Alice préfère la course

Alice Cole... (Photo Martin Chamberland, La Presse)

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Alice Cole

Photo Martin Chamberland, La Presse

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Elle s'appelle Alice et porte bien son nom. Elle détient le record du monde au 400 mètres à la course et elle a le sentiment, chaque fois qu'elle repousse ses limites - car elle a en battu, des records, mondiaux et canadiens -, de se retrouver au pays des merveilles.

Vous ne la connaissez pas et on ne parle jamais d'elle dans les pages sportives, parce qu'elle détient des records, oui, mais dans sa catégorie. Sa catégorie d'âge.

Alice Cole a 80 ans.

Son rêve olympique, elle, elle le vit maintenant, alors qu'elle a trois ou quatre fois l'âge de ceux qui sont en train de se surpasser à Sotchi.

Athlète depuis toujours - à vélo surtout -, Alice a commencé à faire de la course compétitive il y a 10 ans, quand elle en avait 70. Elle court le 400 m en 1 min 39 s, contre 47 secondes et 60 centièmes pour le record féminin toutes catégories confondues. C'est dire qu'Alice court à peu près deux fois moins vite que les championnes olympiques. Mais elle a vécu à peu près quatre fois plus longtemps.

J'ai rencontré Alice parce que nous sommes dans le même groupe de course, nous nous entraînons avec le même coach, Dorys Langlois. C'est lui qui m'a vanté ses exploits et qui veille sur sa progression, qui s'assure qu'elle ne s'entraîne pas trop! Parce qu'Alice est compétitive, très compétitive, et veut toujours en faire plus. «Moi, je cours pour gagner. Elles sont comme ça, les Alice... Je suis tellement chanceuse, dans la vie, d'avoir la santé que j'ai, à l'âge que j'ai», confie-t-elle, souriante, joyeuse, sublimement inspirante.

Cette dame tout nouvellement à la retraite - «j'ai arrêté de travailler pour avoir plus de temps pour courir» - sait qu'elle est un peu une anomalie de la nature et veut aider la médecine à progresser, à comprendre pourquoi elle est encore dans une telle forme à son âge. Elle participe donc à plusieurs programmes de recherche médicale, notamment ceux de l'Institut de gériatrie de Montréal. «Moi, tout ce qui peut aider les vieux, j'embarque! J'ai 80 ans, et je pense que je viens d'atteindre le summum de ma force!»

Elle en profite donc et voyage pour courir. Jeux mondiaux en Autriche, course sur la muraille de Chine, Italie, Finlande... Ce printemps, elle part à Budapest. Partout, elle fait des sprints ou des 5 km. Des relais aussi. «Tu devrais nous voir, quatre petites vieilles.» Qui gagnent.

Pour garder le top de la forme, Alice s'entraîne sous supervision. Avec Langlois et une fois par semaine, elle fait de la musculation, avec Pierre-Mary Toussaint. «Des fois, il me prend pour un Carabin», lance-t-elle au sujet du kinésiologue qui travaille aussi avec l'équipe de football de l'Université de Montréal.

Pour avoir l'énergie de faire tout cela, Alice Cole prend bien soin de son alimentation. Elle se dorlote. Pour le petit-déjeuner, elle se fait des jus de fruits. «Des fois, c'est mûre-cerise-betterave, des fois papaye-concombre-framboise.» Elle a toute une liste de recettes et rigole en parlant de tout cela. Ensuite, elle se fait un bol de céréales. «Je prends des Qi'a avec du yaourt nature 0% et du lait», dit-elle, précisant qu'elle trouve tout au supermarché et n'a pas besoin de fréquenter les épiceries dites naturelles.

Et ensuite, elle se fait des tartines! Du pain Mie-âme aux fruits secs ou aux noix, qu'elle mange avec du fromage. «J'adore le fromage», lance-t-elle. Notamment le Saint-Agur, un bleu français.

Le midi, Alice se fait un repas de poisson et de légumes. Elle aime particulièrement les tartares de thon ou de saumon. Elle aime aussi beaucoup les sardines. Et le soir, c'est le temps de sortir la viande, notamment la viande rouge maigre. Cerf, bison, cheval... «Je mange de la viande tous les jours. Et je bois du vin. Je vis seule, mais je me prépare à manger, je me gâte, je me reçois.»

Et évidemment, sa vie est aussi parsemée de biscuits ici et là et de chocolat. «Un lait au chocolat après la course! J'adore ça. Je suis une gourmande.»

Alice m'avait prévenue avant l'entrevue. «J'ai un secret», m'avait-elle confié. Quelque chose qui allait m'aider à comprendre sa détermination. «J'ai survécu à un accident d'avion. J'aurais pu ne pas être ici. J'ai eu une seconde chance.»

Son histoire, à la fois terrifiante et magnifique, remonte à la fin des années 70. Un accident en hydravion Cessna, au retour d'un voyage de chasse. Amerrissage forcé dans la Voie maritime à cause du mauvais temps, au sud-ouest de l'île d'Orléans. Puis dérive cauchemardesque marquée par des bateaux qui passent - l'un d'eux va même jusqu'à foncer sur l'avion flottant - et ne remarquent pas que trois des quatre occupants sont encore en vie, accrochés aux flotteurs de l'épave. Neuf heures de cauchemar jusqu'à ce que la garde côtière finisse par les trouver.

Alice est ressortie de l'épreuve convaincue que la vie venait de lui dire de mordre dans chaque instant comme autant de cadeaux du ciel.

«Je ne suis pas motivée pour rien. Et puis je sais maintenant que le bonheur, il faut le prendre quand il passe. Pourquoi, je me demande des fois, les gens ont si souvent l'air d'avoir peur d'être heureux?»

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