Chronique

Le transport écolo a le vent dans les voiles

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L'entreprise française TOWT (TransOceanic Wind Transport), se spécialise dans le transport de marchandises par bateaux... à voile. Le transporteur mise sur l'attrait de cette plus-value écolo à fond.

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Je pensais avoir tout vu et tout bu.

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Les bouteilles de vin transportées par TOWT sont étiquetées de manière à expliquer que le produit a été transporté par une méthode qui n’utilise pas de carburant fossile.

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La socit franaise TOWT se spcialise dans le transport la voile. Juillet 2016. Source : Towt.

Du vin nature, du vin biologique, du vin biodynamique, du vin vivant, du vin vrai...

Et puis récemment est arrivé sur ma table un Sancerre qui élevait encore la donne écolo un peu plus haut.

Du vin livré par voile !

Oui, du vin transporté de France jusque dans le nord de l'Europe dans un magnifique bateau à l'ancienne, une brigantine, comme dans les livres de contes.

L'entreprise qui s'est lancée dans cette aventure s'appelle TOWT, TransOceanic Wind Transport, et est, comme son nom le laisse entendre, française, plus précisément bretonne.

Au moment de discuter avec Guillaume Le Grand, fondateur de TOWT, les bureaux étaient encore à Brest, mais sur le point de déménager à Douarnenez, un autre port un peu plus au sud.

« Oui, nous travaillons avec une huitaine de grands voiliers, anachronismes flottants, et nous transportons différents produits, explique le jeune Brestois joint par téléphone. On transporte plus de 220 tonnes de marchandises par année. C'est peu, mais non négligeable. »

Actuellement, presque la totalité du transport mondial sur longue distance se fait par bateau et si on mettait tous ces navires conventionnels ensemble et qu'on les considérait comme un pays comparable à tous les autres sur la planète, ils seraient au quatrième rang mondial des émetteurs de gaz à effet de serre. C'est énorme.

C'est à ça que veulent répondre les marins bretons.

Car comme bien des Français issus du Finistère, M. Le Grand est un amateur de voile depuis toujours. « L'intuition de la force du vent me vient de mon enfance durant des navigations familiales, explique-t-il. La vraie formalisation d'un projet d'entreprise est apparue à la fin de mes études, notamment dans le contexte de Kyoto et de l'émergence d'un prix du carbone. Toutefois, c'est en équipage et avec des partenariats avec de plus grands bateaux que les premiers transports effectifs ont pu se faire dès 2011. »

La société, qui est entrée dans un marché laissé vacant par la faillite de l'ancienne Compagnie de transport maritime par voile et qui est appuyée financièrement et techniquement par l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, a donc cinq ans et fait maintenant affaire un peu partout en Europe et dans les Antilles, notamment en Guadeloupe. Les bateaux, qui appartiennent à d'autres navigateurs, mais sont affrétés par l'entreprise - en fait, TOWT est coarmateur d'un navire parmi les huit - apportent et vont chercher de la marchandise dans les Antilles et travaillent aussi sur les côtes européennes où ils font du cabotage.

Un projet ? Venir au Québec apporter du vin et repartir avec... du sirop d'érable !

« On est déjà en discussion avec la SAQ. Il y a déjà un client du côté d'une érablière. Ils sont prêts à apporter du vin. Le projet est enclenché. »

- Guillaume Le Grand, fondateur de TOWT

TOWT peut transporter de tout, mais pour le moment, une bonne partie de la marchandise est liquide : c'est du vin. Du vin naturel, bio, en biodynamie, etc. Bref, du vin où l'identité de marque et la philosophie du producteur cadrent bien avec l'idée du transport à la voile. Et on apporte des bouteilles où seront accolées, en plus de tout le pedigree naturel, durable et compagnie, des étiquettes expliquant que le produit a été transporté par une méthode qui n'utilise pas de carburant fossile. On estime que, pour le transport du vin, la voile permet de ne pas brûler 250 ml de diesel par bouteille.

Le transporteur mise sur l'attrait de cette plus-value écolo à fond.

M. Le Grand blague qu'à l'entreprise, « on n'est pas Jésus-Christ » et on ne garantit pas ensuite la livraison du port au restaurant en vélo ou à pied. Mais le but de la société est de proposer une solution de rechange écolo au transport maritime conventionnel. Et de faire affaire avec des commerçants qui embarquent dans ce projet. Et pour le moment, TOWT a aussi trouvé preneur du côté de producteurs de café, de cacao, de thé, de sel, de sucre, d'huile d'olive, de rhum, de bière... En cabotage européen, on transporte même des conserves de poisson artisanales de l'île d'Yeu.

Et le prix ?

Actuellement, le transport maritime conventionnel se fait à très bas prix. Il y a une surcapacité de navires sillonnant les mers, et la demande est à la baisse, notamment à cause du ralentissement chinois.

Donc, le prix du transport est marginal quand une bouteille de Bordeaux arrive au Royaume-Uni, en Martinique ou en Suède, par exemple, si elle a été transportée par bateau. En camion, c'est une autre histoire.

Selon M. Le Grand, le prix du transport par voilier est dix fois plus élevé que celui du transport maritime conventionnel, mais on parle de très petits montants puisque le prix conventionnel est minime, « marginal ».

Par exemple, le prix du transport conventionnel d'un excellent bordeaux sera de 10 centimes (environ 14 cents) par bouteille alors que, par bateau à voile, on parle de 1 euro (environ 1,40 $). En camion, ce sera deux fois moins cher que par voilier. Donc, 50 centimes (70 cents) au lieu de 1 euro. On reste donc, croit M. Le Grand, dans des coûts que les consommateurs de ce genre de produits écologiquement et socialement responsables sont totalement prêts à absorber.

Et le temps de livraison ?

« On est deux fois moins rapides que les bateaux conventionnels, affirme M. Le Grand. Mais on n'est plus exactement au temps du scorbut ! » Les bateaux sont équipés avec des appareils électroniques de pointe, et les skippers peuvent mesurer, analyser, comprendre la météo comme jamais auparavant. Donc, cela permet d'avoir un bon rythme.

Actuellement, TOWT s'articule autour d'une équipe de six personnes, incluant les deux cofondateurs, M. Le Grand et Diana Mesa, tandis que chaque bateau compte en général quatre ou cinq marins et des stagiaires.

Peut-être croisera-t-on quelques membres de l'équipe l'an prochain, quand un voilier descendra le long du Saint-Laurent ? « C'est vraiment un de nos projets de 2017, insiste M. Le Grand. On a hâte de vous voir, les Canadiens. »

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