Un peu plus et on croirait Mike Ward

L'humoriste Mike Ward fait l'objet d'une poursuite en... (PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE)

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L'humoriste Mike Ward fait l'objet d'une poursuite en diffamation de 80 000$ intentée par la Commission des droits de la personne au nom de la famille de Jérémy Gabriel.

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C'est le monde à l'envers. Mike Ward prépare un nouveau spectacle en anglais où il sera notamment question de l'affaire Jérémy Gabriel. The People vs Mike Ward, titre pour le moins ironique, sera présenté tout le mois d'août prochain au Festival d'Édimbourg, a révélé vendredi mon collègue Jean Siag.

Le monde contre Mike Ward... Un peu plus et on croirait que l'humoriste le plus provocateur du Québec tente de se camper en victime. Ward assure qu'il ne sera pas question directement du «Petit Jérémy» dans ce one-man show. «Je vais simplement parler du fait que je me suis fait traîner en cour par la Commission des droits de la personne et parler du PC police qui est en train de détruire l'humour», a-t-il écrit sur Facebook.

Mike Ward fait l'objet d'une poursuite en diffamation de 80 000$ intentée par la Commission des droits de la personne au nom de la famille de Jérémy Gabriel, qui s'est fait connaître à 8 ans en chantant pour le pape et Céline Dion. Dans son spectacle Mike Ward s'eXpose (2010), l'humoriste se moquait du handicap de ce jeune homme atteint du syndrome de Treacher Collins. Le verdict du Tribunal des droits de la personne doit être rendu le 26 février prochain.

«Les humoristes ne peuvent plus rien dire sur scène sans être traînés en cour!» a aussi déclaré Ward à mon collègue Jean Siag.

Traînés en cour... Un peu plus et on croirait que l'humoriste le plus baveux de sa génération tente de se faire passer pour un martyr.

Il me fait bien rire, Mike Ward. Pas seulement parce qu'il a une livraison comique hors du commun et un don unique pour l'humour transgressif. Il veut le beurre et l'argent du beurre. Il veut être poursuivi, pour sa gloriole personnelle, sans en payer le prix.

Il répète à qui veut bien l'entendre que ce procès lui a déjà coûté l'équivalent d'une mise de fonds hypothécaire. Un peu plus et on croirait qu'il veut qu'on le prenne en pitié.

Ward récolte ce qu'il a semé. On lui a offert précisément ce qu'il réclamait. Son spectacle aurait pu s'intituler «Mike Ward s'eXpose à des poursuites». C'était implicite. «Poursuivez-moi, svp!» aurait sans doute été un titre trop peu subtil. C'était pourtant l'objectif. C'est arrivé. C'était écrit dans le ciel. Un peu plus et on croirait que Mike Ward se complaît à dessein dans une posture victimaire...

«C'est sûr que ça se retrouve en cour, cette affaire-là!», dit-il d'entrée de jeu, sur scène, pendant l'enregistrement du DVD de son spectacle litigieux (qui, de son propre aveu, servira «à payer ses avocats»). «Je me dis: jusqu'où je peux aller avec ce gag-là? À un moment donné, je vais aller trop loin», dit-il encore, dix minutes avant la fin de Mike Ward s'eXpose, vu par quelque 135 000 spectateurs, en parlant de ses blagues outrageantes sur Jérémy Gabriel.

Au moment où il prononce cette phrase, il sait ou devrait savoir qu'il est allé trop loin. La plainte de l'entourage de Jérémy Gabriel à la Commission des droits de la personne a été déposée le 19 avril 2012. Le DVD du spectacle de Mike Ward a été enregistré près de 8 mois plus tard, le 1er décembre 2012, et mis en vente seulement en novembre 2013. Un an et demi après le dépôt de la plainte.

«Si la famille de Jérémy m'avait appelé pendant que je faisais le gag pour me dire que ça le blessait, j'aurais enlevé la joke, a pourtant déclaré Ward à mon collègue Jean Siag. Quand on m'a fait le reproche, je ne faisais plus le gag sur Jérémy, donc je ne pouvais pas enlever une blague que je ne faisais plus...»

Si j'avais su, j'aurais enlevé la joke... Un peu plus et on croirait que Mike Ward, maître ès scatologie, est plein de marde (s'cusez-la: elle est de circonstance).

Contacté lundi, l'humoriste a prétendu que la captation était antérieure à la plainte; puis, devant la preuve du contraire, il a déclaré qu'il n'en avait été mis au courant qu'en 2013... Au-delà des dates qui ne concordent pas, c'est le ton pleureur de Mike Ward devant un procès qu'il a manifestement souhaité qui m'exaspère.

Bien sûr que Ward, qui s'en fait une spécialité, a le droit de rire de tout: des enfants handicapés, de l'enlèvement de Cédrika Provencher, de la face de «poney» de Céline Dion («Céline à 11 ans, elle était dégueulasse; même Guy Cloutier l'aurait pas fourrée!»). C'est le propre de la liberté d'expression, qui est limitée, non pas par une police de la rectitude politique, mais par le droit.

Si ton propos n'est pas assimilable à de l'incitation à la haine, s'il n'est pas discriminatoire, s'il ne porte pas atteinte à la vie privée ou à la réputation - la question qui se pose en l'occurrence -, ta liberté d'expression sera protégée.

Il ne faut pas se fier aux apparences: Mike Ward n'est pas un imbécile, tant s'en faut. Mais son petit numéro de pasionaria de la liberté artistique est d'un comique qui le dépasse. Il m'avait fait crouler de rire, il y a quelque temps, en attribuant à une Américaine qu'il avait entendue à la télé la célèbre citation: «Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire.» Il trouvait cette voltairienne bien éclairée...

Oui, je sais: cette citation n'est pas non plus de Voltaire. Et non, je ne me battrai pas jusqu'à la mort pour que Mike Ward puisse faire des jokes de «graine». Mais je défendrai le droit de ce chihuahua qui mord des mollets - pour paraphraser ma collègue Chantal Guy - de me traiter de tête de noeud s'il le veut. À condition qu'il cesse de pleurnicher sur son sort.

Son solo de Vierge éplorée a assez duré. Le détournement de sens qu'il tente d'opérer est quasi complet. Un peu plus et on croirait que Mike Ward s'est convaincu que la victime, c'est lui, pas le «Petit Jérémy». Le monde à l'envers.

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