Pauvre Bowie

David Bowie photographié en mars 1972, chez lui à... (PHOTO TIRÉE DU LIVRE THE RISE OF DAVID BOWIE)

Agrandir

David Bowie photographié en mars 1972, chez lui à Haddon Hall.

PHOTO TIRÉE DU LIVRE THE RISE OF DAVID BOWIE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Mario Girard
La Presse

Bien sûr que je me suis rué sur cet ouvrage concernant David Bowie. D'autant qu'il portait le titre de Bowie - L'autre histoire. Que ne savions-nous pas de ce chanteur déjà iconique depuis sa mort en janvier dernier? Quel était le fameux versant noir du créateur de Ziggy? Au bout de quelques pages, j'ai dû me rendre à l'évidence que ce «portrait» réalisé par le musicien et auteur Patrick Eudeline n'était rien d'autre qu'un exercice littéraire destiné à mettre en lumière le talent d'écriture de l'auteur lui-même.

Quiconque a lu une biographie de David Bowie sait qu'il a consommé beaucoup de drogue à ses débuts (il était un adepte de la cocaïne), qu'il a flirté avec l'occultisme, qu'il a été fasciné par les extraterrestres (rien de surprenant dans les années 60) et que sa sexualité était aussi changeante qu'ardente. Or, ce sont ces «révélations» qui sont, en partie, annoncées en quatrième de couverture en guise d'appât pour les lecteurs.

Écrit dans un style littéraire dépourvu de citations, ce portrait biographique est surtout constitué de faits qui tendent à montrer le côté sombre de la star. 

L'auteur laisse fureter sa plume au gré d'un style fantaisiste sans jamais nous dire d'où viennent les faits qu'il avance. J'ai eu beau chercher une bibliographie à la fin du livre: rien. L'auteur a-t-il lui-même recueilli toutes ces anecdotes et ces «vérités qui dérangent»? On ne le sait pas.

Mais ce qui est agaçant, c'est que ce livre paraît peu de temps après la mort de Bowie. C'est d'ailleurs souvent après le départ des stars que paraît ce genre de livres. J'ai en tête un ouvrage biographique sur Jean Marais de Nini Pasquali, dans lequel on pouvait lire des détails inutiles, pour ne pas dire des potins, sur la vie de l'acteur. Ce livre n'aurait pas pu être publié du vivant de Marais.

On a observé le même phénomène au sujet d'Yves Saint Laurent. Après sa mort, on a eu moins de scrupules à raconter, dans des livres et au cinéma, les dépendances et les perversions du prince de la mode. Loin de moi l'idée de jouer à l'être chaste. Je n'ai aucun problème avec l'intimité des célébrités. Cela fait partie du travail du biographe que d'inclure ces détails, surtout lorsque ceux-ci ajoutent à la construction du personnage. J'éprouve toutefois un malaise lorsque je sens le calcul, l'attente du moment approprié, l'occasion de profiter d'une bonne affaire.

Plus près de nous, la même chose s'est produite avec la biographie concernant Nelly Arcan. Ma collègue Nathalie Petrowski avait d'ailleurs consacré une chronique à ce livre qui a tant déplu à la famille de l'auteure, ainsi qu'à son dernier compagnon, le musicien Laurent Aglat. Lors de sa parution en 2011, Nelly Arcan - De l'autre côté du miroir fut qualifié de «ramassis de ouï-dire». La famille avait déploré l'urgence qui avait entouré la publication de cet ouvrage deux ans après le suicide de ce météore de la littérature québécoise.

Dans un monde où tout nous pousse à agir vite, il faut parfois arrêter le temps. Surtout quand il s'agit de raconter le parcours de quelqu'un d'autre. Pouvoir entrer dans cette vie est un privilège énorme. Savoir bien la dépeindre fait partie du devoir de l'auteur. La vie de David Bowie fut riche et foisonnante. Elle mérite qu'on prenne le temps de la comprendre. Elle mérite qu'on prenne du recul face aux nombreuses énigmes qu'elle contient.

Beau comme Bowie

Du haut d'une planète dont lui seul connaît l'existence, David Bowie peut se consoler grâce à un beau livre qui donne entièrement raison à l'adage qui dit «qu'une image vaut mille mots». Publié par la maison Taschen, ce recueil de photographies de Mick Rock nous montre le Bowie des débuts, celui des années 70 et de Ziggy Stardust.

Témoin privilégié de la scène glam-rock, Mick Rock a eu accès à divers spectacles de Bowie, mais aussi à des moments d'intimité où l'on voit l'artiste, seul, devant son miroir et ses innombrables pots de maquillage. Il y a même une photo qui nous montre le chanteur en train de faire une sieste avant un concert.

Vous me direz que c'est facile de photographier quelqu'un qui est beau comme Bowie. Et que c'est encore plus facile de le faire quand celui-ci aime créer des personnages et se déguiser. Mais Mick Rock est allé au-delà de cela. D'ailleurs, dans une entrevue reproduite en anglais, en français et en allemand, Mick Rock dit que c'est son aura qui le fascinait.

Les deux hommes ont emprunté des chemins différents peu après cette période. Il reste de ces années ces photos magnifiques réunies dans un livre que les fans de Bowie voudront posséder.

Bowie - L'autre histoire. Patrick Eudeline. Éditions de la Martinière. 

The Rise of David Bowie. Mick Rock. Taschen.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer