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Denise Bombardier s'inquiète de la «régression» de Montréal,... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE)

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Denise Bombardier s'inquiète de la «régression» de Montréal, et ne trouve pas inspirants des exercices comme Je vois Montréal.

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Si quelqu'un d'autre que Denise Bombardier avait été sollicité pour écrire le Dictionnaire amoureux du Québec, dernier-né dans cette collection «amoureuse» pilotée par la maison d'édition française Plon où l'on retrouve des auteurs aussi monumentaux que Mario Vargas Llosa, Max Gallo ou Jacques Attali, il est clair que la journaliste y aurait droit à sa propre entrée, quelque part entre Janette Bertrand et Céline Dion.

Comme pour Janette et Céline, ce n'est pas tout le monde qui l'aime, mais tous doivent admettre que cette journaliste, commentatrice et auteure s'est imposée ici et sur la scène internationale d'une façon absolument unique. Passages aux émissions de Bernard Pivot, participation à cette collection prestigieuse de Plon, collaborations avec de grands médias français... Denise est presque devenue un prénom.

Je la rencontre à L'Express, rue Saint-Denis, le restaurant où elle va depuis toujours, et où elle prend toujours la même chose: des cailles au riz sauvage.

Mme Bombardier aime bien manger. Elle apprécie le plaisir de la table et il n'est pas question pour elle de grignoter trois feuilles de laitue. Elle se plaint de la popularité des régimes austères.

«Voulez-vous bien me dire ce qu'il y a de si formidable dans ce kale dont tout le monde parle?», lance-t-elle avec le regard horrifié de quelqu'un qui évoque quelque chose d'immangeable.

Pour Denise Bombardier, il vaut mieux mordre dans la vie.

Elle s'est mariée pour la troisième fois il y a 12 ans avec un professeur d'histoire anglais dont elle parle avec une étincelle dans les yeux, comme une adolescente. «Ça me garde en appétit.» Elle parle de son prochain voyage en Inde avec le plus grand des enthousiasmes. Elle explique qu'elle aime fréquenter des personnes plus jeunes et arrive à notre rendez-vous vêtue d'un pantalon de cuir argenté et portant des lunettes spectaculaires, avouant candidement qu'elle use d'un peu de Botox...

Avec elle, les sujets sont hyper variés et fascinants. Comme dans son dictionnaire amoureux, on butine de l'un à l'autre.

«Je suis la fille de la fesse gauche de Benoîte Groult», dira-t-elle de la grande féministe française alors qu'on parle de maternité. Mais c'est Golda Meir, l'ancienne première ministre d'Israël qu'elle venait d'interviewer, qui l'a convaincue de l'importance d'avoir un enfant, Guillaume, devenu réalisateur au cinéma.

On parle de la piètre qualité du français ici, sujet qui l'a toujours passionnée. Ne lui dites jamais «salle à dîner» au lieu de salle à manger ou «une» autobus alors que c'est masculin... «Voyez-vous, on a décidé un jour qu'on n'avait plus honte. Or avoir honte de faire une faute, c'est un bon signe, c'est un signe qu'on veut se corriger.»

On parle aussi un peu de la France actuellement morose, où elle passe tant de temps et où elle part faire la promotion de son livre.

Lorsque je lui demande si elle craint l'effet déprimant de l'austérité ici, elle répond tout de go: «Qu'est-ce qu'on aurait fait si on avait été en Angleterre sous Thatcher?» Mais selon elle, les réformes ont permis à ce pays de se relever. «L'austérité, c'est déprimant par définition.»

Et puis elle trouve qu'il y a un fond de tristesse, quoi qu'il en soit, dans le tempérament québécois, qui n'est pas aussi jovial qu'on le croit.

Le problème avec cette imminente austérité, c'est la faiblesse de la classe politique qui l'impose. L'austérité est plus acceptable quand on fait confiance aux compétences et au professionnalisme des gens qui la gèrent, la pilotent, explique l'auteure. «Or la perception si négative des politiciens fait que personne de sérieux ne veut aller là. Pourtant, ça prend les gens les plus exceptionnels d'une société. Ils doivent arrêter momentanément leur vie pour servir leur société. C'est beau comme concept, non?»

Mme Bombardier croit aussi que le Québec a des problèmes structurels qui demeurent, peu importe les personnages politiques qui le dirigent. Elle mentionne les syndicats, une conception de l'organisation du travail. «Le mystère pour moi, c'est comment ça se fait qu'une société de 8 millions d'habitants n'est pas capable de gérer des problèmes qu'une société de 66 millions d'habitants gère sans problème, comme le domaine de la santé en France.»

Là-bas, note-t-elle, tout le monde a un médecin de famille.

Elle s'inquiète aussi de la «régression» de Montréal et ne trouve pas inspirants des exercices comme Je vois Montréal.

Elle trouve que c'est trop peu, trop en surface, pas assez structurant. «Ce n'est pas comme ça qu'on bâtit une métropole.»

Avec elle, on parle aussi beaucoup d'histoire puisque ce dictionnaire amoureux l'a amenée à se replonger dans celle du Québec. On parle d'Anticosti, dont le Français Menier, chocolatier illuminé, voulait faire une société à part avec sa propre monnaie.

L'exploitation du pétrole là-bas, aujourd'hui?

«Moi, je n'aime pas l'idéologie, et ces débats, on est incapable de les avoir sans idéologie», répond-elle. «Ici, on a des ressources naturelles. Je sais que le pétrole, ça cause des problèmes et que l'île d'Anticosti, c'est très beau. Mais on trouverait du pétrole ailleurs de moins joli et on dirait la même chose. Sauf qu'en même temps, oui, il faut se protéger.»

La journaliste estime que nous devrions réaliser l'importance de certains projets de développement, comme les barrages hydroélectriques du Nord québécois, «ce sont nos cathédrales», dit-elle. «Cela a permis à des ingénieurs d'ici de devenir des maîtres d'oeuvre en la matière. Aujourd'hui, on ne voudrait pas de ça.»

Elle entend les arguments des écologistes, notamment ceux qui s'opposent à la venue des superpétroliers sur le fleuve. «Mais s'il n'y en a pas un gros, il y en aura quatre petits pour le remplacer. On déplace le problème.»

«Et puis, la vie est un danger.»

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