Bruxelles en état de siège

Un homme attend le métro à la station...

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Un homme attend le métro à la station centrale à Bruxelles.

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Hier matin, à l'heure de pointe, le métro était presque désert. Seulement 16 stations sur 70 étaient ouvertes. Les voitures étaient vides. Dans les couloirs, il y avait davantage de militaires armés jusqu'aux dents que d'usagers. Étrange impression de ville en état de siège.

Dans ma voiture, deux personnes, dont une femme, Stéphanie, 33 ans. Elle prend le métro tous les jours.

« Vous avez peur ?

- Pour être honnête, un tout petit peu. »

À l'entrée, il fallait montrer patte blanche. À la station Gare Centrale, noeud du transport où se croisent le métro et les trains, les gens faisaient la file devant les militaires qui fouillaient les sacs. À l'extérieur, six camions de l'armée. Des voitures de police passaient en trombe, sirènes hurlantes. Je n'étais pourtant pas à Kaboul, mais à Bruxelles, une capitale occidentale qui a fait passer son niveau d'alerte à 4, le maximum.

Je voulais me rendre à la station de métro Maelbeek, où un kamikaze a tué 20 personnes en se faisant exploser. Une partie du quartier était bouclée par la police. La grande artère De la Loi avait été fermée à la circulation. Il n'y avait personne dans les rues, sauf des policiers, des militaires et des journalistes. 

Normalement, le quartier grouille de fonctionnaires qui travaillent dans les nombreuses institutions européennes. Hier, c'était le désert.

La température accentuait l'aspect fantomatique du quartier. Le ciel était plombé, comme l'humeur de la ville.

Les journalistes attendaient une délégation de députés qui devaient déposer des fleurs près de la station de métro. Ils sont arrivés en rangs serrés vers 11 h, surtout des hommes engoncés dans leurs complets de couleur sombre. Chaque député a déposé une rose blanche sur le trottoir. La plupart étaient membres d'un parti politique d'extrême droite, cousin du Front national de Marine Le Pen. Leur discours était radical.

« Ça fait 30 ans qu'on dit que l'immigration massive menace notre identité, a affirmé Dominiek Lootens. Certains quartiers comme Molenbeek sont complètement islamisés. Les musulmans en ont pris le contrôle. »

« Est-ce que les attentats vont favoriser l'extrême droite ? », lui ai-je demandé.

Il m'a regardée de travers, puis il a répondu : « Je préférerais ne pas le formuler ainsi. »

***

L'hôtel Thon est situé en face de la station de métro Maelbeek. Il est dans le périmètre de sécurité, seuls les clients peuvent y accéder. Le directeur général du Thon, Hans Van der biesen, m'a laissée entrer. Nous avons parlé dans le lobby, qui a été transformé en clinique improvisée le jour des attentats.

Mardi, 8 h, une bombe explose à l'aéroport. Hans Van der biesen convoque son monde dans le lobby pour faire le point, car plusieurs clients doivent prendre l'avion. Pendant qu'il parle, une bombe explose dans le métro, un bruit sourd, étouffé. Il ne comprend pas. Puis, il voit de la fumée s'échapper de la station. Les premiers blessés émergent, ils se réfugient spontanément dans le lobby.

L'hôtel a une équipe d'intervention d'une dizaine de personnes. Tout le monde se met au travail : trousses de premiers soins, bouteilles d'eau, les blessés affluent.

«On calmait les gens et on essayait de les soigner en attendant les ambulanciers.»

Hans Van der biesen

Au total, une cinquantaine de blessés aboutissent dans le lobby. Les ambulanciers les examinent, puis ils les répartissent dans les différents hôpitaux de la ville. L'opération sauvetage dure près de trois heures.

Hier, l'hôtel était toujours sur le qui-vive. Une vingtaine de policiers avaient transformé une de ses grandes salles en quartier général. Hans Van der biesen accepte tous ces chambardements de bonne grâce. 

***

Je me suis ensuite dirigée vers l'hôpital Saint-Pierre, qui a reçu de nombreux blessés. Au métro de la Gare Centrale, les policiers ont minutieusement fouillé mon sac. À côté de moi, une jolie blonde d'une vingtaine d'années. Un policier fouillait sa valise dans laquelle elle avait jeté son linge sale. Le policier a blagué, la jeune fille a rougi, les autres rigolaient discrètement. 

C'est là que j'ai su qu'il n'y avait que 16 stations d'ouvertes sur 70. L'employé du métro m'a suggéré de marcher. Impossible d'attraper un taxi. J'ai passé à travers le parc de Bruxelles, le plus grand de la ville. D'un côté, le palais où vit le roi Philippe, de l'autre, le parlement. Quelques joggeurs couraient, comme si le ciel n'était pas tombé sur la tête des Bruxellois. 

À l'hôpital, c'était le chaos. De longues files s'étiraient devant les portes. Des employés vérifiaient chaque individu, qu'il soit médecin ou patient. Tous devaient montrer une carte d'identité ou un papier prouvant qu'ils avaient un rendez-vous. Une cinquantaine de personnes attendaient dans le désordre. L'impatience était palpable. Sylvie Marchant, enceinte de 35 semaines, protestait. « D'habitude, je n'attends jamais ! » Les journalistes n'étaient pas les bienvenus.

Avant de rentrer à l'hôtel, je me suis arrêtée à la place de la Bourse, transformée en lieu de rendez-vous pour les Bruxellois endeuillés. Il y avait du monde partout, dans les marches, dans la rue, sur le parvis. Au milieu, des bougies, des fleurs, des oursons et des messages écrits à la craie. 

Parmi la foule, Fatima, 58 ans, d'origine marocaine. Elle portait un hijab et un long manteau noirs. 

« Avez-vous peur qu'il y ait un ressac contre les musulmans ? lui ai-je demandé. 

 - J'ai grandi ici. La Belgique, c'est mon pays. Nous sommes tous touchés, il faut se serrer les coudes. 

 - Mais avez-vous peur ? 

Elle a hésité. 

 - Ce n'est pas facile. »

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