James Bond n'est pas un sac de Jelly Beans

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Jusqu'à maintenant, le personnage de James Bond est apparu dans 26 productions cinématographiques.

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Mario Girard
La Presse

Le débat qui a secoué le milieu artistique cette semaine a été lancé par la comédienne Gillian Anderson, la vedette féminine de la série The X-Files. Découvrant que Daniel Craig ne veut plus reprendre le rôle du célèbre agent 007 (même pour un cachet de plusieurs dizaines de millions), l'actrice américaine a posé la question suivante : pourquoi James Bond ne serait-il pas joué par une femme ?

Il n'en fallait pas plus pour déclencher des réactions à la tonne. Plusieurs invoquent le respect du droit d'auteur. James Bond est la création d'un écrivain, Ian Fleming. C'est lui qui a créé ce personnage, lui a donné un sexe, une chair, une psychologie. Les metteurs en scène et les réalisateurs jouissent d'une certaine liberté, mais celle-ci a ses limites. On ne peut pas s'emparer de l'oeuvre d'un auteur et en faire ce que l'on veut. James Bond n'est pas un sac de Jelly Beans dans lequel on peut piger tantôt un bonbon jaune, tantôt un bonbon vert.

D'autres pensent que le personnage perdrait complètement son ADN. James Bond a beaucoup évolué au fil des 26 productions cinématographiques, mais l'auteur lui a accolé des traits tellement forts qu'une fois transposés dans le corps d'une femme, le héros perdrait son schéma. 

Imaginer James Bond devenir une femme revient à se demander si Wonder Woman pourrait être un homme. Wonder Woman est intéressante parce qu'elle est une femme. Si elle est jouée par un homme, elle devient alors Superman.

Je suis persuadé que les producteurs du prochain James Bond sont ravis qu'un tel débat ait lieu. Ça leur fait de la publicité. Mais en réalité, je demeure convaincu qu'ils n'ont pas du tout l'intention de faire subir à ce célèbre personnage un changement de sexe. On ne prend pas un tel risque quand des centaines de millions de dollars sont en jeu. Les très nombreux fans de James Bond ont des attentes très précises. On ne veut surtout pas les décevoir.

Le débat de la féminisation de James Bond fait suite à un autre tout aussi pertinent et qui a été très vite évacué. Peu avant Noël, la productrice Amy Pascal suggérait que l'acteur Idris Elba (The Wire, Luther) remplace Daniel Craig. Précisons pour ceux qui ne connaissent pas cet acteur qu'il est noir. Cette proposition a créé un terrain glissant. Le premier à avoir perdu l'équilibre est l'acteur Roger Moore, qui a endossé sept fois le smoking de 007. Il a déclaré à un journaliste de Paris Match que James Bond devait être « anglais-anglais ». Il a réussi à sortir de ce bourbier en disant par la suite que c'était un problème de traduction.

Amy Pascal a démissionné de son poste de vice-présidente de Sony Pictures l'an dernier à la suite du piratage informatique qui a touché le géant du cinéma. Plusieurs échanges de courriels ont été publiés. Parmi ceux-ci se trouvaient des propos jugés racistes d'Amy Pascal. Est-ce que sa suggestion d'utiliser Idris Elba dans un James Bond était une façon de refaire son image ? En tout cas, redevenue productrice, Amy Pascal a eu l'idée de créer un casting 100 % féminin pour le troisième Ghostbusters. Résultat : la première version de la bande-annonce fut la plus détestée de toute l'histoire de YouTube.

Je trouve cela bien qu'il y ait ce débat sur l'étoffe des personnages féminins au cinéma. Mais on a tort d'utiliser un personnage masculin existant pour le tenir. 

La vraie question est : pourquoi ne crée-t-on pas plus d'héroïnes originales au cinéma ? Je veux dire de vraies héroïnes, pas une Miss Marple qui trottine avec sa petite valise et son tricot.

Quand vient le temps de faire l'inventaire des héroïnes au cinéma, on revient toujours aux mêmes films : Nikita, The Hunger Games, Kill Bill, The Fifth Element, Lara Croft, Alien, etc. D'ailleurs, avez-vous remarqué qu'on place la plupart du temps ces héroïnes dans des univers ultra fantasmagoriques et complètement déconnectés de notre réalité, comme si une héroïne ne pouvait exister dans la vie ordinaire.

Dans une étude* menée par le Centre for the Study of Women in Film and Television, la chercheuse Martha M. Lauzen a montré que l'inégalité règne toujours lorsqu'on regarde la place qu'occupent les leaders dans les films. En 2011, les personnages masculins dominaient à 86 % le grand écran et les femmes y étaient représentées à 14 %.

La responsabilité de cet équilibre incombe-t-elle aux scénaristes ? Aux producteurs ? Ou au public ? Sommes-nous prêts à concevoir une affiche de film dont le nom de l'héroïne est l'unique attrait ? Surtout, sommes-nous prêts à aller voir ce film ? Après tout, c'est le public qui a le dernier mot. C'est lui qui décidera si James peut devenir Jane.

UN JAMES BOND QUÉBÉCOIS ?

James Bond a toujours été interprété par un Anglais ou un ressortissant du Commonwealth. Il a été interprété par un Écossais (Sean Connery), un Australien (George Lazenby), un Anglais (Roger Moore), un Gallois (Timothy Dalton), un Irlandais (Pierce Brosnan), et un autre Anglais (Daniel Craig). Vous me voyez venir... Le Canada fait partie du Commonwealth. Il est grand temps que nous récoltions un avantage à faire partie de ce consortium. Alors, lançons la question suivante : quel acteur québécois pourrait devenir le célèbre agent du service secret de Sa Majesté ? Et quel pourrait être le scénario ? Je vous sais suffisamment créatifs et allumés pour avoir des idées. J'attends vos suggestions.

*It's a Man's (Celluloid) World : On-Screen Representations of Female Characters in the Top 100 Films of 2011, par Martha M. Lauzen, Ph.D.

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