Des grenailles

Le gouvernement a bouclé le dossier rondement : un point de presse réunissant deux ministres, Line Beauchamp de l'Éducation et Raymond Bachand des Finances, une annonce habile et hop! on règle la grève en deux temps trois mouvements. La veille du long congé de Pâques.

Sauf que Québec n'a concédé que des grenailles. Rien pour convaincre les étudiants de retourner en classe, surtout après sept semaines de grève.

Québec bonifie l'aide financière. Remarquez le choix des mots: aide financière et non prêts et bourses. Pour une bonne raison: il n'y a pas un sou pour les bourses. Que des prêts.

Line Beauchamp a pensé à la classe moyenne, c'est vrai. Si les parents d'un étudiant gagnent 60 000 $ par année, le prêt passe de 2440 $ à 7190$. La bourse, elle, ne bouge pas: 210$. Si les parents gagnent 100 000 $, le prêt passe de 0 $ à 4525 $ et il n'y a aucune bourse.

Non seulement le gouvernement maintient la hausse des droits de scolarité - 75 % sur cinq ans -, mais il accentue aussi l'endettement en gonflant les prêts sans bonifier les bourses.

Environ 45 % des étudiants ont des parents qui n'ont jamais mis les pieds à l'université. Les acquis sont fragiles. Et un endettement trop important fait peur.

Par contre, le gouvernement a annoncé la création d'un programme de remboursement proportionnel au revenu. Un bon point. Les médecins qui toucheront de gros salaires devront rembourser plus rapidement leur dette que les philosophes au chômage. Mais, un jour, l'étudiant devra rembourser. Cette semaine, le Washington Post a affirmé que les Américains de 60 ans et plus devaient toujours 36 milliards en prêts étudiants.

Évidemment, le Québec ne peut pas se comparer aux États-Unis. N'empêche, une dette est une dette.

Un programme de remboursement proportionnel au revenu a déjà été annoncé par Québec le 12 janvier 2005, mais il n'a pas fait long feu. Deux mois plus tard, il était aboli. Pourquoi y croire aujourd'hui? Surtout que les ministres ont pris soin d'entourer la naissance du futur programme avec moult précautions: «Le gouvernement déposera une proposition qui sera soumise, pour consultation, au Comité consultatif sur l'accessibilité financière aux études», peut-on lire dans le communiqué. Ça ne sent pas bon.

***

Mais revenons à l'aide financière. Le programme coûtera 21 millions. Québec ne mettra pas un sou, il refile la facture aux universités.

À la fin des années 2000, les universités ont supplié le gouvernement de leur donner davantage d'argent. Elles ont crié sur tous les toits qu'elles étaient sous-financées, étranglées, affamées, que leurs bibliothèques étaient dégarnies, qu'elles devaient embaucher trop de chargés de cours, bref, qu'elles flirtaient avec la faillite. Elles n'avaient pas tort. La dette totale des universités atteignait 483 millions en 2009.

Le gouvernement les a écoutées. En 2016-2017, il leur donnera environ 300 millions de plus. Mais tout le monde doit «faire sa part», a insisté Québec. En 2016, les étudiants, eux, verseront 332 millions supplémentaires en droits de scolarité.

Le gouvernement a demandé aux universités de pêcher les 21 millions du programme d'aide dans les poches des entreprises et des particuliers en faisant appel à leur fibre philanthropique. Sauf que Québec leur a déjà demandé d'augmenter les dons de 54 millions d'ici à 2016. Un gros défi. Actuellement, elles recueillent 111 millions. Les recteurs devront attacher leur tuque, car ils ont beaucoup de millions à mendier: 111 + 54 + 21.

***

La ministre Beauchamp a dit qu'elle voulait épargner les contribuables. Elle ne pouvait donc pas leur refiler la facture de 21 millions. Sa sensibilité pour le portefeuille du pauvre contribuable l'honore, mais son gouvernement n'a pas fait preuve de la même retenue quand il a décidé de donner, je dis bien donner, 200 millions pour la construction d'un amphithéâtre. C'est 10 fois plus que les 21 millions... payés par les universités.

Rien n'est réglé. Québec maintient la ligne dure pour la hausse de 75 %. Aucune concession sur ce point qui est, pourtant, au coeur de la grève.

N'empêche. Le gouvernement gagnera peut-être la bataille de l'opinion publique. Selon un sondage CROP-La Presse réalisé au lendemain de la grande manifestation du 22 mars, 61 % de la population approuvait l'augmentation des droits de scolarité, mais demandait au gouvernement de mettre de l'eau dans son vin et de négocier avec les étudiants. Par contre, 39 % désapprouvait la hausse. La population était divisée. Elle demandait au gouvernement de faire un geste. Il l'a fait.

Les étudiants ont rejeté l'offre hier. Ils risquent de passer pour des chialeux, des jusqu'au-boutistes. Ils sont dans la rue depuis sept semaines et Pâques est une date butoir. Au lendemain du congé, le calendrier va s'emballer. Déjà, des cégeps ont annulé leurs cours d'été. Il est minuit moins une. Le gouvernement le sait.

Avec sa proposition, il a donné juste assez de corde aux associations étudiantes pour qu'elles se pendent. Avec la fatigue, le risque de voir le semestre compromis, le mouvement risque de se dégonfler.

Habile, très habile.




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