L'incertitude

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Saviez-vous que le Québec présente depuis 2006 «un indice synthétique de fécondité» plus élevé que la moyenne canadienne et que l'Ontario?

L'indice synthétique de fécondité, c'est grosso modo le nombre moyen d'enfants par femme.

Donc au Québec, on a plus d'enfants qu'ailleurs au pays depuis 2006.

Ce n'est pas moi qui le dis, c'est le gouvernement du Québec lui-même qui l'explique dans la mise à jour budgétaire présentée la semaine dernière.

«En 1987, alors que l'indice synthétique atteignait un creux à 1,36 au Québec, il se situait à 1,58 au Canada et en Ontario. En 2011, le nombre d'enfants par femme était de 1,68 au Québec, comparativement à 1,61 au Canada et à 1,52 en Ontario.»

Donc, entre 1987 et 2011, quelque chose s'est passé qui a fait que les Québécoises ont eu envie d'avoir plus d'enfants.

Ce n'est pas moi qui le dis, je le répète, cette constatation de l'augmentation du taux de fécondité vient d'un document officiel du gouvernement.

Le même gouvernement qui veut changer notre système de garderie en transformant la structure de tarification, sans pour autant avoir mesuré le moindrement l'impact de telles mesures sur la présence des femmes sur le marché du travail.

Et le même gouvernement qui laisse entendre du même souffle qu'avoir un enfant est un privilège réservé à ceux dont le système reproducteur fonctionne bien, puisqu'il est en train de mettre la hache dans les programmes d'aide médicale à la procréation en restreignant en grande partie la couverture par la RAMQ.

Un peu plus et ce même gouvernement mettait aussi la cisaille dans le programme de congés parentaux, mais apparemment l'idée n'a pas été retenue. Ouf.

Peut-être une nouvelle surtaxe sur les toutous et les tétines, alors? Ou des droits d'immatriculation pour les poussettes?

Je fais du sarcasme, évidemment, mais je ne suis pas la seule à avoir l'impression que la mise en place de mesures accueillantes pour les familles ne fait pas exactement partie des priorités gouvernementales.

La semaine dernière, un jeune père dont les deux enfants sont à la garderie m'expliquait qu'il devrait payer 5000$ de plus en 2015, un montant qu'il n'avait absolument pas prévu. Résultat: coupes budgétaires à la maison. Finis les restaurants notamment. «Nous aussi on regarde tous les postes de dépense.»

Excellent pour encourager l'économie. L'austérité qui engendre le repli...

Partout j'entends ainsi des couples parler de deux choses. Comment ils doivent dépenser moins. Et comment ils n'auront probablement pas autant d'enfants qu'ils en voulaient en se fiant à l'ancien système.

Trop cher.

Parfois, pour ne pas dire souvent, la considération de ce nouveau choix ne repose pas sur des calculs précis, effectués avec une comptable capable d'analyser toutes les façons d'être le moins affecté possible par les changements gouvernementaux.

D'ailleurs, pour plusieurs - contractuels, pigistes, même salariés aux possibles bonus - , il est impossible de savoir exactement combien leur coûteront maintenant les frais de garde de leurs enfants puisqu'ils ne savent pas exactement combien d'argent ils gagneront durant l'année.

La décision de «faire attention», de moins dépenser, de ne pas prendre de risque avec un enfant de plus, n'est donc pas mathématique mais souvent essentiellement le fruit d'un sentiment.

Ou plutôt, le fruit de la perte de ce sentiment de sécurité apporté par les éléments du filet social que sont les politiques familiales québécoises depuis une quinzaine d'années. Et qui ont sûrement quelque chose à voir avec la hausse du taux de fécondité.

Les jeunes femmes - parce que ce sont souvent elles pour qui la conciliation travail-famille pose le plus grand défi - et leurs conjoints ne se sentent plus autant appuyés dans leurs projets familiaux.

La confiance s'étiole.

Le choix de couper l'aide à la procréation assistée envoie ce message. Et si la hausse des frais de garderie annoncée récemment, c'est une chose, et une chose coûteuse, que dire du sentiment de trahison devant cette promesse électorale rompue ? Qu'est-ce qui garantit que le gouvernement ne reviendra pas sur une autre promesse, sur une autre conviction, sur un autre programme social que l'on tient pour acquis?

L'incertitude s'installe.

Et elle amène les couples à mettre le pied sur le frein.

Dans Le Devoir de samedi, la journaliste Isabelle Paré interviewait une famille de cette classe «bien nantie» que le gouvernement libéral veut mettre au pas parce que, croit-on, ces gens ne paient pas assez pour les services qu'ils reçoivent.

On ne parle pas d'une famille de millionnaires à Outremont. Il s'agit plutôt d'un couple avec deux enfants de la rive-nord. Elle professionnelle, lui à la tête d'une PME.

Entre les hausses de frais de garderie, le ralentissement dans la construction résidentielle à prévoir dans leur région qui affectera le travail de l'un et les coupes directes chez l'employeur municipal de l'autre, le couple se voit affaibli financièrement sur trois fronts.

Cela ne me semble pas être la situation idéale pour créer cette nouvelle prospérité nécessaire au paiement de nos dettes.

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