Du vrai sexe, pas de la porno

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Connaissez-vous Cindy Gallop?

Publicitaire de renommée internationale de 55 ans, Britannique d'origine installée à New York, Mme Gallop aime les vêtements noirs, en cuir préférablement, et les jupes courtes. Elle adore aussi les chaussures extravagantes et sortir avec des gars plus jeunes qu'elle. Elle est ce que les gens de marketing appellent une cougar. Et on se doute qu'au lit, elle ne doit pas avoir exactement les attentes d'une couventine romantique en goguette.

Sauf qu'à force de fréquenter des gars dans la vingtaine ou la jeune trentaine, même Mme Gallop s'est mise à constater qu'ils avaient des pratiques et des attentes sexuelles pour le moins surprenantes et exigeantes.

Et en posant des questions, elle s'est rendu compte d'une réalité qui l'a troublée: à quel point non seulement ces hommes avaient bâti leur vision, leurs attentes, leurs perceptions du sexe en se fiant à la pornographie vue partout sur l'internet, mais aussi à quel point cette pornographie présentait une version totalement inégalitaire des relations sexuelles et une vision générale de la chose absolument irréaliste, néfaste pour tout le monde.

Leur idée de la réalité sexuelle, s'est dit Mme Gallop, est déformée par ce qu'ils voient et cela n'aide personne à avoir une sexualité saine et épanouie. Il faut faire quelque chose.

Mme Gallop, qui nous a raconté tout ça à la dernière conférence C2MTL, a donc eu une idée: lancer un site de télé sur le web qui présenterait, lui aussi, des vidéos olé olé. Mme Gallop est en effet convaincue que l'humain regardera encore et toujours, comme il le fait depuis des millénaires, des images d'autres humains en train de baiser. Selon elle, cette forme de stimulation est normale et tout à fait acceptable, et il est irréaliste de penser lutter contre les ravages de la pornographie telle qu'on la connaît par son interdiction.

Bref, taire, croit-elle, ne donne rien.

Le problème, ce n'est pas de regarder du sexe. C'est la sorte de sexe que l'on regarde.

Son site, s'est-elle donc dit, montrerait ce qu'est le sexe dans la vraie vie: une activité désordonnée, imparfaite, pas toujours impec, sympathique, remplie de bruits imprévus et de situations cocasses ou magiques, pratiquée par des gens tous différents physiquement, émotionnellement et culturellement

Son idée a été lancée en 2009 lors d'une présentation TED. Depuis, elle fait son chemin, mais le parcours est semé d'embûches, les investisseurs préférant le sexe fiction - la porno - au sexe réel.

L'entreprise de Mme Gallop s'appelle makelovenotporn.com. Faites l'amour, pas de la porno. C'est un site web qui accueille des vidéos présentées par des partenaires de toutes sortes, qui se filment durant leurs ébats. Il n'y a pas d'acteurs, pas d'effets spéciaux, pas de trucages, pas de complexes non plus.

Les films sont classés par catégories, et triés au préalable pour répondre à certains critères, légaux, notamment. Il faut, par exemple, que les ébats mettent en scène des adultes consentants. Mais pour le reste, la porte est ouverte, l'idée étant de montrer ce qu'est la réalité. Les auteurs des films les plus populaires sont rémunérés selon le nombre de visionnements. L'accès au site est payant.

Évidemment, les images qu'on voit sur makelovenotporn.com font souvent très amateur. On est pas mal plus proche de Girls ou Togetherness que de 50 nuances de Grey. Mais savez-vous quoi? C'est excellent comme ça.

L'omniprésence de la pornographie traditionnelle survoltée sur l'internet et l'impact de cette vision fictive de la sexualité et des corps humains sur la vie des jeunes - et des moins jeunes - ne sont pas qu'un phénomène anecdotique faisant le bonheur des vendeurs d'épilation intégrale au laser et de prothèses mammaires.

C'est un vrai problème.

Le nombre de chirurgies esthétiques génitales, par exemple, ne cesse d'augmenter, alimenté par les images uniformes de la pornographie de ce dont un sexe féminin doit avoir l'air. Veut-on vraiment utiliser nos ressources médicales pour ça?

En outre, les médecins ont constaté l'arrivée d'un nouveau problème médical, la dysfonction érectile causée par la pornographie - porn induced erectile dysfunction -, diagnostiqué surtout chez des jeunes qui ne devraient pas avoir de problèmes mécaniques d'impuissance, mais qui deviennent désensibilisés à force de regarder de la pornographie. Ces jeunes ne réussissent donc plus à répondre aux signaux sexuels normaux que leur envoie le monde réel. Le traitement? Ne plus regarder de porno pendant des semaines pour reprendre contact avec la réalité. Se «réinitialiser».

Et puis, finalement, veut-on vraiment que l'éducation sexuelle de nos jeunes se fasse ainsi?

L'arrivée de nouvelles séries télé post-Sex and the City, qui font la promotion d'un nouveau réalisme, d'une nouvelle diversité, est une bonne première nouvelle. Espérons que ça va continuer.

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