Je ne suis pas Josh

Denis Villeneuve, Emily Blunt et Benicio del Toro.... (Photo: AP)

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Denis Villeneuve, Emily Blunt et Benicio del Toro.

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(CANNES) Il n'y avait pas encore foule au Bâoli Beach, boîte de nuit en bordure de mer de la Croisette. Les acteurs de Sicario, Josh Brolin, Emily Blunt et Benicio Del Toro, se faisaient photographier sur un tapis rouge situé près des toilettes (rendant leur accès impraticable, à mon grand désarroi).

Il approchait les 22h et je me cherchais, à défaut du petit coin, un endroit où terminer ma chronique. On travaille parfois dans l'adversité à Cannes, contre vents et marées. Des vrais reporters de guerre (hum!) à l'ombre des palmiers...

Les canapés n'étaient pas encore servis. Je me suis assis sur le premier sofa que j'ai trouvé - j'ai de la suite dans les idées -, évitant de justesse de m'éborgner avec l'agitateur en forme de trident du cocktail de vodka que l'on m'avait gentiment servi à l'entrée (en me posant cette question existentielle: quid des petits parapluies en papier?).

«Êtes-vous Josh? m'a demandé un jeune serveur blond à peine sorti de l'adolescence. Je suis désolé, mais ces canapés sont réservés pour Josh.» J'ai failli lui demander s'il avait vu Apollo 13. «On vous a déjà dit que vous ressemblez à Tom Hanks?», m'avait demandé plus tôt une animatrice de Canal +, avant de m'interviewer au sujet de Sicario. La dernière fois, c'était sur le tapis rouge cannois pour la première de Mommy...

J'ai trouvé un canapé libre face à la mer. Il était humide. Il avait plu pendant la Montée des marches de Sicario, au Palais des Festivals. Je constatais l'état malheureux de mon fond de pantalon lorsqu'une voix familière m'a sorti de ma torpeur. «Tiens! J'espérais trouver quelqu'un que je connais...»

C'était Denis Villeneuve. Je lui ai lancé en boutade que je terminais justement une chronique à propos de son film et qu'il lui restait moins de deux minutes pour me convaincre d'en dire du bien. «Je vais demander à Benicio de te mettre la tête sous l'eau!», m'a-t-il répondu, faisant référence au personnage de tueur à gages interprété par Del Toro dans son film, ne reculant devant rien pour obtenir ce qu'il désire.

Villeneuve avait l'air sincèrement heureux. Et soulagé de l'accueil chaleureux réservé par le public à son film, moins d'une heure auparavant. «Ma chemise est encore blanche. Je n'ai pas reçu de tomates!» m'a-t-il dit, sans se faire d'illusions pour la suite des choses. «Je sais très bien que ce n'est pas le genre de film qui gagne une Palme d'or. J'avais un fantasme de tourner avec Roger [Deakins, son directeur photo] un film à la James Bond. On a eu un plaisir fou à le faire.»

Il avait une entrevue à faire au téléphone avec Radio-Canada. Avant de partir arpenter la plage loin du brouhaha de la fête, il m'a présenté son monteur, le sympathique Joe Walker, qui n'avait que de bons mots pour le cinéaste québécois.

«Lorsque j'ai vu Incendies, j'ai dit à mon agent que je voulais absolument travailler avec Denis. Et quand j'ai vu Prisoners, j'avais le coeur qui débattait. Denis sait ce qu'il veut, il sait convaincre les décideurs de sa vision et c'est un bonheur de collaborer avec lui», m'a confié ce finaliste aux Oscars pour Twelve Years A Slave, qui a monté tous les films de Steve McQueen depuis Hunger, Caméra d'or à Cannes.

La voie vers le petit coin semblait enfin libre. J'y ai retrouvé, dans la queue, Josh Brolin - le gars des canapés réservés -, lui aussi ravi de l'accueil fait au film. «C'est un vrai bel accueil, m'a-t-il dit. Disons que j'en ai connu des bien plus tièdes.»

De retour près du bar, lieu de rencontre stratégique, j'ai retrouvé Joe Walker, qui montera aussi le prochain film de Villeneuve, Story of Your Life, à Montréal. Il venait de quitter le très discret et légendaire directeur photo Roger Deakins, complice de Villeneuve depuis Prisoners - qui sera de l'aventure de Blade Runner (la suite), a-t-on appris hier.

Il m'a présenté à son tour le compositeur de la formidable bande sonore de Sicario, Johann Johannsson. «Vous êtes suédois?» je lui ai demandé. «Non, islandais.» Un peu comme si on avait présumé que je venais de la Saskatchewan.

«Denis est quelqu'un qui ose. J'ai l'impression qu'on a réussi un coup fumant», m'a confié le récent lauréat d'un Golden Globe pour The Theory of Everything, qui a lui aussi connu Villeneuve sur Prisoners.

Plus tard dans la soirée, avant de partir pour un yacht où on l'attendait pour une activité de promotion, le cinéaste m'a décrit Johannsson comme un homme si humble qu'après avoir vu le premier montage, il ne voulait pas qu'on y ajoute de la musique. «Je l'ai convaincu en lui disant que je voulais une musique comme celle de Jaws

Le Bâoli Beach affichait complet, les invités de «fin de soirée» ayant rejoint peu avant minuit ceux du cocktail dînatoire, comme il est de coutume à Cannes où tout est question de hiérarchie (et où certains moins bien considérés sont privés de dessert). Denis Villeneuve discutait avec Robert Charlebois, un habitué du Festival de Cannes depuis plusieurs années.

Des starlettes aux robes de paillettes s'offraient des selfies sur le tapis rouge de la soirée, en route vers les toilettes. Cette fois, j'y ai croisé Benicio Del Toro, qui traînait seul et ne semblait pas pressé de rejoindre les autres invités. La «madame pipi» (responsable des WC) rigolait avec lui. Sans que je sache pourquoi, il m'a jeté deux ou trois regards torves, soutenus et énigmatiques. C'était à se demander si Denis ne lui avait pas fait part de notre discussion du début de la soirée...

J'ai quitté les WC sans oser lui adresser la parole. Pourquoi courir le risque? Sous le chapiteau, Josh Brolin, calé bien confortablement dans son canapé réservé, faisait rire à gorge déployée Emily Blunt, assise les jambes croisées sur l'accoudoir. J'ai failli leur demander s'ils trouvaient, eux aussi, que j'ai des airs de Tom Hanks.

Je suis plutôt rentré sagement me coucher. Il faut bien se garder des réserves d'ici la fin du Festival. À ce sujet, je vous laisse: il y a Rachel Weisz qui m'attend à la fête de Paolo Sorrentino. J'espère qu'elle m'a gardé une place sur son canapé.

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