Une révolution de palais à Montréal

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Une semaine. Une seule petite semaine et tout a changé. Gérald Tremblay a démissionné. L'élection de son successeur devait être une formalité. Jeudi, Union Montréal a choisi Richard Deschamps, qui s'occupe du déneigement, des infrastructures et autres craques de trottoir. En principe, l'affaire était dans le sac.

C'était sans compter sur Michael Applebaum, ex-président du comité exécutif et bras droit de Gérald Tremblay. Il en menait large à l'hôtel de ville. Il n'a pas aimé voir le tapis lui glisser sous les pieds.

Il ne s'attendait pas à être coiffé au poteau par Deschamps. Le pouvoir lui échappait. Vendredi, il a démissionné de la présidence du comité exécutif. Il a brandi un rapport qui datait de 2004 en criant au scandale. Le rapport affirmait que les coûts des travaux à Montréal étaient beaucoup plus élevés que dans les autres villes du Québec, de 30% à 40%. Un rapport, disait-il, que les conseillers d'Union Montréal voulaient cacher au public.

Vendredi, les 64 élus du conseil municipal vont élire un nouveau maire. La majorité d'Union Montréal est fragile. Union ne compte que 34 conseillers. Le futur maire a besoin de 33 votes pour être élu. Les deux partis de l'opposition, Vision Montréal de Louise Harel et Projet Montréal de Richard Bergeron, contrôlent 26 voix.

L'enjeu est de taille: devenir maire de Montréal pendant un an, c'est-à-dire jusqu'aux élections de novembre 2013. Évidemment, la Ville n'est plus très fraîche. Depuis un mois, elle a été éclaboussée par les révélations stupéfiantes de deux ex-fonctionnaires corrompus, d'un ex-organisateur et de Lino Zambito. Enveloppes brunes, ristourne de 3% versée à Union Montréal, coffre-fort qui ne ferme pas parce qu'il y a trop de billets de 50$, 100$ et 1000$, de l'argent sale. Les allégations sont graves, très graves.

Mais Montréal est la plus grande ville du Québec et la mairie reste un poste convoité. Un jeu féroce de coulisses se déroule présentement derrière les portes closes de l'hôtel de ville. Michael Applebaum courtise Projet Montréal et Vision Montréal. Il a besoin de leur appui pour être élu maire. D'ici vendredi, les rencontres vont se multiplier. Qu'est-ce que Michael Appleabum va leur promettre pour obtenir leurs votes? Qui deviendra président du comité exécutif sous Applebaum? Louise Harel?

C'est une révolution de palais qui se prépare. Michael Applebaum ne restera pas longtemps à Union Montréal. Il a déjà quitté la présidence du comité exécutif. Hier, il ne se gênait pas pour dire que le futur maire devait être un indépendant qui formerait un comité exécutif de coalition qui inclurait des élus de tous les partis, Union Montréal, Vision Montréal et Projet Montréal.

Un comité exécutif de coalition. Un maire indépendant. Du jamais vu. On pouvait reprocher bien des choses à Gérald Tremblay, mais il tenait son caucus d'une main de fer. Ses conseillers ne se révoltaient pas, ils marchaient au pas et écoutaient leur chef. Le maire parti, c'est la débandade. Jeudi, lorsque le caucus a voté pour choisir un successeur à Tremblay, Union Montréal a montré ses premiers signes de division. Richard Deschamps a obtenu 27 votes, Michael Applebaum 22 et Helen Fotopulos, ancienne mairesse du Plateau-Mont-Royal, 8.

Lundi, les points de presse échevelés se multipliaient à l'hôtel de ville: Louise Harel, Richard Bergeron et Richard Deschamps, entouré d'une dizaine d'élus. Michael Applebaum, lui, rôdait dans les couloirs et se laissait volontiers entourer par les journalistes qui le bombardaient de questions.

Si Applebaum réussit à rallier suffisamment d'élus d'Union Montréal et à s'entendre avec les partis de l'opposition, il pourrait devenir le futur maire de Montréal. Il a étonné tout le monde quand il a été nommé président du comité exécutif. Plusieurs le voyaient comme un vulgaire tâcheron sans direction et sans imagination. Il a pourtant réussi à révolutionner le financement des arrondissements et à signer une convention collective avec les redoutables cols bleus sans l'ombre d'une journée de grève.

Mais l'affaire est loin d'être conclue pour Applebaum. Vision et Projet Montréal vont peut-être présenter leur propre candidat et brouiller les cartes. Deschamps pourrait alors profiter de la division du vote et le battre. Du côté de Vision Montréal, deux élus reluquent le poste, Benoit Dorais et Réal Ménard. Sans oublier Louise Harel, qui pourrait se laisser tenter.

Pour Union Montréal, l'élection de Michael Applebaum représenterait le début de la fin, car Deschamps n'aurait pas réussi à rallier une majorité autour de sa candidature. Une gifle, une humiliation.

Toute cette effervescence est une bonne nouvelle pour la démocratie. La chape de plomb qui paralysait Montréal vient d'être levée. Le départ de Gérald Tremblay, l'idée d'un comité exécutif de coalition dans lequel tous les partis seraient représentés, la fin de la domination outrageante d'Union Montréal ne peuvent être accueillis qu'avec un grand soupir de soulagement. Enfin une révolution de palais qui permettrait de bousculer un parti qui est au pouvoir depuis trop longtemps. Enfin.

Pour joindre notre chroniqueuse: mouimet@lapresse.ca

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