Dix mille heures

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Combien de temps cela prend-il pour devenir un artiste accompli? Dans n'importe quelle discipline? Danse, musique, cinéma, littérature, théâtre? Cela ne se chiffre pas? Détrompez-vous. Selon le journaliste, écrivain et sondeur de phénomènes sociaux Malcolm Gladwell, cela prend dix mille heures. Ou mieux encore: quatre heures de répétition par jour pendant 10 ans.

Gladwell, un Canadien qui a fait carrière aux États-Unis, d'abord comme reporter au Washington Post puis au New Yorker et dont le premier livre Le point de bascule s'est vendu à plus d'un million d'exemplaires, était le conférencier vedette de la journée Infopresse cette semaine. Lorsque Gladwell s'est présenté devant la salle remplie de publicitaires, j'ai cru qu'il allait nous parler de Bill Gates, le sujet de Outliers, son dernier livre sur les génies. Mais non. Gladwell avait plutôt décidé de se pencher sur Fleetwood Mac, le groupe de soft-rock des années 70. Sur le coup, j'ai réprimé une grimace. Fleetwood Mac? Cette bande de vieux has been? J'ignorais à ce moment-là que le groupe faisait un retour et serait au Centre Bell le 25 mars. Mais retour ou non, j'étais sceptique. Surtout que l'histoire de Fleetwood Mac est l'histoire classique d'un groupe d'amis et de musiciens britanniques qui vivent sans le sou à Londres et qui un jour décident d'aller tenter leur chance en Californie. Dans un studio d'enregistrement de L.A., ils tombent par hasard sur deux chanteurs avec lesquels ils forment un nouveau groupe et enregistrent un disque, Rumours, qui se vend à 19 millions d'exemplaires, les installe au Panthéon du rock et les immortalise.

«Dans cette histoire, tout semble facile, presque magique. Le problème, c'est que cette histoire est fausse, a lancé Gladwell avant de nous raconter que pour arriver à Rumours, leur disque le plus accompli, Fleetwood avait enregistré 11 autres disques, dont certains étaient carrément pourris. Contrairement à la légende, la route de Fleetwood Mac fut une route pavée d'échecs, de crises, de calamités et de ruptures. Au beau milieu de leur difficile ascension, le leader du groupe s'est mis à prendre du LSD avant de s'enfuir dans une secte.

«Entre leurs débuts et leur triomphe, 10 longues années se sont écoulées. Dix ans et dix mille heures de répétitions», a martelé Gladwell.

Sa première grande leçon, c'est que le succès artistique - ou économique, scientifique, politique, gastronomique, peu importe - n'est jamais un miracle ou un accident. C'est le résultat de travail et d'efforts. De dix mille heures de travail et d'efforts. C'est valable pour les Beatles qui ont fait leurs classes dans les clubs de Liverpool ou Hambourg où ils ont joué plus de mille fois ensemble. C'est valable pour Bill Gates qui, dès l'âge de 13 ans, toutes les nuits entre 2h et 6h, allait pitonner sur l'unique ordinateur d'une université près de chez lui. Sans travail ni longues années d'exploration et de tâtonnements, le succès est impossible.

La deuxième leçon de Gladwell, c'est que le succès se construit la plupart du temps sur la faiblesse plutôt que sur la force. Ainsi, ceux qui compensent leurs failles réussissent généralement mieux que ceux qui mettent à profit leur talent. Il cite à cet effet un long chapelet de célébrités (comme Richard Branson) qui n'auraient jamais réussi aussi brillamment dans la vie s'ils n'avaient pas souffert de dyslexie.

Dernière grande leçon sur la formation des artistes et des innovateurs. Pour Gladwell, cette formation n'est jamais un acte individuel. C'est un acte collectif qui demande de l'aide, de la patience et de l'argent. Et chez nous, en raison de l'étroitesse de notre marché, pour qu'un grand créateur comme Robert Lepage puisse voir le jour et s'épanouir, l'argent doit venir de l'État. Cette dernière leçon s'adresse tout particulièrement à Stephen Harper. Pas seulement pour les subventions. Pour les dix mille heures de répétitions aussi.

Si le leader conservateur s'était préparé pendant dix mille heures à devenir premier ministre plutôt que chef de bande, peut-être aurait-il eu plus de succès à éviter les crises...




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