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Y a-t-il d'autres Martin Dumont?

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Martin Dumont n'en menait pas large, hier. Yeux baissés, rouge aux joues, il répondait aux questions avec une extrême prudence.

Le procureur Denis Gallant, lui, était coupant, incisif, d'une humeur massacrante. Il faisait tout pour jeter Dumont dans l'embarras et lui mettre le nez dans ses contradictions. Il s'est d'ailleurs enfargé dans des microdétails que lui seul semblait comprendre. Il voulait tellement prouver que Dumont avait menti. Il était prêt à lui arracher la vérité, amygdale par amygdale.

La commission Charbonneau a eu l'air folle avec Martin Dumont, ex-organisateur politique d'Union Montréal, le parti de Gérald Tremblay. Une humiliation dont elle se serait bien passée.

Il n'y a pas de doute, la Commission a merdé. Une bourde de taille qui nuit à sa crédibilité.

Pendant son témoignage, qui s'est déroulé du 29 au 31 octobre, Dumont a multiplié les déclarations spectaculaires: coffre-fort d'Union Montréal qui débordait tellement d'argent sale que la porte ne fermait plus, enveloppes de 10 000$ échangées devant un urinoir, vestons débordant de liasses d'argent, réceptionniste qui a compté 850 000$ billet par billet, menaces d'un entrepreneur qui voulait le couler dans les fondations de ses trottoirs.

Et surtout, surtout, double comptabilité à Union Montréal, une légale et une autre illégale. Le maire Gérald Tremblay était au courant, a affirmé Martin Dumont. Il aurait dit: «Moi, je n'ai pas à savoir ça.»

Déclarations que tout le monde a crues. Le Québec au grand complet était suspendu aux lèvres de Martin Dumont. Le procureur Denis Gallant, qui pilotait son témoignage, frétillait à chaque déclaration croustillante. Il était en fusion avec Dumont, comme le reste de la Commission, d'ailleurs. Personne n'a mis en doute ses révélations, qui ont eu un impact dévastateur sur Gérald Tremblay. Il a démissionné six jours plus tard et son parti a été saigné à blanc.

Martin Dumont, le brave citoyen qui osait déballer les sales histoires des méchants corrompus. Un peu plus et on versait une larme. Mais de citoyen courageux qui se sacrifie au nom de la vérité, Dumont est devenu un paria qui a jeté la Commission dans l'embarras.

Hier, certains aspects de son témoignage ont été passés au crible. La réceptionniste Alexandra Pion a nié avoir compté 850 000$. Dumont lui-même l'a admis. Le 11 décembre, les enquêteurs de la Commission l'ont de nouveau interrogé, car ils avaient compris qu'il leur en avait passé une petite vite. Dumont leur a alors déclaré: «Je n'aurais pas dû ajouter Alexandra Pion. C'était une fausseté.»

Une fausseté. Ouch.

La Commission s'est fait rouler dans la farine. Les enquêteurs ont interrogé Dumont le 11 septembre et il a témoigné en public un mois et demi plus tard, soit le 29 octobre. Pourquoi n'ont-ils pas vérifié ses déclarations avant de le laisser déballer ses histoires en direct devant des milliers de téléspectateurs? Ils avaient un mois et demi devant eux. Ils n'ont eu aucun doute? Ils lui donnaient le Bon Dieu sans confession? Ce sont des journalistes qui ont fait le travail à leur place. Ce n'était pas très compliqué: quelques coups de fil et hop! les contradictions sautaient aux yeux. Pourquoi la vingtaine d'enquêteurs n'ont-ils rien vu, rien fait?

Il reste des questions, beaucoup de questions. Qu'est-ce qui est vrai et qu'est-ce qui est faux dans le témoignage de Dumont? Est-ce que Gérald Tremblay a vraiment dit: «Moi, je n'ai pas à savoir ça» ?

Question plus troublante: y a-t-il d'autres Martin Dumont, d'autres témoins qui auraient inventé ou embelli leur témoignage? Les enquêteurs sont-ils trop débordés pour faire un minimum de vérifications? La Commission n'en mène-t-elle pas trop large? Elle devrait peut-être en faire moins, mais mieux?

Les Québécois avaient hâte de renouer avec la Commission, qui connaît un succès fulgurant. Son site internet a flanché hier parce qu'il y avait trop de visiteurs. Pourtant, le spectacle n'était pas édifiant: Denis Gallant essayait de sauver la face, Martin Dumont était flanqué d'une avocate qui multipliait les interventions et la Commission s'enlisait dans des avocasseries. Une journée échevelée qui tranchait avec le rythme endiablé de l'automne.

Au moins, la Commission reconnaît ses erreurs et déploie les grands moyens pour coincer Martin Dumont. S'il a menti, il risque gros. Un des témoins, l'ingénieur François Thériault, a été arrêté en décembre pour parjure, car il avait caché des informations.

Qu'arrivera-t-il à Martin Dumont? Sera-t-il accusé, lui aussi, de parjure? Peut-être. Il risque de payer le prix de ses demi-vérités. Mais pour l'instant, c'est la Commission qui paie en voyant sa crédibilité ébranlée.




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