Un petit cru

Le fait qu'Alejandro González Iñárritu a été couronné... (PHOTO FOURNIE PAR 20TH CENTURY FOX)

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Le fait qu'Alejandro González Iñárritu a été couronné l'an dernier aux Oscars pourrait nuire aux chances de The Revenant d'être plébéscité de nouveau par l'Académie.

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On scrute la liste des finalistes de la 88e Soirée des Oscars, dévoilée hier, et on se dit que 2015 ne fut pas une grande année de cinéma. De cinéma américain, s'entend...

L'an dernier, un duel opposait aux Oscars deux films d'exception, tant par la forme que par le fond: Birdman d'Alejandro González Iñárritu (qui devait gagner) et Boyhood de Richard Linklater. Cette année, il n'y a pas de duel en vue, mais bien une compétition très ouverte entre une poignée de candidats aux qualités indéniables... et aux défauts incontestables.

The Revenant du même Alejandro Iñárritu, qui peut être considéré comme le «favori» - il est finaliste dans 12 catégories -, est un film visuellement époustouflant, aux images poétiques nimbées de lumière naturelle. Mais son scénario, une fiction historique inspirée par un personnage emblématique de l'Amérique du début du XIXe siècle (incarné par Leonardo DiCaprio), est bien mince. Un récit de vengeance à la Tarantino, sans l'humour noir du cinéaste d'Inglourious Basterds, baignant dans la violence et le sang des combats entre coureurs des bois et Amérindiens.

The Revenant est à mon avis, du point de vue du récit, le moins intéressant de tous les films d'Iñárritu (Amores perros, Babel). Et c'est sans surprise qu'il n'a pas été retenu parmi les finalistes à l'Oscar du meilleur scénario. Le fait qu'Iñárritu a été couronné l'an dernier nuira certainement aux chances de son film d'être plébiscité de nouveau par l'Académie. À Hollywood, on aime distribuer les accolades à gauche et à droite, mais rarement aux mêmes en si peu de temps.

Le principal rival de The Revenant dans la catégorie du meilleur film est à mon sens Spotlight. Deux oeuvres pratiquement aux antipodes. Spotlight raconte avec subtilité l'enquête (réelle) de journalistes du Boston Globe, qui ont dévoilé au début des années 2000 les tentatives de l'Église catholique de masquer les sévices sexuels commis par des dizaines de prêtres. Contrairement à la mise en scène majestueuse d'Alejandro Iñárritu, celle de Tom McCarthy (qui est aussi coscénariste) est sobre et efficace, mais somme toute conventionnelle.

On s'étonne même que McCarthy se retrouve parmi les cinq finalistes à l'Oscar de la meilleure réalisation, où brillent par leur absence les vétérans Steven Spielberg et Ridley Scott, ainsi que Todd Haynes pour Carol, le grand oublié du dévoilement d'hier. Cela dit, si j'avais à miser un p'tit deux sur l'Oscar du meilleur film, ce serait sur Spotlight, sans doute le plus «équilibré» des candidats en lice.

Le deuxième long métrage le plus souvent sélectionné hier, Mad Max - Fury Road, à l'instar de The Revenant, est un film d'action visuellement splendide, au scénario indigent (qui se résume ainsi: des fugitifs tentent de semer leurs poursuivants en se rendant du point A au point B, puis du point B au point A, dans un univers futuriste, désertique et doré).

Bridge of Spies, malgré la maîtrise de Steven Spielberg, le jeu exceptionnel de Mark Rylance (finaliste à l'Oscar du meilleur acteur dans un rôle de soutien) et les traits d'esprit du scénario des frères Coen, reste un Spielberg mineur. Brooklyn de John Crowley, malgré la finesse de Saoirse Ronan (finaliste à l'Oscar de la meilleure actrice) et un scénario signé Nick Hornby, est un mélo plutôt banal qui sombre dans la mièvrerie.

Contrairement à plusieurs de mes collègues, je n'ai pas été complètement séduit par Room de Lenny Abrahamson - «l'outsider» dans la course, comme disent les Français -, malgré son originalité et les performances percutantes de Brie Larson et du jeune Jacob Tremblay. Certes, Room est le film qui m'a le plus ému en 2015. Mais c'est aussi le film qui a fait le plus d'efforts pour m'émouvoir, avec des mécanismes pour le moins racoleurs.

Il y a pourtant eu du grand cinéma l'an dernier. Scruter la liste des finalistes de la 88e Soirée des Oscars, c'est aussi constater de nouveau à quel point cette cérémonie est américanocentrique. La catégorie du meilleur film, qui peut compter jusqu'à dix candidats, n'en compte que huit (le chiffre varie depuis quelques années). Or, les deux meilleurs films que j'aie vus au cours des 12 derniers mois sont cantonnés dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère.

Mustang, de la cinéaste franco-turque Deniz Gamze Ergüven, qui s'intéresse au triste sort de cinq jeunes soeurs délurées assignées à résidence par un oncle rigoriste, doit prendre l'affiche au Québec le 29 janvier. Dès aujourd'hui, on peut voir en salle Le fils de Saul, premier long métrage du jeune cinéaste hongrois László Nemes, Grand Prix du plus récent Festival de Cannes, qui pose un regard singulier sur la Shoah, à travers l'histoire d'un membre d'un Sonderkommando à Auschwitz.

J'ai vu bien des films, réussis et moins réussis, sur l'Holocauste et les camps de la mort depuis 30 ans. Le fils de Saul, filmé au plus près du personnage principal - en commençant par un plan-séquence d'anthologie -, aborde la pire tragédie du dernier siècle de manière profondément humaine. Une grande oeuvre sur la quête de dignité, et l'espoir d'un restant d'humanité, supérieure à mon sens à tous les Revenant, Spotlight et autres Mad Max qui seront récompensés le 28 février.

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