La crise, prise deux

Michèle Ouimet
La Presse

Retour à la case départ. Comme si les 110 jours de grève n'avaient rien donné. Les relations entre le gouvernement et les étudiants n'ont jamais été aussi tendues. Jean Charest a dit que sa porte restait ouverte, les étudiants ont affirmé qu'ils étaient prêts à s'asseoir de nouveau à une table de négociations, mais après deux échecs crève-coeur, les parties sont-elles encore capables de se parler?

Pourtant, la proposition des étudiants était raisonnable, même si elle impliquait un gel de deux ans. Gel, un mot tabou pour le gouvernement. Pas question d'accorder un gel, donc de perdre la face. Surtout, ne pas perdre la face. Toujours le même discours. Incroyable qu'on en soit encore là après 110 jours de grève.

Ne pas perdre la face, garder la ligne dure, le coeur de la stratégie de Jean Charest. Tellement important, davantage que la paix sociale. Au début de la semaine, le ministre des Finances, Raymond Bachand, a précisé que le gouvernement ne pliait pas, car il «protège le contribuable québécois». Est-ce qu'il l'a protégé, le contribuable, quand il a décidé d'engloutir 200 millions dans la construction d'un amphithéâtre?

Faire une telle déclaration pendant que les étudiants négociaient avec la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, frisait la provocation. Ou relevait de la pure maladresse, car les libéraux ont été incroyablement malhabiles pendant cette interminable crise. Ils se sont souvent tirés dans le pied, comme à Victoriaville, où Jean Charest et Line Beauchamp ont levé le nez sur une entente qu'ils venaient pourtant de signer avec les étudiants.

???

Drôle de semaine. Au début, les négociations semblaient bien aller. Michelle Courchesne était ouverte, énergique, les étudiants, enthousiastes. Un vent d'optimiste soufflait sur Québec.

Le gouvernement a imposé un cadre étroit aux négociations. Des paramètres, comme il dit. L'entente ne devait rien coûter au contribuable et les étudiants devaient «faire leur part».

Les quatre jours de négociations ont surtout porté sur la baisse de la somme exigée par Québec, soit 254$ par année pendant sept ans. Les étudiants ont proposé un gel de deux ans. Le gouvernement aurait récupéré l'argent en diminuant le crédit d'impôt pour les études postsecondaires. Les étudiants obtenaient le gel, mais perdaient leur crédit d'impôt. Coût pour les contribuables: 0$. Paramètre respecté.

Pour les cinq années suivantes, les étudiants étaient prêts à payer les 254$ imposés par Québec. Prêts à accepter une hausse? Vraiment? Oui et non. Les étudiants misaient sur une défaite des libéraux aux prochaines élections. Ils arrachaient leur gel et bye-bye la hausse des droits. Habile.

Les propositions de Mme Courchesne? La première: une baisse de 35$ par année. Le montant de 254$ tombait donc à 219$, pour un total de 1533$ en sept ans. Refusée par les étudiants. La deuxième proposition: 100$ pour la première année et 254$ pour les six années suivantes, pour un total de 1624$. Une offre moins généreuse, un recul pour les étudiants: de 1533$ à 1624$ de droits à payer. Du jamais vu. De la négociation à l'envers, comme si le gouvernement voulait saboter les discussions.

Une question se pose: le gouvernement voulait-il vraiment que les négociations aboutissent? Que s'est-il passé entre les deux offres?

Québec a imposé un cadre strict aux discussions en croyant se débarrasser du gel. Sauf que les étudiants l'ont non seulement respecté, mais ils ont aussi réussi à se bricoler un gel de deux ans. Le gouvernement a été pris à son propre piège. Pris à accepter un gel, donc à perdre la face.

Jeudi, le ton du premier ministre Charest au point de presse était hargneux, amer. Il niait l'existence d'une crise sociale. La rupture des négociations? La faute aux étudiants. Le gouvernement? Blanc comme neige. Comme si Jean Charest n'avait pas compris l'ampleur de la grogne, comme s'il était sourd au bruit des casseroles qui ont pourtant retenti dans plusieurs villes du Québec... et du Canada.

***

Même s'il y avait eu une entente, on aurait été loin d'en avoir fini avec la grève, car le processus d'approbation par les associations étudiantes est long et compliqué.

L'os, c'est la CLASSE, associée à l'aile radicale du mouvement étudiant. Au début de la grève, la CLASSE représentait 50% des grévistes. Aujourd'hui, ce chiffre est monté à 70%. Sept grévistes sur dix adhèrent à la CLASSE. Sur les 48 cégeps du Québec, 14 sont en grève. De ce nombre, 12 sont affiliés à la CLASSE. La CLASSE est donc incontournable. Sans elle, il n'y a pas d'entente possible, pas de sortie de crise. Sans la CLASSE, rien ne passe.

Depuis que les trimestres ont été suspendus, le portrait s'est embrouillé. Plusieurs étudiants travaillent, voyagent, ont décroché ou sont repartis chez eux, en région. Reste le noyau dur, les militants, ceux qui manifestent soir après soir. Ce sont eux qui auraient voté pour ou contre l'entente.

Dans ce contexte, l'offre des étudiants était plus que raisonnable, mais le gouvernement l'a rejetée.

Hier, Jean Charest a dit que le Québec allait vivre une période d'accalmie. Je crois plutôt que l'été sera chaud et bruyant. En commençant par le Grand Prix.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer