Qui va arrêter Aigle égocentrique ?

Le président américain Donald Trump a prononcé un... (Photo Carlos Barria, Reuters)

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Le président américain Donald Trump a prononcé un discours lundi dernier devant 45 000 jeunes scouts à l'occasion de leur Jamboree annuel.

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Mario Girard
La Presse

On n'a pas beaucoup parlé de la frasque (une autre) commise par Donald Trump, lundi, devant 45 000 jeunes scouts. Invité à prononcer un discours à l'occasion du Jamboree annuel qui se déroulait en Virginie, le président américain y est allé d'une envolée mesquine et hautement partisane devant des jeunes réunis pour en apprendre plus sur la fraternité, l'entraide et l'esprit chevaleresque.

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From left: Secretary of Health and Human Services Tom Price, Energy Secretary Rick Perry and Interior Secretary Ryan Zinke as President Donald Trump addresses the Boy Scouts of America's 2017 National Scout Jamboree at the Summit Bechtel National Scout Reserve in Glen Jean, W.Va., July 24, 2017. (Doug Mills/The New York Times)

« Est-ce qu'Obama est déjà venu à un jamboree ? », a demandé Donald Trump aux jeunes réunis. Ceux-ci ont machinalement répondu par des huées à l'intention d'Obama. Cette réaction a rempli de satisfaction Donald Trump.

Il est vrai qu'Obama ne s'est jamais déplacé pour un jamboree. Mais en 2010, lors du 100e anniversaire du mouvement scout, il avait envoyé un message vidéo dans lequel il reprenait des éléments de l'histoire du scoutisme et les grands principes de son existence.

De son côté, Donald Trump a profité de cette tribune devant des milliers de jeunes Américains et certains venus d'ailleurs pour taper sur ses trois clous préférés : Barack Obama, Hillary Clinton et les médias propagateurs de « fausses nouvelles ».

Hier, poussé par les critiques de parents en furie, Michael Surbaugh, le directeur général des Boy Scouts of America, s'est excusé publiquement. « Je veux présenter mes excuses les plus sincères à tous ceux qui au sein de la famille du scoutisme ont été offensés par la rhétorique politicienne qui s'est immiscée dans notre jamboree », a-t-il déclaré.

Je n'arrive pas à croire qu'un président, âgé de 71 ans, s'amuse à faire huer un ancien président par 45 000 jeunes lors d'un rassemblement qui célèbre des valeurs que l'on souhaite droites et justes.

La semaine de Donald Trump s'est poursuivie avec cette annonce, mercredi, au sujet des transgenres et de l'armée américaine. Après « consultation », le président a décidé de les exclure des rangs de l'armée, car ils coûtent trop cher au Pentagone. Les hauts gradés de l'armée attendent des directives plus précises de la part du président avant d'agir.

Selon le USA Today, il y aurait 6000 personnes transgenres dans l'Armée américaine. D'autres sources affirment que ce nombre atteindrait 14 000 parmi les 1,3 million de militaires en activité. Depuis 2016, les transgenres pouvaient s'engager sans avoir à cacher leur identité de genre. Si un ou une militaire voulait effectuer une transition une fois admis, le Pentagone devait assumer les frais.

Mais Trump juge que cela est inacceptable. « Notre armée doit se concentrer sur des combats décisifs et ne peut pas être gênée par les coûts médicaux démesurés et le désordre que l'arrivée des transgenres au sein de l'armée entraînerait », a-t-il écrit sur son moyen de communication préféré, Twitter.

J'attire votre attention sur le mot « désordre ». Pour Donald Trump, les transgenres ne sont qu'un « paquet de troubles ». Quelle gifle pour la communauté LGBT ! Quel geste d'ostracisation pour les transgenres ! On n'est pas loin de la chasse aux sorcières menée sous le maccarthysme.

Je regarde ces gestes qui font peur, ces décisions prises à l'insu des citoyens, ces paroles noyées dans la xénophobie, le racisme, l'homophobie et la misogynie, et je me demande : quand ? Quand les Américains vont-ils se réveiller ? Quand vont-ils descendre dans la rue ? Quand vont-ils signifier à ce président « pas sortable » que c'est assez ?

Je n'en reviens pas qu'après ces innombrables joyaux de bêtise, il n'y ait pas de manifestations monstres dans les rues de Washington, New York ou Chicago. Les Américains, qui offrent un taux de satisfaction de 38 % au président américain, seraient-ils devenus sourds, blasés, ankylosés ? Ou tout cela ensemble ?

Les Québécois sont descendus dans la rue, au printemps 2012, pour nettement moins que cela. Que faut-il à nos voisins du Sud ? Que font les gais bafoués ? Que font les femmes insultées ? Que font les minorités refoulées ? Que font les citoyens qui ont honte de ce dirigeant dépourvu de radar ?

Le magazine Rolling Stone a mis Justin Trudeau à la une de son dernier numéro. Le titre « Why Can't He Be Our President ? » fait beaucoup parler. Il fait surtout fantasmer. Il ressort de ce reportage qu'une certaine jalousie habite les Américains quand ils nous regardent.

Les États-Unis, la superpuissance qui nous a toujours fait de l'ombre, nous envient. Les Américains nous regardent avec admiration. Cela nous fait plaisir, certes. Mais cela nous ferait encore plus plaisir s'ils exprimaient leurs véritables sentiments face à celui qui mérite comme totem le nom d'Aigle égocentrique. Ou peut-être pire. Je fais confiance à votre créativité pour cela.




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