Janis, Icare et les autres

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La chanteuse Janis Joplin en 1969, un an avant sa mort, causée par une surdose d'héroïne.

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Mario Girard
La Presse

Dans Chanson pour Elvis, Luc Plamondon fait dire à Diane Dufresne: «T'aurais pas dû mourir Elvis.» C'est vrai que les idoles n'ont pas le droit de mourir ni même de vieillir. Dans La chanteuse straight, Plamondon reprend son thème de prédilection et fait chanter à son interprète fétiche: «Mourir comme Janis, dans un motel cheap, loin des spotlights, près du soleil.»

Diane Dufresne balance cette phrase à la fin de sa chanson comme si ce scénario devait absolument symboliser la fin d'une idole, comme si une star devait connaître une mort aussi dramatique. Cette fin tragique, on la sent tout au long du documentaire Janis: Little Girl Blue consacré à la reine de la soul psychédélique. Elle est là, elle rôde, elle épie sa proie avec une faux dans une main et une seringue gorgée d'héroïne dans l'autre.

Plus conventionnel que le film consacré à Amy Winehouse (un documentaire entièrement fait sans narration), celui sur Janis, réalisé par Amy J. Berg, est toutefois riche en archives. Il a été lancé en décembre dernier dans quelques salles américaines, mais PBS ayant obtenu les droits de diffusion pour l'année 2016, le film a droit pour le moment à une distribution limitée. Il est toutefois accessible sur certains sites, comme iTunes, depuis quelques semaines.

Janis: Little Girl Blue nous montre une jeune femme mal dans sa peau. Cette peau qui a été aspergée d'eau bénite dans le Texas conservateur où elle a grandi, cette peau qui va de moins en moins avec la personnalité révoltée qu'elle adopte à l'adolescence, cette peau vilaine qui lui fera remporter à l'université le titre de «L'homme le plus laid du campus». Cet épisode de sa vie donne d'ailleurs froid dans le dos et nous rappelle que les actions prises aujourd'hui pour lutter contre l'intimidation sont capitales. Janis n'aura pas eu cette chance. Elle portera cette blessure en elle toute sa vie.

Dans ce film, bâti sur l'incomparable voix de Janis, on voit de nombreux amis musiciens, d'anciens amants de passage (Janis consommait les hommes à la vitesse de l'éclair) et des imprésarios qui nous disent à quel point on ne pouvait gérer Janis. On découvre sa vie de chanteuse débutante fraîchement débarquée à San Francisco, berceau de la Beat Generation. On découvre des membres de sa famille, sa soeur, son frère. On est d'ailleurs surpris d'entendre plusieurs extraits de lettres que Janis envoyait à sa famille. Malgré sa vie totalement en marge, elle a gardé contact avec ses parents tout au long de sa vie.

Et puis, il y a le personnage secondaire. Il est là, toujours près d'elle. Il est là quand elle rit de son rire rauque et franc, quand elle remet tout en question lors de répétitions, quand on la voit entrer dans une pièce afin de retrouver un peu d'intimité. Ce personnage est cette drogue qu'elle s'injecte immédiatement après un concert, en plus des nombreuses rasades de Southern Comfort prises à même la bouteille. 

Ces paradis artificiels lui permettent de redescendre rapidement sur terre, de s'éloigner de ce stress et de cette pression qu'elle ne peut pas soutenir trop longtemps. Ou alors, ils lui permettent de poursuivre l'ascension, d'augmenter le high, si bon, si unique, si essentiel à sa vie.

On regarde ce film et on pense évidemment à toutes les stars de la musique qui, tel Icare défiant le soleil, se sont brûlé les ailes. Jimi Hendrix, Jim Morrison, Elvis Presley, Billie Holiday, Édith Piaf et, plus récemment, Kurt Cobain, Michael Jackson, Whitney Houston et Amy Winehouse. Depuis jeudi, Prince s'ajoute à ce sinistre recensement d'idoles qui ont eu comme point commun d'avoir eu une dépendance à la drogue, à l'alcool ou à des médicaments.

Est-ce le train de vie infernal que leur imposait leur carrière qui a mené à cette dépendance? Portaient-ils en eux simplement le germe de l'autodestruction? Où étaient-ce tout simplement des gens qui aiment vivre à 200 à l'heure, statut de star ou pas? Ces questions, elles refont surface chaque fois qu'on apprend la mort d'une idole.

Mourir d'une surdose semble être devenu une fin banale pour les stars du rock. Pis encore, cette fin tragique leur assure automatiquement une place au panthéon. C'est à se demander si certains ne souhaitaient pas un tel passage. Lisant les articles entourant la mort de Jimi Hendrix, Janis Joplin aurait déclaré: «Est-ce que j'aurai droit à la même publicité lorsque ça sera mon tour?»

Son tour est venu le 4 octobre 1970 lorsqu'on a retrouvé son corps dans la chambre 105 du Landmark Hotel, de Los Angeles, à un jet de pierre de Hollywood Boulevard. Janis avait pris trop d'héroïne. Dans cette chambre, louée aujourd'hui à ses fans pour 220 $, elle a voulu s'approcher trop près du soleil.

Avec ces morts à répétition, les fans voient de plus en plus leurs idoles en spectacle comme si c'était chaque fois la dernière fois. Ils viennent déposer des lampions devant leur porte quand ils apprennent leur mort. Surtout, ils ont envie de reprendre les mots de Claude Péloquin et de leur dire: «Vous êtes pas écoeurés de mourir bande de caves! C'est assez!»

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