Délibérations

Le jury du 68e Festival de Cannes est... (Photo: AP)

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Le jury du 68e Festival de Cannes est souverain et indiscutablement international, a rappelé son président Pierre Lescure. Pour les accusations de favoritisme, il faudra donc repasser, écrit Marc Cassivi.

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Il était lundi depuis peu. Sous un chapiteau en bord de mer Méditerranée, je discutais avec le nouveau président du Festival de Cannes, Pierre Lescure, du palmarès qui avait été dévoilé plus tôt dans la soirée.

L'ancien journaliste et président de Canal+ défendait les choix du jury, déjà contestés par certains, en livrant avec une étonnante franchise ses propres avis sur les films primés et la place éventuelle qu'ils tiendraient dans l'histoire du cinéma.

Certes, admettait Pierre Lescure, le palmarès de ce 68e Festival, à forte tendance franco-française, n'allait pas plaire à tout le monde. Mais le jury est souverain, a-t-il rappelé, et indiscutablement international. Pour les accusations de favoritisme, il faudra donc repasser.

Vincent Lindon, avec qui Lescure a siégé récemment dans le jury du Festival de Deauville, avait encore l'air très ému d'avoir reçu une Palme d'interprétation, pour son rôle de chômeur dans La loi du marché de Stéphane Brizé, lui qui n'avait jamais reçu de récompense de cette envergure auparavant. L'acteur danois Mads Mikkelsen, un ancien lauréat du Prix d'interprétation (pour La chasse de Thomas Vinterberg en 2012), s'est approché de lui, sans doute pour le féliciter.

Xavier Dolan, les traits tirés à deux jours du tournage à Montréal de son nouveau film - avec notamment Marion Cotillard, Léa Seydoux et Vincent Cassel -, venait faire ses adieux aux coprésidents du jury, Ethan et Joel Coen. En saluant au passage le délégué général du Festival, Thierry Frémaux. Je n'ai pas osé tendre l'oreille ni lire sur les lèvres, mais je ne serais pas surpris qu'ils se soient donné rendez-vous l'an prochain «même heure, même poste»...

À peine quelques heures plus tard, j'ai recroisé Dolan à l'aéroport de Nice, lunettes fumées et casquette du Canadien vissée sur la tête. Il m'a fait comprendre, contrairement à ce que laissait entendre la conférence de presse du jury la veille, que le choix de la Palme d'or à Dheepan de Jacques Audiard s'était rapidement imposé à l'ensemble des jurés.

Pierre Lescure, ayant assisté avec un plaisir manifeste à ses premières délibérations cannoises, avait été plus flou lors de notre discussion informelle, parlant de l'enthousiasme du jury pour le premier film du Hongrois Laszlo Nemes, Le fils de Saul, qui a nourri bien des conversations avant d'obtenir le Grand Prix du jury.

La mère de Laszlo Nemes, qui est âgé de 38 ans, insistait auprès de Xavier Dolan pour photographier les deux jeunes cinéastes ensemble. Le Québécois ne s'est pas fait prier. John C. Reilly, après un tour de chant quasi improvisé au gala de clôture avec des musiciens rencontrés par hasard dans une fête, discutait près de la plage avec Melvil Poupaud, tête d'affiche de Laurence Anyways de Dolan et membre du jury de la Caméra d'or.

Je me suis demandé comment le prix du meilleur premier long métrage avait pu échapper à Fils de Saul, à mon sens le film le plus abouti du Festival, toutes catégories confondues. Et je me suis dit que j'aurais bien aimé être un petit oiseau assistant aux délibérations et tractations secrètes des jurés. J'appuie ta tragicomédie grecque si tu soutiens mon actrice française, et autres propositions du genre.

J'avais encore ces suppositions à l'esprit, le lendemain, lorsque je me suis retrouvé à mon tour à participer au jury du premier concours de vidéo intergénérationnel J'te clip, organisé par la Fondation de l'Institut de gériatrie de Montréal.

La tête encore un peu sur la Croisette, j'ai visionné et noté mardi matin ces 22 très courts métrages (d'une moyenne de deux minutes) réalisés par des vidéastes amateurs de moins de 25 ans. Je n'ai peut-être pas découvert le prochain Xavier Dolan ou Denis Villeneuve, mais j'ai été ému et touché par plusieurs de ces regards très personnels de jeunes gens sur la vieillesse.

La tendresse et la sincérité des hommages à des gens malades ou en santé, autonomes ou requérant des soins, comblés ou aux parcours parfois difficiles. Les efforts et le découragement se lisant sur le visage d'une femme devenue aidante naturelle de son mari atteint de la maladie d'Alzheimer. Le portrait touchant de grands-parents ou d'arrière-grands-parents par leurs petits-enfants. Des entrevues avec des dames qui ont fait du théâtre, de la musique, qui ont découvert la peinture; avec un homme qui fait de la sculpture sur bois.

Les images fortes, toutes simples, d'une ancienne reine de carnaval pendant une réunion de famille. L'incursion parfois comique dans le quotidien d'aînés dans des centres de longue durée. Les remerciements d'une immigrante à un couple des Laurentides qui l'a accueillie au Québec. L'hommage à un bénévole de 73 ans, qui aide des gens dans le besoin à faire leurs déclarations d'impôts. La visite d'un club de water-polo du troisième âge.

Des films rudimentaires, tournés avec les moyens du bord par des adolescents; d'autres beaucoup mieux réalisés, attendrissants, émouvants, évoquant en quelques images, une jolie musique, un montage sensible, la complicité entre une grand-mère et sa petite-fille. Je me suis mis dans la peau de Jake Gyllenhaal, juré de la compétition officielle du Festival de Cannes. Dans le jury avec moi, il y avait aussi l'animateur Jean-Pierre Coallier, le comédien Vincent Graton, l'auteure Fabienne Larouche, le Dr David Lussier et le comédien Raphaël Grenier-Benoit (Oli dans Les Parent).

Je m'attendais à me colletailler amicalement avec Graton, que j'ai côtoyé au Club de lectures de Bazzo.Tv. Ou avec Fabienne Larouche, avec qui j'ai eu dans le passé quelques différends (absente, elle a envoyé ses choix par courriel). J'avais hâte de confronter mon point de vue à celui des autres, faire preuve de diplomatie, rester à l'écoute, sans trahir mes convictions.

Nous étions tous d'accord ou presque. Seul l'irréductible Jean-Pierre Coallier, campé sur ses positions, fidèle à la lettre du règlement, affichait sa dissidence, le sourire en coin. Tenace, droit, convaincu, convaincant. J'ai fini par leur dire que l'on avait mis plus de temps à choisir un gagnant que le jury de Cannes un lauréat de la Palme d'or. J'espère que notre palmarès fera moins de vagues.

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