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La Sainte Trinité de la corruption

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Mercredi, la commission Charbonneau a enfin abordé le coeur de la corruption: le financement des partis politiques.

Le président d'une firme de génie, Michel Lalonde, a avoué qu'il avait versé 3 % de la valeur de ses contrats à Bernard Trépanier, grand argentier d'Union Montréal, le parti de Gérald Tremblay. De 2004 à 2009. Pendant cinq ans, cinq longues années. Et il n'était pas le seul à obéir à la règle du 3 % pour obtenir des contrats de la Ville.

Après les fonctionnaires et les entrepreneurs véreux, les firmes de génie, la Sainte Trinité de la corruption. La boucle est bouclée. Ou, comme dit mon vieux père, tout est dans tout.

Ce n'est pas la première fois que le fameux 3 % rebondit, mais chaque fois, je tombe en bas de ma chaise. Il y a toujours eu des enveloppes brunes et du financement illégal, mais c'est sous Union Montréal que le système s'est raffiné et qu'une tonne de dollars est tombée dans la cagnotte du parti de Gérald Tremblay. C'est du moins ce qui ressort du témoignage-choc de Michel Lalonde, président de Génius conseil.

Bernard Trépanier a inventé le 3 %. C'était en 2004, un an avant les élections, a raconté Lalonde. Trépanier a d'abord exigé 100 000 $ «cash», puis il lui a dit qu'il voulait créer un système de pourcentage, 3 %. Parce que des élections, ça se gagne avec de l'argent. Lalonde trouvait la facture salée, mais il pouvait se compter chanceux. Trépanier a précisé que certaines firmes devaient verser 200 000 $.

Donc, 100 000 $ et 200 000 $, sans oublier la ristourne de 3 %. Ça commence à faire une belle montagne d'argent. Les entrepreneurs et les firmes de génie ramassaient cette cagnotte en gonflant les coûts des contrats et en ajoutant des extras. Et qui, au bout du compte, payait la note? Les contribuables. Car Lalonde a confirmé ce que tout le monde sait: les travaux à Montréal coûtaient de 25 à 30 % de plus qu'ailleurs. Le prix de la corruption.

En juin, lorsque l'ex-chef de police Jacques Duchesneau a dit devant la Commission que 70 % du financement des partis politiques provenait de l'argent sale, peu l'ont cru. Soixante-dix pour cent? Énorme, trop gros. Ça ricanait dans les chaumières. Mais est-ce que le chiffre de Duchesneau est aussi farfelu qu'on le prétend?

Et Martin Dumont, le témoin qui a jeté la Commission dans l'embarras en embellissant ses histoires et en déformant la vérité? Il n'avait pas tout faux. Il a affirmé que la réceptionniste d'Union Montréal avait compté à la mitaine 850 000 $ à la demande de Bernard Trépanier. Jamais, a-t-elle protesté lundi. Dumont a reconnu que c'était faux lors d'un interrogatoire musclé mené par des enquêteurs de la Commission. Par contre, elle a précisé que Trépanier était arrivé avec une mallette bourrée de billets attachés avec des élastiques et qu'il lui avait demandé de séparer les 20 $ des 50 $.

Dieu sait pourquoi Dumont a inventé cette histoire de 850 000 $. Il n'en reste pas moins que l'argent circulait drôlement dans les locaux d'Union Montréal et que Bernard Trépanier recevait des présidents d'entreprises et des entrepreneurs qui venaient verser leur obole. Comme Dumont l'a raconté: Trépanier accueillait ses visiteurs, fermait la porte de son bureau et baissait les stores. Que reste-t-il du témoignage de Dumont? Comment démêler le vrai du faux? Est-ce que la porte du coffre-fort qui était dans le bureau de Trépanier ne fermait pas parce qu'il y avait trop d'argent sale? Peut-être. Mais un point se confirme, l'argent coulait à flots. Et c'est avec cet argent sale que Gérald Tremblay a été élu et réélu.

Autre fait qui m'a jetée par terre: les mots choisis par Lalonde pendant son témoignage. À l'entendre, tout se déroulait comme si ces entrepreneurs et ces présidents d'entreprise étaient des gentlemen qui discutaient noblement affaires, alors qu'ils complotaient pour flouer le système. Mercredi, Lalonde utilisait un vocabulaire chaste qui enrobait la réalité d'un vernis de respectabilité. Il disait qu'il était «accommodant» avec les entrepreneurs quand il leur accordait des extras gonflés, que l'opération se déroulait dans le «respect» et dans un «esprit de partenariat». Surréaliste.

***

Petite note en terminant: est-ce que quelqu'un pourrait donner un cours accéléré de politique 101 à la commissaire France Charbonneau? Mercredi, elle a étalé son ignorance. C'était gênant. Elle confondait Vision Montréal et Union Montréal. Ce n'était pas une erreur, elle était vraiment mêlée. Visiblement, elle ne connaît pas grand-chose à la politique municipale. Pourtant, ça fait des mois que sa Commission se penche sur Montréal. Mme Charbonneau pourrait au moins faire la différence entre Vision et Union Montréal. Élémentaire, mon cher Watson, comme dirait Sherlock Holmes.

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Commentaires (9)
    • Bernard Trépanier n'a pas inventé le 3%, car en 1999, je devais me présenter au élections
      dans ma municipalité une petite ville, et je me suis fait offrire ce fameux 3%,donc le système existe depuis longtemps, je pourrais vous en raconter longtemps.la commission
      selon moi est nessessaire.

    • Il faudrait poser des questions aux proprietaires de maison qui se sont fais harnaquer par des compagnies de constructions douteuses. Il y a une maison qui vient d'exploser. Le proprietaire avait auparavant reussi a obtenir un jugement en sa faveur a cause que sa maison avait un probleme. Y a t-il un lien a faire entre les deux evenements?

    • Mme Ouimet,
      Pour ce qui est de la fin de votre article, qui est en partie fort juste, la commissaire était effectivement mêlée, accordons lui au moins que M. Dumont sait lui-même être plutôt mêlant, mais bref ce que je veux soumettre à votre attention est tout autre. C'est que jamais dans ses romans Sir Arthur Conan Doyle ne fait dire à Holmes la citation que vous lui prêter soit «élémentaire mon cher Watson». Bien que cette phrase soit au XXIe siècle associée à Sherlock Holmes, il ne l'a prononcée dans aucune des cinq histoires écrites par Arthur Conan Doyle. Par contre, elle est présente dans «Les Exploits de Sherlock Holmes», un recueil de nouvelles écrites par Adrian Conan Doyle (le fils de Sir Arthur Conan Doyle) et John Dickson Carr et dans la nouvelle L'Aventure de la veuve rouge également écrite par Adrian. Que celui qui n'a jamais été ignorant lance la première pierre...
      Un de vos fidèle lecteur
      Pierre Guzzo

    • J'aime bien votre petite note sur madame la juge Carbonneau à la fin de votre article. Depuis le début des audiences de la commission, elle est régulièrement à côté de ses pompes et ses questions démontrent régulièrement qu'elle ne comprend pas les propos des témoins. Même son procureur chouchou M. Gallant paraît souvent interloqué par les remarques étranges de la juge.

    • Ste-Trinité? La voilà: l'absence d'une véritable concurrence (régionalisme et achat chez nous); l'absence de mobilité d'emploi (monopoles syndicaux); une gestion gouvernementale déficiente (lourde réglementation au lieu d'un contrôle véritable qui exige des vérifications aléatoires et non bureaucratiques, accompagnées d'un train de sanctions réelles et punitives).
      Nous n'avons pas besoin de démontrer les stratagèmes (le comment), mais de nous adresser au pourquoi.
      Cette commission est une perte de temps et une excuse permettant aux politiciens de repousser l'échéance de décisions douloureuses, qui requièrent du courage politique et l'abandon du populisme.

    • D'accord avec DCSavard. Pour l'instant, ce que les témoins ont affirmé est que Bernard Trépanier a reçu beaucoup d'argent, la preuve n'a pas encore démontré que cet argent a servi au financement du parti Union Montréal.

    • Bon matin madame,
      Savez-vous que si je défoncais la vitrine d'une banque et que j'y pénétrais pour m'emparer de 30,000.00$ et même plus tout ca sans violence ni menace, je serais arrêté, poursuivi en justice et pugerais une peine plus ou mins longue....... Pendant ce temps les bandit en cravate de pa construction et des firmes de génie conseil se pavane à la commission Charbonneau pour les même raison sauf qu'au lieu des banques ils se sont emparés de deniers publique....nos taxes et eux se vantent sur la place publique s'en aucune pénalité. Il y a 2 formes de justice, celles des riches qui peuvent se payer de bons avocats sans scrupules et véreux et qui peuvent compter sur leurs bons contacts politiques et le reste de la population qui porte le fardeau de la preuve. 'est de là que vient le cynisme envers la classe dominante et politique. Bonne journée et continuez à faire votre bon travail de recherche car vous êtes assurée d'une job à perpétuité pendant que vous et l'ensemble des payeurs de taxes allons payer à perpétuité.....
      André Béliveau

    • Dire une affaire parce que quelqu'un te l'a dite, ce n'est pas une preuve de quoique ce soit. Jusqu'à maintenant, il y a beaucoup de ça. Bien des gars qui ont vu le gars qui a vu l'ours. Le témoignage de Dumont est dans cette catégorie. Il a dit ce que tout le monde voulait entendre et tout le monde d'être rassurés dans ce qu'ils pensaient déjà.
      Quand est-ce que cette commission va sortir des vraies preuves? Qu'un gars extorque 3% à un autre gars en lui disant que c'est pour le parti politique, ça ne veut pas encore dire que le 3% a réellement été dans les poches du parti politique. Je reçois régulièrement des courriels dans ce genre-là. Certains se prennent même pour des banques desquelles je serais le client.

    • Ste-Trinité ? N'oubliez-vous pas que là où il y a construction, se trouve nécessairement à l'affut un honorable membre de la Chambre des notaires ?

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