Inventer, quossa donne?

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Il y a des gens qui détestent aller au poste d'essence faire le plein.

Ils trouvent que ça coûte cher, que c'est long, que leurs mains finissent toujours par sentir l'essence.

À Silicon Valley, quelqu'un les a entendus. L'application WeFuel permet d'embaucher quelqu'un pour venir remplir la voiture pendant qu'elle est garée et qu'on fait autre chose. Il y a un prix costaud pour tout ça. Mais quand même. Pas besoin de lever le petit doigt ni de perdre une minute.

C'est comme si quelqu'un avait lu nos pensées.

Bientôt, on va avoir accès à une appli qui va nous envoyer quelqu'un garer la voiture à notre place, où qu'on soit, un autre bogue assez commun... Oh, mais attendez ! Ça existe déjà, aux États-Unis ! C'est une appli qui s'appelle luxe.com. On clique et un « valet » en scooter arrive comme par magie pour garer l'auto, peut-être faire le plein et, pourquoi pas, laver la voiture.

C'est fou, la modernité.

À San Francisco, on peut se faire livrer des brosses à dents avec Toothbrush Subscription, et le livreur de rasoirs Dollar Shave Club est maintenant au Canada. Et saviez-vous qu'il existe aussi un service qui fait les valises de ceux qui n'ont pas envie de se préoccuper de ça avant de partir en voyage ? Ça s'appelle Dufl.

Sauf que toutes ces applications, vues individuellement ici et là, peuvent bien sembler pratiques. Mais quand on en fait la somme, quand on regarde l'ensemble, tout cela devient pathétique.

J'ai appris l'existence de toutes ces inventions en lisant récemment une chronique d'Allison Arieff, dans le New York Times, qui pose une question cruciale alors que les applications et les nouvelles solutions technos les plus pointues abondent plus que jamais et que tout le monde est sur son Pokémon Go : mettons-nous notre énergie créative à la bonne place ?

Inutile de vous dire que la journaliste, spécialiste du design, croit que non.

L'histoire, direz-vous, est remplie d'inventions inutiles ou qui ont duré plus ou moins longtemps. Une recherche rapide sur l'internet le démontre de façon hilarante. Il y a le tranche-bananes, le pyjama de bébé serpillère, la machine à promener son poisson rouge... Et plus sérieusement, qui utilise encore un anti-monte-lait, un lecteur de vidéos Betacam ou des culottes en papier ?

Mais on dirait qu'actuellement, il y a un foisonnement particulièrement prolifique d'idées étranges. Comme si la quête de succès et de fortune instantanée façon Silicon Valley faisait perdre le gros bon sens aux nouveaux inventeurs et entrepreneurs. Comme si les milléniaux de la techno ne savaient penser qu'à leurs besoins immédiats pour extraire de ce filon la prochaine trouvaille lucrative.

Pourtant, ce ne sont pas les vastes problèmes en quête de solutions qui manquent dans nos sociétés. Et certains touchent des cohortes démographiques immenses et donc, ouvrent potentiellement des marchés énormes.

Les personnes âgées, par exemple, de plus en plus nombreuses, ont besoin d'un tas de choses, dont bien des services à domicile - coiffure, cuisine, services de santé en tous genres, etc. -, et toutes sortes d'applications pourraient parfaitement jouer les répartiteurs.

Imaginez une appli qui permettrait aux personnes âgées de se faire livrer des plats cuisinés maison, d'embaucher des gens pour promener leur chien, peut-être même de la compagnie pour leur faire la lecture. Sans parler de la question du transport.

Où est la plateforme sécuritaire d'aide pratico-pratique à la maison qui vienne appuyer les efforts des réseaux de la santé pour garder les personnes chez elles le plus tard possible ?

Dans un long article publié en 2013 qui a fait école, la journaliste américaine C.Z. Nnaemeka a créé une expression pour parler de tous ces sous-groupes de la société qui ont à la fois des besoins et un poids démographique importants, mais dont aucun entrepreneur innovateur ne semble se préoccuper. 

Elle les a appelés la « unexotic underclass », la caste non exotique confrontée à des problèmes drôlement cruciaux, mais qui ne se traduisent en aucune offre de produits ou services. Elle y regroupe non pas les transgenres, les enfants malades ou les artistes - qui n'en méritent pas moins toute notre attention -, mais plutôt les chômeurs de 50 ans et plus, les mères seules et les anciens combattants, des groupes démographiquement importants.

Par exemple, aux États-Unis, il y a 23 millions d'anciens combattants, presque une personne sur dix, des gens qui ont des tas de problèmes de santé, de santé mentale, d'intégration, des gens qui ont besoin d'aide. Imaginez la fortune que feraient ceux qui développeraient une appli pouvant aider d'une façon ou d'une autre, intelligemment, les victimes du syndrome de stress post-traumatique ? Ils ont des besoins autant en services financiers qu'en santé.

Ici, au Canada, la question autochtone nécessite l'attention des inventeurs - eau potable, logement, loisirs... les secteurs sont nombreux -, et il faut chercher des solutions aux défis environnementaux aussi pour tout le pays. À quand les inventions qui vont réellement transformer notre consommation d'énergie à domicile ? Peut-on en faire plus pour moins gaspiller ? Est-ce normal de construire avec des matériaux recyclés qui coûtent plus cher que des produits neufs ?

Il me semble que la liste des secteurs à explorer est interminable. Et aussi parfois, que les nouvelles frontières de l'invention et de la prospérité sont à nos portes, sans qu'on les voie.

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