Oui dans ma cour, si c'est génial

L'immeuble à vocations multiples que souhaite construire Provigo... (PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE)

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L'immeuble à vocations multiples que souhaite construire Provigo dans l'arrondissement Notre-Dame-de-Grâce serait érigé sur le terrain vague situé à l'angle des rues Claremont et de Maisonneuve, à côté du nouvel hôpital universitaire de McGill, de l'Hôpital de Montréal pour enfants et de la station de métro Vendôme.

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Que diriez-vous si Provigo proposait de construire un nouveau supermarché en face de chez vous ?

C'est la question qu'on a posée l'été dernier à des résidants de Notre-Dame-de-Grâce.

Pas à tous les citoyens de l'arrondissement, mais seulement ceux qui habitent précisément en face du terrain vague acheté par le détaillant alimentaire en 1998, à l'angle des rues Claremont et De Maisonneuve, à côté du nouvel hôpital universitaire de McGill, de l'Hôpital pour Enfants et de la station de métro Vendôme.

Parmi ces gens, une quinzaine ont dit non et ont signé un registre pour demander un référendum sur le changement de zonage nécessaire à la construction.

Le référendum n'a pas eu lieu parce que l'arrondissement, qui avait pourtant approuvé le projet, a jugé que c'était trop mal parti.

Depuis, le plan est en dormance. « Mais ce projet, on continue d'y croire », explique Johanne Héroux, directrice principale des affaires communautaires et des communications chez Provigo. « On explore toutes sortes d'avenues », ajoute Rita Kataroyan, vice-présidente au Groupe Maurice.

Parce qu'il s'agit de bien plus qu'un supermarché.

Ce que Provigo veut construire, en association avec le Groupe Maurice, c'est un immeuble de 10 étages qui comprend un supermarché, certes, mais aussi une résidence pour personnes âgées et tout un étage que Provigo veut donner à la Fondation de l'Hôpital de Montréal pour enfants.

La fondation veut utiliser cet espace pour ses bureaux, mais aussi pour y installer des unités hôtelières destinées aux parents d'enfants hospitalisés. Inutile de vous dire que la présidente de la Fondation croise les doigts tous les jours pour que le projet avance. « Pour les parents de nos patients, ça ferait une énorme différence », explique Marie-Josée Gariépy.

De l'autre côté de l'échiquier, il y a des résidants du quartier qui ne veulent juste pas d'une grande surface en face de chez eux. « On n'a absolument aucun problème avec la résidence pour personnes âgées, le projet de la fondation et même la présence de petits commerces, et c'est ça que permet le zonage actuel », explique Larry Karass, résidant de la rue Grey, à deux pas du terrain en question. « Ce qu'on ne veut pas, c'est le supermarché. »

M. Karass craint que les milliers de pieds carrés de l'établissement ne changent la vie de quartier, en commençant par sa dynamique commerciale.

Il s'inquiète de la survie des petits marchands des alentours, notamment les petits épiciers de la rue Sherbrooke. Ajoutez à ça la circulation, dit-il. « Laissez au quartier le temps de digérer l'ouverture du superhôpital », dit-il. Selon l'homme d'affaires, entre le supermarché Metro, Akhavan, plus loin rue Sherbrooke, et tout le reste, les résidants de ce « village Vendôme » ont amplement de quoi acheter à manger.

Quand les élus de l'arrondissement ont constaté la grogne l'an dernier, ils n'ont pas voulu tenir un référendum risqué, explique Peter McQueen, conseiller de Projet Montréal dans l'arrondissement de NDG. Et celui-ci dit comprendre les arguments des opposants, même si son parti avait voté, malgré quelques réserves, pour le projet.

Qu'est-ce qu'il faut maintenant pour que le projet passe ? lui ai-je demandé. « Il faut enlever le gros marché et y mettre des petits commerces. »

Actuellement, le projet suit son cours dans les bureaux de la « ville centre » où Provigo et le Groupe Maurice poursuivent leurs discussions avec les fonctionnaires et les élus. La « ville centre » a le pouvoir, en vertu de l'article 89 de la Charte de la ville, de demander une dérogation pour faire changer le zonage et permettre au tandem d'aller de l'avant. Il faut qu'il y ait un vote au conseil municipal et une consultation publique. Mais c'est faisable.

Ce qui veut dire aussi que des changements au projet sont encore éminemment possibles.

Et moi, si je faisais partie des opposants au plan, c'est là-dessus que je travaillerais actuellement.

Parce que la réalité, c'est que même si des résidants très proches du terrain à construire s'y opposent, un sondage Léger Marketing montre que les résidants des quadrilatères tout autour, eux, sont majoritairement favorables à un nouveau supermarché. L'autre réalité, c'est qu'il sera difficile de faire valoir politiquement qu'une résidence de personnes âgées, une épicerie et des parents d'enfants malades, ça bouleverse la vie d'un quartier. Ce n'est pas exactement une boîte de nuit. Le seul brouhaha à craindre est probablement celui créé par les fans de P.K. Subban quand le joueur de hockey visitera la fondation de l'Hôpital de Montréal pour enfants dont il est porte-parole.

En outre, si Provigo joue bien ses cartes, on peut s'attendre à des études de marché démontrant que c'est une bonne chose pour les autres commerces du quartier d'avoir plus d'achalandage dans ces rues. Et la réalité, c'est que le CSUM a déjà augmenté la fréquentation du quartier de toute façon et que le gros du changement, il est là.

Cela dit, donc, si j'étais un résidant du quartier, je demanderais à Provigo et au Groupe Maurice de retourner à la table à dessin pour que ce soit un projet impossible à refuser tellement il est moderne, innovant, durable, adapté aux besoins du quartier. Je demanderais de l'architecture qui gagne des prix, comme le projet de Benny Farm. Je dirais à Provigo de s'engager à donner ses surplus comestibles au Dépôt alimentaire NDG, de donner de l'espace pour que se tienne toutes les semaines un marché fermier... Je leur demanderais de s'engager à faire travailler les jeunes du quartier.

Bref, j'utiliserais le pouvoir de grogner que confère la loi pour demander mieux. Parce que c'est à ça que doivent servir les outils de démocratie municipale : obliger les entreprises à se remettre en question. Le problème, ce n'est pas de construire un supermarché, c'est de construire un supermarché pas assez actuel, pas assez génial.

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