Bonhomme de soleil

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(Altea, Espagne) Toute la semaine, notre chroniqueuse Marie-Claude Lortie présente des entrepreneurs québécois qui ont tenté leur chance en Europe. Aujourd'hui : une entrepreneure qui est derrière près d'un vin espagnol sur dix à la SAQ.

« Je voulais juste m'en aller », répond Nathalie Bonhomme, quand on lui demande pourquoi elle a quitté le Québec au début de la vingtaine, alors que le tracé scolaire de cette diplômée de Brébeuf aurait pu, comme ce fut le cas pour ses camarades de classe, la mener vers le droit, une école de commerce ou le génie.

« Donc, je suis allée à Londres comme étudiante dans le cadre d'un programme du Commonwealth. J'avais 21 ans... »

Plus de 25 ans plus tard, après un mariage avec un Britannique chiropraticien, deux enfants, Megan et Caroline, un séjour dans la métropole britannique et un autre au Cap, en Afrique du Sud, la voilà à Altea, sur la côte espagnole, près d'Alicante, où elle pilote ses trois entreprises : elle produit ses vins, les vins Bonhomme, que vous avez peut-être vus à la SAQ, elle représente toutes sortes de vins par l'entremise d'agents, notamment au Canada, et elle est consultante à l'exportation pour la maison Pingus, producteur culte du nord du pays.

Nathalie Bonhomme vit sur le bord de la mer, mais elle ne passe pas grand temps à relaxer sous les orangers.

« Ma première entreprise, je l'ai lancée au Cap, explique-t-elle. C'était un traiteur, le Petit Gourmand. » C'était les années de transition, le monde du vin commençait à devenir intéressant là-bas. Nathalie Bonhomme touche à tout et découvre que tout ce qui est gastronomie la passionne.

Après quelques années, elle décide avec son mari de quitter l'Afrique pour fonder une famille. Le couple choisit l'Espagne, où le beau-père britannique avait décidé de prendre sa retraite. Là, son mari peut travailler comme chiro et assurer un revenu stable à la jeune famille, tandis que Nathalie se lance à nouveau en affaires. Comme l'Afrique du Sud s'est finalement ouverte au monde en laissant tomber l'apartheid, elle choisit de collaborer avec l'agence Importation Épicurienne, cette fois pour représenter les vins sud-africains sur le marché international, en commençant par le Québec.

Et ça marche.

Tranquillement, la femme d'affaires élargit son mandat. À son compte, elle cherche des vins, dépiste de bons produits vendeurs, non seulement en Afrique mais aussi en Espagne. Rapidement, elle comprend que le marché pour ces crus beaux, bons et pas chers au Québec est immense et se fait le relais des bodegas espagnoles.

« À cette époque-là, il y avait 10 vins espagnols à la SAQ », raconte-t-elle. Des vins de la Rioja ou du géant Torres, c'est tout. « On recevait nos commandes par fax ! »

Aujourd'hui, sa société, qui s'appelle Seaview Wines, est liée d'une façon ou d'une autre à une forte proportion des étiquettes espagnoles qui se retrouvent à la SAQ. « Une bouteille sur 10, je suis derrière », résume-t-elle. Et Nathalie Bonhomme importe même des produits canadiens en Espagne, comme le cidre de glace de La face cachée de la pomme.

En outre, depuis cinq ans, elle est consultante à l'exportation pour les vins du Dominio de Pingus, une marque de vins rares très prestigieuse du nord du pays.

Mais ce n'est pas tout. Pendant que Seaview Wines prend du coffre, Nathalie décide aussi de mettre en route une troisième activité. En 2006, elle se trouve un partenaire qui s'y connaît en culture et elle plante ses propres vignes à Sella, dans les terres derrière Altea, quelques cinq hectares à 800 mètres d'altitude, à une demi-heure de route en voiture de la civilisation, dans des chemins en épingle.

La première bouteille d'El Bonhomme a été produite en 2007, avec du raisin acheté, en attendant que ses propres vignes se rodent. « La première bouteille, je ne peux pas te dire comme c'est un moment magique. »

Depuis, la machine roule et aujourd'hui, on peut en acheter à la SAQ. Du Grand Bonhomme, du Petit Bonhomme, et elle travaille même sur le Bo Bonhomme, un produit bio.

NATHALIE BONHOMME EN QUELQUES CHIFFRES

En Espagne depuis 25 ans, partie du Canada depuis presque 30 ans.

Emploie quatre personnes à temps plein.

A deux projets : élaborer un vin pour Ricardo et se lancer dans la production d'huile d'olive.

Son vin El Bonhomme est sur la liste des 25 meilleurs vins sous 25 livres sterling (environ 50 $) de la célèbre revue Decanter.

Croit que son succès lui vient précisément du fait d'être ancrée à deux endroits : au Canada et en Europe.

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