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Love de Gaspar Noé... (PHOTO FOURNIE PAR LA PRODUCTION)

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Love de Gaspar Noé

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C'est le scandale préfabriqué de l'année au Festival de Cannes. Il y en a toujours un. Le sulfureux nouveau film du Franco-Argentin Gaspar Noé, Love, a été présenté en séance de minuit mercredi. Et ça giclait de partout, en 3D SVP. Non, je ne parle pas de sang, mais de sperme.

(Note à mon plus vieux, qui se demandait cette semaine pourquoi papa raconte ses soirées dans le journal: cesse immédiatement de lire cette chronique et passe comme d'habitude aux pages sportives.)

Du sperme donc. Il y en a en quantité appréciable dans le nanar pornographique de Gaspar Noé, qui ne laisse rien à l'imagination. L'influent producteur français de Love (qui y tient un rôle à l'écran), Vincent Maraval de Wild Bunch, aime bien flirter avec le mauvais goût. Il avait aussi présenté l'an dernier à Cannes le navet d'Abel Ferrara sur DSK, Welcome To New York, mettant en vedette Gérard Depardieu.

À la décharge (s'cusez-la) de Love, ses acteurs ne font pas semblant de faire l'amour, contrairement à Gégé qui geignait et grognait comme un porc dans le rôle de Dominique Strauss-Kahn. Ici, les pénétrations sont authentiques, même s'il y a quelques membres virils, semble-t-il, dont la taille a été exagérée.

«Il y a du vrai et il y a du faux, mais je ne vous dirai pas ce qui est vrai et ce qui est faux!» a expliqué jeudi en conférence de presse Gaspar Noé, qui avait suscité la polémique en 2002 sur la Croisette, avec la scène de viol insoutenable du film Irréversible. «Tout le monde ne pense qu'à baiser dans la vie», résume le cinéaste, 51 ans, qui dit avoir consommé beaucoup de pornographie à l'adolescence.

Son film semble d'ailleurs un hommage à la pornographie des années 70, à l'époque où l'on accordait une certaine importance aux dialogues dans ce type de cinéma. Malheureusement, les dialogues sont ce que Love compte de plus pénible. Les trois jeunes acteurs, sélectionnés par casting sauvage - le cinéaste les a recrutés lui-même dans des bars -, sont tous plus mauvais les uns que les autres. L'acteur le plus doué de la distribution est un enfant de 2 ans. C'est tout dire.

Où Gaspard Noé, reconnu pour ses mises en scène soignées, innove cette fois, c'est dans l'éjaculation tridimensionnelle. Love commence avec une branlette sur fond de Glenn Gould (interprétant les Variations Goldberg de Bach) provoquant un orgasme en trois minutes chrono. Et en plein milieu du film, le «héros», Murphy, un jeune Américain à Paris pris dans le tourbillon d'un triangle amoureux, expulse sa semence en gros plan, en direction des spectateurs. J'en ai vu incliner la tête pour éviter le jet...

Ce mélodrame qui tourne à vide est probablement le moins inspiré et le plus racoleur des longs métrages de Gaspar Noé, dont le plus récent, Enter The Void, présenté en compétition cannoise en 2009, était un exercice de style étonnant, mais dénué de substance.

Cette fois, il y a essentiellement une substance à l'écran, mais beaucoup moins d'innovation formelle. Love a beau être le premier long métrage pornographique en 3D présenté à Cannes, ce dont Noé et le Festival se font une fierté, c'est surtout un mauvais film, aux scènes longues et complaisantes, fait sur mesure pour scandaliser. À la Brown Bunny de Vincent Gallo, dont l'interminable scène de fellation par sa compagne de l'époque Chloë Sévigny avait secoué la Croisette en 2003.

Sauf qu'à une époque où toutes les formes de pornographie sont accessibles en un clic de souris d'ordinateur, des scènes de pénétration, de fellation, de cunnilingus et d'orgies ne choquent plus personne. Parlez-en à Lars Von Trier, ancien enfant terrible de Cannes, dont l'humour noir a choqué bien davantage que les scènes explicites de son dernier film, Nymphomaniac.

Une certaine lassitude régnait d'ailleurs jeudi, en conférence de presse, parmi les journalistes appelés à couvrir le scandale autoproclamé de la sélection officielle. Bien des soupirs ont été entendus pendant la projection du matin. Je me suis même assoupi pendant une scène de cul; vous dire à quel point tout ça était peu excitant et sans chimie à l'écran.

Ce qui choque davantage dans le film de Noé, c'est le violent discours misogyne et homophobe du personnage de Murphy, étudiant en cinéma infidèle, égoïste, jaloux et cocaïnomane, sorte d'alter ego du cinéaste. «C'est un mélange de mes amis et de moi, et de ce qui constitue selon moi une personne normale», dit Noé. Voilà un cercle d'amis qu'il me tarde de fréquenter...

Dans un éclairage rougeâtre et un montage hachuré typiques des films de Noé, l'antipathique Murphy s'inquiète de la disparition de la Française Electra, qui l'a quitté après qu'il eut mis leur maîtresse pro-vie de 16 ans enceinte. Tout ce beau monde, malgré la complicité de son trip à trois, ignorant semble-t-il l'existence de la pilule du lendemain. «Je ne trouve pas mon film transgressif. Il n'a qu'une finalité: représenter l'état amoureux», se défend Gaspard Noé, donnant allègrement dans la masturbation intellectuelle.

Le cinéaste force un peu trop la note sulfureuse pour que l'on prenne son film au sérieux. Au final, Love, beaucoup plus kitsch et sentimental que les précédentes oeuvres de Noé, se résume à deux heures quatorze de vacuité érotique, dont on se serait bien passé. Sans tous ces dialogues, pour la plupart improvisés et ridicules - «A dick has no brain. A dick has one purpose: to fuck. And I fucked it all up» -, on se dit que cette bouillie érotique aurait au moins présenté l'avantage d'être plus courte.

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