Les jeunes enfants et la mort

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Le hasard fait parfois cruellement les choses ou semble, à tout le moins, doté d'un sens de l'humour de très mauvais goût.

Les trois enfants de 5, 4 et 2 ans qui ont été trouvés morts hier à Drummondville habitaient rue Turcotte. Oui, Turcotte, comme dans Guy Turcotte, cet homme de Piedmont qui a fait les manchettes l'an dernier, après avoir été reconnu non criminellement responsable du meurtre avoué de ses deux jeunes enfants.

Au moment où j'écris ces lignes, on sait bien peu de choses de ces trois jeunes Drummondvillois, de leurs parents. On sait que les morts ont été déclarées suspectes par la police et qu'une enquête criminelle a été ouverte. Que la mère était hier soir aux soins intensifs à l'hôpital Sainte-Croix, qu'elle y est arrivée blessée, qu'elle est considérée comme un témoin important dans toute cette affaire et que cela n'exclut pas qu'elle devienne suspecte. On sait aussi que les parents étaient séparés depuis quelques mois, que la relation entre eux n'était pas exactement sereine. Des voisins ont même parlé aux journalistes de visites de la Direction de la protection de la jeunesse pour assurer la sécurité des enfants, et certains sont même allés jusqu'à affirmer que la mère avait perdu la garde des enfants.

Mais rien de cela n'est confirmé et du flou, beaucoup de flou, entoure toute l'affaire.

Le père? Il serait passé en coup de vent à l'appartement de la rue Turcotte hier en fin d'après-midi. Pour le reste, silence.

Les morceaux du puzzle sont donc rares et éparpillés, mais qui réussit à ne pas penser à Turcotte, à Jocelyn Marcoux de Warwick, à Serge Vézina de Sainte-Julie? Bref, qui réussit à ne pas faire référence à toutes ces histoires d'horreur encore bien récentes où des petits ont été sacrifiés par leurs parents, un peu comme dans ces tragédies grecques où les adultes pensent ainsi calmer quelque démon, quelque dieu, quelque force irréelle enragée dont ils croient qu'elle vient de loin alors qu'on sait bien qu'elle est intérieure?

Comment ne pas penser à la tragédie de Saint-Edmond-de-Grantham, où, en 2011, un père avait incendié sa camionnette, avec ses enfants à l'intérieur? D'autant plus que c'est le même coroner, Yvon Garneau, celui qui, à la suite de cette tragédie, a averti les médias au sujet des possibilités d'effets d'entraînement, qui est affecté au nouveau dossier de Drummondville.

Comment, donc, ne pas penser à tous ces pères, mais aussi à ces mères qui font ces gestes impensables?

Je me rappelle avoir couvert un double homicide du même type, à Drummondville aussi, il y a 16 ans. C'était une mère, Manon, qui s'était suicidée après avoir tué ses deux enfants de 5 et 9 ans. Meurtre altruiste commis par une femme rongée par la dépression? Suicide étendu d'une mère incapable de poursuivre la route, mais qui refuse d'abandonner ses enfants? Délire encapsulé caché de tous, surgi de nulle part par un jour de janvier?

Je ne l'ai jamais su. Manon est partie sans le dire.

Cette fois, la maman, Sonia Blanchette, est encore vivante. Que sait-elle de ce qui est arrivé à ses enfants? Que pourra-t-elle nous dire? Suspecte? Témoin?

Autant, devant ce qui s'est passé hier, il est difficile de ne pas penser à tous ces récents infanticides, autant, pour le moment, on doit s'empêcher de tirer des conclusions hâtives.

On a tous peur d'être de nouveau devant l'inexplicable et effrayante absurdité d'une histoire d'horreur où l'amour que devrait manifester un parent à ses enfants a fait place à une cruauté sans nom. Mais il est trop tôt pour penser ainsi, pour pleurer pour autre chose que la mort tragique, insensée, barbare, de trois petits enfants.

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