Après la moustache, l'épaule

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L'idée de ramener la moustache à la face du monde est venue un jour à des copains au tournant du millénaire à Melbourne, en Australie, par un soir de bière et de franche camaraderie.

Le père d'Adam Garone, l'un d'eux, en portait toute une, durant les années 70, et les gars se demandaient comment réhabiliter cet attribut plein de panache.

Rapidement, l'idée d'attacher la moustache à un mouvement caritatif s'est imposée. Comment, sinon, justifier une mode faciale qui faisait aussi peu recette à l'époque? On était au début des années 2000 et la pilosité sous-nasale ne jouissait nullement du respect qu'elle suscite aujourd'hui.

«Mes patrons ne voulaient pas me laisser aller voir des clients avec ça, a raconté Garone, en conférence à C2mtl la semaine dernière. Ma blonde de l'époque détestait ma moustache. On s'est dit: «Il faut légitimer le port de la moustache.»»

En 2003, la fondation Movember - mot-valise formé de l'anglais moustache et november - naissait, se donnant pour mission d'amasser des sous au moyen d'activités liées à la moustache - pensez «Tu me donnes combien si j'en porte une pour un mois et que je la regarde pousser sur ma page Facebook?» - et d'aider la recherche en santé masculine, en commençant par le cancer de la prostate.

Dès la première année, quelque 450 hommes, en Australie, ont réussi à récolter 51 000$. Le mouvement était lancé.

Aujourd'hui, Movember peut se vanter d'avoir amassé 574 millions de dollars à travers le monde, dont le Canada, où la fondation est solidement implantée. En tout, l'organisme finance plus de 800 programmes dans 21 pays, notamment des projets de recherche au Québec.

La nouveauté peu connue dont Garone est venu parler à Montréal, c'est qu'aujourd'hui, Movember se diversifie et s'adapte. Le mouvement a toujours pour mission de promouvoir et de soutenir la recherche en santé masculine et il demeure attaché à sa moustache. Mais Movember, qui sait pertinemment que tout mouvement doit inévitablement composer avec la fatigue, a décidé d'élargir sa mission pour englober beaucoup plus de problèmes touchant les hommes que juste le cancer de la prostate ou celui des testicules. Et le mouvement fait siennes de nouvelles approches.

Movember, par exemple, soutient les programmes d'aide et de recherche en santé mentale dont les hommes souffrent et il s'attelle à la promotion de l'activité physique. En effet, l'obésité est liée à la mortalité masculine. En outre, Movember donne son appui à la recherche sur la dépression et la prévention du suicide.

«Il y a davantage de morts par suicides chez les militaires de retour à la maison qu'il n'y en a sur les champs de bataille», dit Garone en entrevue, en marge de sa conférence à C2mtl. Chez les combattants australiens qui sont allés en Afghanistan, par exemple, on compte trois fois plus de morts par suicides qu'en mission. Une statistique affolante.

Garone a été dans l'armée pendant 10 ans avant de faire un MBA. Il sait ce qu'est le retour à la vie civile. «J'ai fait ce périple moi-même, confie-t-il en entrevue. Mais comment faire pour convaincre les hommes de parler?»

Parce que c'est là le noeud que Garone veut maintenant défaire. «C'est une question de perfectionnisme social, explique-t-il. Les hommes veulent avoir l'air en contrôle, vus de l'extérieur, alors que de l'intérieur, ils ne le sont pas.»

Personne n'est à l'abri de cette pression, note-t-il.

«Même moi, j'ai mes propres remises en question dont je ne parle pas.»

Est-ce l'armée qui a rendu Garone plus sensible à ces questions? Peut-être, répond-il. «C'est sûr que c'est une expérience plutôt masculine, axée sur le conformisme, quitte à s'aliéner pour être celui qu'il faut être.»

L'armée s'améliore à cet égard, note-t-il, mais la détresse des hommes qui sentent le monde se dérober sous leurs pieds quand ils rentrent à la maison, sans repères les valorisant, sans réseaux sur lesquels s'appuyer, demeure gigantesque.

Movember finance donc des programmes qui visent à amener les hommes à avoir le courage de «lever la main pour demander de l'aide».

L'objectif ultime: aider les hommes à se débarrasser du carcan des stéréotypes traditionnels masculins, qui les empêche de prendre bien soin d'eux.

Au-delà de la moustache, Movember a lancé un autre mouvement qui, espère Garone, deviendra aussi emblématique, la démarche «épaule contre épaule». La recherche en psychologie, explique-t-il, montre que les hommes communiquent mieux, sont plus portés à se confier lorsqu'ils sont côte à côte - songeons aux hommes travaillant sur un projet de construction ensemble ou pêchant l'un à côté de l'autre - que s'ils se parlent en tête à tête. Le concept «épaule contre épaule» occupe désormais une place centrale dans les projets d'entraide et d'ouverture masculine.

Adam Garone n'a pas encore de fils, mais il attend un bébé pour l'automne. Quel message faut-il envoyer aux garçons qui naissent dans notre monde? «Qu'on est là pour eux. Qu'ils peuvent être aventuriers, sans peur, libres, créatifs, prendre leur espace, mais qu'on est là pour les protéger.»

Pour joindre notre chroniqueuse: mclortie@lapresse.ca

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