son budget de 3 milliards dans la signature esthétique et architecturale de l'échangeur Turcot.

Photo: fournie par Daniel Marchand

C'est dire que pendant 80 ans, personne, absolument personne n'a pensé ou osé imaginer qu'un échangeur autoroutier pourrait avoir des couleurs. Qu'on pourrait peindre ses bretelles et détourner cette horrible pieuvre de béton de sa laideur tentaculaire pour en faire une oeuvre d'art, quelque chose de beau et de signifiant. Personne sauf Daniel Marchand, de Montréal.

Qui est-il? Un peintre comme des centaines d'autres. Un artiste qui fait du figuratif abstrait et qui boucle ses fins de mois en prêtant ses connaissances et ses services à des travaux d'archéologie menés par la Ville.

En 2001, Marchand travaillait aux abords du canal de Lachine où la Ville avait entrepris une vaste revitalisation du quartier. Chaque jour, avant d'aller au chantier, il stationnait sa voiture sous l'échangeur Turcot. Un matin, allez savoir pourquoi, il a levé la tête et pris en plein visage l'énorme et éléphantesque structure suspendue au-dessus de lui. Mais au lieu de s'écrier Dieu que c'est laid, il a trouvé que l'ossature et la forme sinueuse de l'échangeur étaient, sur le plan visuel, ma foi, plutôt intéressantes. Il ne se souvient plus à quel moment précis l'idée a germé. Il sait seulement que l'échangeur Turcot lui est subitement apparu en couleur, comme un immense enchevêtrement de lignes bleues, vertes, rouges, roses, jaunes et orange s'étalant sur 12 kilomètres linéaires.

L'idée aurait pu en rester là. Mais c'était mal connaître Daniel Marchand, pour qui l'échangeur Turcot allait devenir l'oeuvre de sa vie. Peu de temps après, Marchand a fondé Méandres urbains essentiels, organisme à but non lucratif voué à la transformation de l'échangeur Turcot en oeuvre d'art. Il a couché son projet sur papier, l'a assorti de dessins colorés, a pris contact avec des entreprises de peinture, a parlé avec des chimistes et a présenté les grandes lignes de son projet aux fonctionnaires du ministère des Transports du Québec. Contre toute attente, ceux-ci n'ont pas trouvé que l'idée était folle. Flyée peut-être. Difficile à réaliser aussi, mais légitime et intéressante. Les fonctionnaires savaient déjà qu'un réaménagement de l'échangeur Turcot était dans leurs cartons et que ce réaménagement devrait tenir compte de critères esthétiques.

Les années ont passé. Marchand n'a pas songé une minute à abandonner la partie. Au contraire. Il a cherché des appuis politiques. Il en a trouvé chez Marcel Côté, fondateur de Secor et joueur important sur la scène culturelle montréalaise, qui a accepté d'être le président de son conseil d'administration. D'autres années ont passé et puis cet automne, le ministère des Transports a finalement accouché du projet d'un nouvel échangeur qui coûtera 3 milliards et dont la construction durera huit ans. Et subitement, Daniel Marchand a repris espoir. Parce que le MTQ lui a signifié qu'il était toujours intéressé par son projet et qu'il était prêt à investir 1 % de son budget d'infrastructure de 3 milliards dans la signature esthétique et architecturale de Turcot. Et parce que l'arrivée en scène d'un nouvel échangeur faisait en sorte que l'équipe de peintres pourrait peindre les nouveaux parapets au fur et à mesure qu'ils se construisaient. Idem pour les peintres en scénographie qui prendraient le relais pour peindre des fresques à des endroits stratégiques.

Avec le vieil échangeur, la pose de peinture était problématique et impliquait des fermetures, des détours et des détournements ou alors des peintres courageux et casse-cou n'ayant pas peur de peindre dans le trafic. Le nouvel échangeur vient régler tous ces problèmes.

La société Sico a déjà fait savoir à Marchand qu'elle était partie prenante si jamais le projet se réalisait. Un chimiste de la société a trouvé un procédé pour que la peinture soit plus adhérente, mais aussi qu'elle permette au béton de respirer. Selon ce dernier, les couleurs des parapets resteront belles et éclatantes pendant 10 ans. Il reste un dernier point à régler: celui de la paternité de l'oeuvre d'art Turcot. Daniel Marchand souhaite évidemment que cette paternité lui soit reconnue. Tout comme il souhaite être le maître d'oeuvre du projet et pouvoir ainsi choisir les couleurs comme les créateurs des fresques. Pour l'instant, le MTQ tarde à lui donner cette garantie. Au Ministère, on envisage la coloration de Turcot plus comme un travail décoratif, voire une job de peinture, que comme un geste artistique. Disons qu'ils ont de la difficulté à concevoir qu'un échangeur puisse être une oeuvre d'art. Heureusement, les deux parties ont encore un peu de temps devant elles pour régler la question.

En attendant, ce projet fou et unique, qui porte en lui tous les ingrédients d'une signature forte et emblématique pour Montréal, permet enfin aux Montréalais de rêver en couleur. En ces temps gris et mornes, ce n'est vraiment pas de refus.




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