Pole provocation

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À l'entrée de l'hôtel, deux rutilants camions Escapade ESV, communément appelés «char de pimp». À l'intérieur, au bar du deuxième étage, les propriétaires des VUS, qui sont aussi des propriétaires des clubs de danseuses qui ont gagné la première ronde d'un Star Académie de la danse de poteau.

Anne-Marie Losique (au centre) a lancé hier sa... (Photo: Ivanoh Demers, La Presse) - image 1.0

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Anne-Marie Losique (au centre) a lancé hier sa nouvelle émission Pole Position Québec en compagnie de quelques-unes des participantes.

Photo: Ivanoh Demers, La Presse

Les proprios sont flanqués d'une douzaine de danseuses minces comme des popsicles, juchées sur des talons de sept étages et moulées dans des robes fuseaux qui ne laissent pas grand-chose à l'imagination sauf leur âge incertain et qui, dans certains cas, semble sous la limite de l'âge légal. Pour se donner du pep et se mettre dans l'ambiance d'un début d'après-midi précoce, les filles, qui ont dansé jusqu'à 3 h du matin la veille, boivent des gin-tonics comme si c'était du petit lait et attendent avec impatience le début de l'émission de télé qui va peut-être en faire les vedettes du canal Indigo les vendredis et samedis soir, à raison de 12,99 $ par visionnement.

Bienvenue à Pole position Québec, le nouveau produit sexy de l'animatrice productrice et «pole girl» Anne-Marie Losique qui, aujourd'hui, a troqué ses micro jupes et ses bustiers plongeants contre une paire de jean et un t-shirt, ma foi, presque pudiques.

En me voyant entrer dans le bar, Anne-Marie pousse des petits cris et s'étonne de ma présence. «Mais qu'est-ce que tu fous là?» glousse-t-elle. Maudite bonne question.

En cliquant sur la vidéo qui accompagnait l'invitation au visionnement de Pole position, j'avais cru comprendre que la compétition serait au plus, athlétique, et que même si elle mettait en vedette des danseuses et non pas des acrobates du Cirque du Soleil, ces dames seraient toujours vêtues. Légèrement certes, mais assez pour boucher tous les orifices et contenir tous les débordements. Il n'en est rien. Dès le deuxième segment de cette première émission, toutes les filles sont à poil (même si elles n'ont plus de poils) et s'enduisent de peinture en prenant bien soin d'exhiber leurs attributs à la caméra. À mon tour d'interpeller Losique. «Non mais, Anne-Marie, peux-tu m'expliquer ce que tu fous là dans cet univers sordide de filles à l'exhibitionnisme mécanique, réduites à l'état de marchandise sous l'oeil lubrique de Ginos ventrus, poilus et «bijoutés». Sans blague, Anne-Marie. Ces filles-là ne feront jamais des études à McGill et à la Sorbonne comme toi. Elles sont condamnées à se geler la face pour supporter leur métier. Tu vois bien que ce sont des victimes que tu exploites impunément.»

Mais Anne-Marie coupe court à ce qu'elle qualifie de discours moralisateur. «Lâche-moi avec ta victimisation, s'il te plaît, tonne Anne-Marie. Ces filles-là ne sont pas des victimes du tout. Elles sont bien dans leur peau et elles sont fières de leur corps et fières de ce qu'elles déclenchent dans le regard des hommes. Et puis quoi, on n'a plus le droit de s'amuser un peu? C'est quoi ce discours puritain sur le sexe? Dis-moi pas que toi aussi t'es en train de virer conservatrice?»

J'essaie d'expliquer à Anne-Marie que c'est un leurre de croire que la porno a un quelconque rapport avec la liberté, le libéralisme ou la libération du corps. Mais elle me coupe à nouveau pour m'annoncer que ce qu'elle fait n'est pas de la porno. Pardon? «Non, jure-t-elle. Pole Position, c'est rien à côté de la porno, la vraie porno, celle à 3 X, avec pénétration, exposition extrême et tout le bataclan. Je regrette, mais je ne fais pas de la porno.»

À mon tour d'être confuse et confondue. Si des filles sans poils qui se roulent jambes écartées dans de l'eau savonneuse ou qui se reniflent l'entrejambe avant de se lécher le mamelon, ce n'est pas de la porno, alors moi, je ne suis pas bonne soeur ou peut-être le suis-je, je ne sais plus. Chose certaine, ce qu'on appelait autrefois de la soft porn a beaucoup évolué. Autant dire que là comme ailleurs, il y a eu un durcissement et des limites repoussées dans leurs derniers retranchements. Résultat: ce qui était de la porno hier est aujourd'hui un divertissement sexy produit par une fille qui se dit fièere d'avoir trouvé sa niche et qui brûle d'impatience de lancer, en 2010, Vanessa, la première chaîne canadienne pour adultes.

J'essaie de comprendre comment la cinéphile et femme cultivée, à qui Marcello Mastroianni a accordé sa dernière entrevue avant sa mort, a pu en arriver à se passionner autant pour la culture du X, qui est non seulement une culture mais un univers en soi. Pour toute réponse, Anne-Marie se contente de dire que la demande pour le X est de plus en plus forte et qu'elle ne fait que répondre à la demande. J'ai envie de lui citer un passage que je viens de lire dans le bouquin d'Hervé Kempf. «L'alliance du sexe et de la télévision est un des outils les plus puissants utilisés par le capitalisme pour aliéner ses sujets, écrit ce dernier. Une économie libidinale sortie de ses gonds est la réponse à la frustration d'individus toujours en manque de biens dans la course ostentatoire.» Dommage que j'aie oublié mon livre...

 




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